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Andreas se réveille avec un mal de crâne monumental. Il n’a pas assez dormi. Un coup d’œil à l’alarme posée à même le sol à côté de son matelas lui confirme qu’il est à peine dix heures du matin. Il écrase sa tête contre son oreiller qui a vu de meilleurs jours et masse ses tempes avec ses pouces pour tenter de faire passer la migraine.
Son unité d’habitation, située dans les quartiers rouges du sud de New Washington, est un taudis qui ne mérite pas le nom d’appartement, mais Andreas s’en fiche. Il est même reconnaissant aux autorités de la lui avoir affectée. Ce bloc de plastique et de béton est bien plus que ce que certaines personnes n’auront jamais par ici.
Andreas finit par se lever, la tête toujours prise dans un étau, et se dirige vers la microcabine de douche. Bien que le compteur numérique lui indique qu’il n’a pas encore atteint la moitié de son quota d’eau pour la semaine, il en utilise le moins possible. Avec un peu de chance, ses voisins pourront profiter du surplus. Ils en auront bien besoin avec le bébé qui vient de naître.
Il retourne dans sa chambre y récupérer une pile de vêtements qui traînent à même le sol : un jean pas très net et un t-shirt noir aux motifs indéfinissables, sa tenue habituelle. Andreas se met à genoux et attrape le livre qui était posé à côté du réveil. Les couleurs de la couverture se sont estompées avec les années, mais sur la première des pages jaunies, le titre est encore lisible.
La Bible.
Andreas pose sa main sur l’ouvrage et ferme les yeux. Cela fait bien longtemps que les religions dites officielles ont disparu au cœur de New Washington, remplacées par des sectes en tout genre. Dans les quartiers rouges, elles se nourrissent surtout de la peur et de la crédulité des citoyens.
Andreas a trouvé cette Bible dans les décombres de ce qui était, il y a bien des années, une bibliothèque. Incendié puis inondé, le bâtiment n’est plus qu’un tas de pierres. Andreas s’y était rendu plusieurs fois pour passer derrière le voile, un monde virtuel où l’on pouvait oublier son quotidien pendant une dizaine de minutes, à condition d’avoir quelque chose à donner à l’homme-câble en échange.
Un jour qu’il avait laissé sa place à un gamin, il s’était aventuré dans les ruines. Et il avait trouvé ce livre, le seul encore entier. Il l’avait ramené chez lui et l’avait lu, sans en comprendre le sens profond. Mais il s’était reconnu dans les messages de bonté et de bienveillance qui en émanaient.
C’est ce jour-là qu’il avait changé son nom pour Andreas. Il n’avait pas bien saisi la notion d’apôtre, mais il avait compris qu’André amenait les gens à un certain Jésus et que ce dernier les sauvait. Les détails restaient très flous, mais Andreas avait trouvé sa voie. Depuis lors, il parcourt les rues la nuit à la recherche de sans-abris, de personnes broyées par le système, abandonnées de tous, pour les guider vers la lumière, vers le refuge de Josie.
Andreas rouvre les yeux, pose la Bible sur son lit et se lève. Il lance un regard vers le miroir, passe ses doigts dans sa tignasse aussi grise que sa barbe dans un effort vain pour la dompter, avant de quitter sa tanière.








