Et Maintenant? par Gilles O chez Inkitt
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Et Maintenant?

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Résumé

Anna Romanowski, jeune prodige des mathématiques, vit seule dans une villa sur les hauteurs de Cannes. Brillante, riche et en apparence invulnérable, elle dissimule pourtant les blessures d’une agression qui a profondément bouleversé sa vie. Lorsqu’elle recueille Lise, une adolescente rousse en fuite après avoir échappé à son oncle, Anna croit pouvoir lui offrir le refuge qu’elle-même n’a jamais trouvé. Peu à peu, entre les cours, la musique et les silences partagés, une relation intense se construit entre elles. Lise retrouve l’espoir tandis qu’Anna semble enfin renouer avec le monde. Mais le retour d’un homme lié à son passé fait vaciller cet équilibre fragile. Les souvenirs enfouis ressurgissent, la violence se rapproche et la frontière entre protection et vengeance devient de plus en plus incertaine. Jusqu’où Anna est-elle prête à aller pour sauver Lise ? Et que restera-t-il d’elles lorsque leur refuge commencera à se transformer en forteresse ?

Genre :
Thriller
Auteur :
Gilles O
Statut :
Terminé
Chapitres :
34
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Le cri des pneus déchira la nuit et se répercuta contre les parois rocheuses de la route de montagne. Une seconde plus tard, les optiques LED de la BMW trouèrent l’obscurité.

Anna exultait. Comme possédée par une rage qui trouvait enfin sa langue, elle enchaînait les dérapages avec une précision insolente. L’arrière de la voiture dériva vers le parapet ; un coup de volant sec le ramena dans l’axe, à quelques centimètres du vide.

L’image de ce type — ses tatouages de magazine, son assurance de façade — restait imprimée sur sa rétine.

Quelle idée d’avoir accepté ce rendez-vous sur une application.

Elle écrasa l’accélérateur. Le moteur emplit l’habitacle d’un grondement profond. Malgré la vitesse et l’air frais qui s’engouffrait par la vitre, l’odeur rance du pub semblait encore lui coller à la peau : bière tiède et banalité humaine. Le souvenir de la stupeur du jeune homme, figé sur le trottoir lorsqu’elle l’avait abandonné sans un mot, faillit lui arracher un sourire.

Le cuir froid sous ses doigts, la résistance du volant, la trajectoire tenue au millimètre : peu à peu, son cœur retrouva un rythme régulier.

— Les applications, c’est fini.

* * *

Anna entrouvrit un œil.

10 h 30.

Elle demeura quelques secondes immobile, prisonnière de la chaleur des draps. Puis elle s’en extirpa avec cette lenteur calculée qu’elle accordait à tout ce qui touchait à son corps. Le satin blanc glissa sur sa peau comme une eau tiède.

D’une pression sur une commande, elle releva les stores. La baie de Cannes se dévoila, éclatante sous une lumière presque agressive à force de perfection. Ici, l’azur n’avait plus rien d’un miracle ; c’était une habitude, une monotonie somptueuse.

Son regard se posa sur la robe de la veille, abandonnée sur un fauteuil comme une mue devenue inutile.

Un rire bref, sans joie, lui échappa.

— Autant d’élégance pour ça… Quel gâchis.

Elle gagna la salle de bain, ses pas nus à peine audibles sur le sol minéral. Devant le miroir, elle entama son rituel du matin : crème hydratante, sérum, protection. Chaque geste répondait au précédent avec la précision d’une chorégraphie apprise depuis longtemps.

Le miroir lui rendit un visage pâle aux lignes nettes, impassible en apparence. Elle brossa son carré blond, structuré avec une rigueur géométrique, puis traversa le dressing. Les miroirs qui tapissaient les murs renvoyaient son corps athlétique sous plusieurs angles. Anna s’observa sans complaisance, avec la distance froide d’un ingénieur examinant une machine dont il connaît chaque force et chaque faiblesse.

La beauté qu’on lui prêtait, les regards qu’elle attirait, les malentendus qu’elle suscitait : tout cela lui était devenu étranger.

Elle enfila un maillot de bain d’un blanc pur et quitta la pièce.

Le long couloir de béton brut avala le bruit de ses pas. Plus loin, l’escalier semblait suspendu dans le vide, dessinant une ligne parfaite au cœur de la villa. Après un simple verre d’eau, Anna fit coulisser l’immense baie vitrée.

La chaleur du matin la frappa au visage.

Le bassin s’étirait devant elle, vingt-cinq mètres d’eau bleue découpés dans la pelouse trop verte, tondue avec une exactitude qui paraissait artificielle. Anna resta un instant sur le rebord. Dans son maillot blanc, immobile sous la lumière crue, elle aurait pu être une figure échappée d’une toile de David Hockney.

Puis elle plongea.

L’eau se referma sur elle, froide et silencieuse. Elle enchaîna les longueurs pendant une heure, sans ralentir, réglée par un rythme intérieur auquel rien ne semblait pouvoir échapper.

Plus tard, assise face à l’horizon, le menton posé sur ses genoux, elle regardait la mer avec cette fixité qui, chez elle, ressemblait moins à la contemplation qu’à une absence.

Son téléphone vibra.

Elle observa l’écran avant de décrocher. Le prénom de Julia clignotait.

— Oui…

— Tu pourrais faire un effort pour avoir l’air enthousiaste, Anna. Alors, ce garçon ?

— Rien à dire. Un vide abyssal.

— Tu es insupportable… Je sais que c’est difficile de t’ouvrir à nouveau, mais tu ne peux pas rester emmurée vivante. Maman s’inquiète, elle aussi. Tu as tout pour être heureuse et tu restes seule…

— Vous avez surtout hâte de me voir casée pour vous rassurer. Je dois y aller.

Elle coupa la communication sans attendre de réponse. Ces intrusions dans sa solitude l’irritaient plus qu’elle ne voulait l’admettre.

Après un repas pris dans le silence immaculé de la cuisine, le téléphone vibra de nouveau.

Cette fois, Céline.

— Encore ? murmura Anna avant de répondre.

— Tu sors en ville ? Julia m’a raconté ton fiasco d’hier soir…

— Vous devriez toutes les deux envisager une carrière dans l’espionnage.

— Donc tu sors ?

— Oui. Mais à une condition : pas un mot sur ma vie sentimentale.

— Message reçu. Le café habituel, dans deux heures.

Anna raccrocha.

Dans le salon, son regard fut attiré par le piano à queue blanc. Au milieu de la pièce dépouillée, l’instrument trônait comme un autel, seule présence capable de rivaliser avec le vide.

Elle s’approcha, posa les doigts sur l’ivoire et entama un nocturne de Chopin.

Dès les premières mesures, quelque chose en elle se réordonna. Son toucher était d’une précision chirurgicale, mais jamais froid. Elle ne se contentait pas de jouer la musique : elle en révélait l’architecture secrète, les tensions, les espaces, la respiration invisible entre deux notes. Le temps se retira de la pièce.

Lorsqu’elle referma le clavier, la lumière avait changé.

Malgré le mépris qu’elle affichait pour le regard des autres, Anna consacra un temps infini à sa préparation. Elle choisit sa tenue, corrigea un pli, recommença son maquillage jusqu’à ce que chaque ligne trouve sa place. Chez elle, la symétrie n’avait rien d’une coquetterie. C’était une frontière. Un rempart fragile dressé contre le chaos qui, sous la surface, n’avait jamais cessé de gronder.

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