Prologue
Dans les hauts plateaux du Kivu, la nuit ne tombe pas : elle s'abat.
C'est une obscurité lourde, presque liquide, chargée de l'odeur du soufre volcanique, de la terre mouillée et de l'ozone qui précède l'orage. Sur les rives du lac, là où les lumières de la ville de Goma scintillent comme des braises fragiles, le silence n'est jamais synonyme de paix. Il est seulement le répit que s'accordent les prédateurs avant la traque.
Au sommet d'une crête rocheuse surplombant la vallée, un homme se tenait immobile sous la pluie fine. Vêtu d'un long manteau d'officier trempé par l'averse, les mains croisées dans le dos, il observait la cité endormie. Ses yeux, glacés et calculateurs, ne voyaient ni les maisons, ni les rues, ni les vies qui s'y abritaient. Il ne voyait qu'une grille, un quadrillage stratégique, des lignes de ravitaillement et des points de rupture.
Ezra savait ce que le monde ignorait encore : les nations ne s'effondrent pas sous le coup de la malchance. Elles s'effondrent par usure, rongées de l'intérieur par la corruption de ceux qui prétendent les diriger.
Au même instant, à des centaines de kilomètres de là, dans la pénombre d'un hangar militaire de Kinshasa, onzes jeunes soldats ajustaient leurs équipements. Leurs visages, encore épargnés par les fêlures de la guerre, reflétaient une détermination féroce. Autour d'eux, le Général Kasongo marchait d'un pas lourd et majestueux, fermant les sangles de ses hommes, posant une main paternelle sur l'épaule de Louison, vérifiant des données avec Addi et Michel.
Pour ces onzes Aigles, l'unité Taï n'était pas seulement une escouade. C'était une promesse. Une famille scellée par le sang et le serment de protéger la terre de leurs ancêtres. Ils ignoraient encore que les ordres signés dans les dorures des palais de la capitale n'étaient que des arrêts de mort maquillés. Ils ignoraient que la patrie qu'ils aimaient tant s'apprêtait à les vendre au plus offrant.
Le piège était refermé. L'échiquier était dressé. Et dans l'ombre du volcan, l'histoire de l'unité Taï n'allait pas s'écrire avec de l'encre, mais avec du sang, de la trahison... et des cendres.

![The dark night [Terminée]](https://cdn-gcs.inkitt.com/vertical_storycovers/ipad_d3b58b36c3031823ebbe8130363011f7.jpg)






