Prologue
« Le temps guérit toutes les blessures. » Je n'ai jamais cru à ce mensonge. Le temps ne guérit rien du tout : il se contente d'endormir la douleur.
C'était un ciel rose. Je m'en souviens parce que Nora répétait toujours que les couchers de soleil étaient plus beaux quand on ne les attendait pas. Elle était assise à cÎté de moi sur un banc usé du parc, les jambes croisées, ses doigts jouant distraitement avec le bracelet qu'elle ne quittait jamais. Elle regardait au loin, et moi, je ne regardais qu'elle.
â Tu me promets quelque chose ? demanda-t-elle. â Ăa dĂ©pend de quoi, rĂ©pondis-je en souriant.
Elle a tournĂ© la tĂȘte vers moi. Il y avait une ombre Ă©trange dans son regard.
â Si un jour tu m'oublies⊠â Pourquoi est-ce que je t'oublierais ? coupai-je en fronçant les sourcils.
Elle n'a pas répondu tout de suite. Elle a pris ma main, glissant ses doigts dans les miens.
â Promets-le-moi, c'est tout.
Je ne savais pas encore que certaines promesses étaient faites pour survivre à ceux qui les prononcent. Alors j'ai serré sa main un peu plus fort.
â Je te le promets.
Nora a souri. Un sourire dont je n'ai compris le sens que bien plus tard.
â Mais si un jour tu m'oublies vraiment, Alma⊠dit-elle en se rapprochant de moi, alors je trouverai un moyen de te faire tomber amoureuse de moi une deuxiĂšme fois.
J'ai ri, convaincue qu'elle se moquait de moi. Nous avions tout le temps devant nous, n'est-ce pas ?
Je ne pouvais pas savoir que trois mois plus tard, Nora disparaĂźtrait de ma vie sans laisser de trace. Et neuf ans aprĂšs notre dernier jour ensemble, je devenais incapable de me rappeler les traits de son visage.
Du moins⊠jusqu'à ce matin.
Une inconnue est entrée dans le café. Elle s'est avancée vers ma table et m'a fixée comme si elle venait de retrouver quelqu'un qu'elle cherchait depuis une éternité.
Puis, sa voix a brisé le silence :
â AlmaâŠ
J'ai levé les yeux. Des larmes coulaient sur ses joues, mais ses lÚvres dessinaient un sourire.
â Tu m'avais promis de ne jamais m'oublier.








