Chapitre 1 - Derrière le « ça va »
" Ça va ? "
Je ne sais même plus combien de fois on m’a posé cette question.
Et presque à chaque fois, j’ai répondu la même chose.
" Ouais, ça va. "
Deux mots.
Deux petits mots tellement faciles à prononcer qu’ils sont devenus automatiques.
Parce que la vraie réponse aurait été beaucoup trop longue.
Il aurait fallu expliquer que certains matins, ouvrir les yeux était déjà une déception. Que je pouvais avoir dormi huit heures et me sentir pourtant épuisé comme si je n’avais pas fermé l’œil depuis trois jours.
Il aurait fallu expliquer cette sensation étrange d’avoir un corps rempli de béton.
Se lever.
Prendre une douche.
S’habiller.
Répondre à un message.
Faire à manger.
Des choses tellement simples pour les autres qu’il devient presque honteux d’avouer qu’elles ressemblent parfois à des montagnes.
Alors je répondais :
" Ça va. "
Parce que c’était plus simple.
Et puis la dépression ne ressemble pas toujours à quelqu’un qui pleure dans le noir.
Parfois, elle sourit.
Elle plaisante.
Elle boit un café avec quelqu’un.
Elle regarde une série.
Elle répond aux messages.
Elle peut même rire sincèrement pendant quelques secondes.
Et puis le silence revient.
C’est peut-être ça que j’ai eu le plus de mal à comprendre.
Comment je pouvais rire à 15 heures et avoir l’impression de m’effondrer à 15 h 30 ?
Comment je pouvais passer un bon moment et, quelques minutes plus tard, sentir de nouveau ce vide revenir ?
Pendant longtemps, j’ai pensé que ça voulait dire que j’exagérais.
Que si j’étais encore capable de rire, alors je ne pouvais pas aller si mal.
J’avais tort.
La dépression ne prend pas forcément tout.
Elle laisse parfois quelques fenêtres ouvertes.
Quelques minutes de lumière.
Juste assez pour se rappeler ce que ça faisait, avant.
Puis elle referme la fenêtre.
Et on se retrouve de nouveau seul avec soi-même.
Ces lignes parle de ça.
Pas de la dépression telle qu’on la définit dans les livres de médecine.
Mais de celle qu’on vit quand la porte de la chambre se ferme.
De celle qu’on cache derrière un sourire.
De celle qui transforme une douche en victoire, une mauvaise nuit en enfer et un simple « comment tu vas ? » en une question à laquelle on ne sait plus répondre.
Je ne sais pas si ces pages expliqueront parfaitement ce qu’est la dépression.
Je ne crois même pas que ce soit possible.
Mais peut-être qu’elles permettront à quelqu’un qui la vit de se dire :
" Alors je ne suis pas le seul à ressentir ça. "
Et peut-être qu’elles permettront à quelqu’un qui ne la connaît pas de comprendre pourquoi, parfois, derrière un simple :
" Ça va. "
Il y a tout un monde qui s’écroule en silence.








