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La Plume Du Diable

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Résumé

Et si lire un livre modifiait la réalité… jusqu'à effacer votre propre existence ? Toute œuvre doit être dotée d'une fin. La Plume du Diable est l'ultime outil d'altération universelle : elle force le lecteur à vivre le récit jusqu'au bout pour en réécrire la réalité tout entière. Mais cette quête de la perfection absolue a un prix sanglant. Pour chaque être projeté dans les pages, la mort reste la seule certitude... et refuser cette noble mission n'est jamais sans conséquence.

Genre :
Thriller
Auteur :
AKRAMBN
Statut :
il y a 8 heures
Chapitres :
7
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

L'ouvrage des flammes

Des milliers d’auteurs à travers le monde voient leur carrière en hiatus à tout moment, pour la grande majorité d’entre eux par manque d’inspiration ; d’autres commencent une multitude d’œuvres tout en perdant leur élan avec le temps ; d’autres ne croient point en l’art et orientent leurs récits par un enchaînement de règles linguistiques, de codes stricts à respecter, tels les conditions d’un pacte malsain. Mais entre toutes ces tentatives, il y en a un bon nombre qui réussissent à prendre forme, à se mettre en place face au lecteur : l’unique, le seul et le véritable juge du récit commence son jugement. Deux catégories se créent, l’une pour les succès, l’autre pour les oubliés. Cependant, tous nos succès, sans aucune exception, reposent sur une plume démoniaque, celle qui manie le drame et la haine, la hargne et la peine, pour en faire un récit tragique sans que personne ne se plaigne, transformer les pleurs fictifs en source de plaisir, jouer sur les péchés, les crimes, pour structurer la beauté même de la lecture.

Ainsi, le lecteur ne lit pas mais vit une tragédie, ou une horreur par les mots, et il s’en délecte d’impatience à chaque fermeture de page ; l’auteur, lui, est certain que la fin risque d’être extrêmement critiquée, car il signe la dernière page du drame par un moment de paix ; soit l’auteur est audacieux et choisit de clore sur la tristesse, mais alors l’œuvre n’aura jamais le rebondissement recherché. Donc l’unique choix et le moins problématique qui se propose aux artistes des mots est de laisser cette fin ouverte, sans issue de secours, sans aucune porte de sortie, simplement une œuvre sans véritable porte. En d’autres termes, une salle ouverte qui tendra vers une infinité de possibilités et de mystères.

Et si, dans un monde quelconque, un malheureux se retrouvait dans l’obligation de subir et de vivre cette fin inexistante, afin de compléter les scénarios de l’œuvre, d’orienter, de manier ou même de manipuler le cours d’un destin écrit pour lui permettre d’être véritablement borné et non éternellement ouvert ? C’est bien là l’essence même de cette œuvre, que la plume du diable écrira par la réalité : la fin d’une œuvre tragique inachevée, en vivant l’instant dans sa totalité, car elle a horreur de l’incomplet. C’est dans l’ignorance la plus totale qu’un jeune homme, bien heureux de l’œuvre qu’il vient d’acquérir, celle-ci même dont le titre est “Une envie plus que meurtrière”, s’installa.

Ce qui rend cette triste œuvre célèbre, c’est l’auteur, qui est mort bien trop tôt avant même d’avoir pu sortir le deuxième tome, qui aurait dû combler le suspense de ceux qui attendent. Notre ami s’assit sur son lit, sortit l’œuvre, admira la couverture. Elle montrait un homme portant un capuchon, dont le visage était couvert de pénombre ; on pouvait simplement percevoir qu’il était souriant, portant une dague tachée de sang, accroupi, avec une victime poignardée qui gît au sol, dans un milieu sombre où l’on peut identifier trois silhouettes assimilées à des ombres en train de fuir le lieu. Il tourna la première page. Elle contenait des images illustrées et dessinées de chacun des cinq protagonistes, afin de favoriser l’imagination du lecteur ; mis à part ça, les autres personnages secondaires, ou même l’assassin, n’étaient pas identifiés.

Dans les pages qui suivirent, l’histoire commença :

“Il était une fois, dans une ville paisible en Amérique, dans un sublime quartier où les enfants courent accompagnés par le chant des oiseaux, où l’on a une impression de vie parfaite, avec des jardins qui se font face, pelouse tondue, couleur blanchâtre pour chacune et grande porte. Tout le monde se connaît et s’apprécie. Mis à part une seule maison, que surnomment les jeunes du quartier la maison du terrible Ben, ou encore la maison du diable sans tain. D’après les légendes et les commérages enfantins, jamais un ballon n’est ressorti de cette maison intact, jamais un voleur n’approcha cette maison ; même la police est obligée d’au moins venir à dix pour simplement toquer à la porte de Ben. D’ailleurs, quelque chose que les forces de l’ordre faisaient assez souvent.

L’un des enfants les plus agités et actifs du quartier, que tous les ménages connaissaient et appréciaient pour sa sympathie, portait également le prénom de Ben ; c’est un peu le caïd du quartier. Il n’a, soi-disant, peur de rien ni de personne. Un de ces jours, il était aux côtés de ses camarades, puis l’un d’entre eux le défia ouvertement : “Je parie tous mes bonbons ainsi que mes économies que tu ne peux pas récupérer un seul ballon de l’enfer de Ben, et je parle de l’autre Ben, pas de toi”. Le petit se sentit comme humilié et sous-estimé, et dans une intention de défi, partit aux côtés de trois de ses compagnons en direction de la maison. Ils espéraient partager les bonbons, tout en étant curieux de voir à quoi ressemble la maison de leur mystérieux voisin, et être aux côtés du courageux du quartier les a motivés à tenter leur chance pour potentiellement devenir des célébrités. Ils étaient cinq. On a Ben, le chef de bande. Julie et Katie, les jumelles, impossibles de les différencier mis à part que l’une porte un bracelet rose et l’autre violet. Puis on a Tony, le plus âgé d’entre eux ; il joue souvent le rôle d’accompagnateur de Ben, une sorte de garde du corps. Étant plus âgé que la majorité des enfants du quartier, il constitue l’un des protecteurs les plus absolus. Et pour finir, Ahmed, le plus calme d’entre eux, mais également le plus raisonné ; toujours souriant, il est principalement là car il n’a pas voulu refuser l’invitation de Ben. C’est ainsi qu’est faite cette fameuse équipe…”

Ici se clôt le chapitre 1 de l’œuvre. Notre lecteur se vit envahi par un sommeil étrange et intense ; étantsur son lit, il décida de fermer l’œuvre et de se laisser aller dans les brasde Morphée, ou peut-être bien ceux de Léthé.

Une voix poignante mais inconnue se mit à me réveiller ; pourtant, je venais de m’endormir et je n’eus point assez de temps pour rêver de la suite de l’œuvre que je suis impatient de finir.

— Tony, Tony, lève-toi... Tes amis t’attendent.

Tony ? Mais qui m’appellerait

Tony ? mais pourtant il ne s’agit point de mon prénom ? Et malgré ça, la porteuse de la voix me secouait directement, il n’y avait aucun doute sur le fait que l’appel m’était destiné. Tout en étant une voix complètement inconnue, serait-ce une tante éloignée ? Ou simplement un membre de ma famille qui me fait une blague, car j’ai dû encore parler durant mon sommeil en citant les derniers prénoms que j’ai entendus ? Puis, j’ouvris les yeux pour confronter cette mystérieuse personne : c’était une femme jeune, dans la vingtaine ou proche de la trentaine, assez peu vêtue, comme si elle était chez elle. Ce qui me gêna instantanément.

Je voulus la repousser, mais mon corps répondit différemment ; déjà, j’avais une faim de loup, ce qui ne correspond pas à mon profil au vu du festin que j’ai mangé hier avant le début de ma lecture, tout en ayant des cheveux drastiquement plus courts. J’avais l’impression d’être dans le corps d’un jeune enfant, mais en parallèle, il était assez robuste et de grande taille. Un miroir se trouvait sur le placard. Je me suis levé pour le regarder instantanément, et je vis l’une des cinq figures de mon œuvre, cette fois-ci sans aucune imperfection d’imprimerie ; tout avait l’air complètement réel. La femme à côté m’embrassa sur la joue, me câlina et me déclara :

— La prochaine fois, j’appellerai M. Ben si tu oublies le bisou de maman.

M. Ben ? Maman ? Comment tout ceci était-il possible ? Je me dirigeai vers la fenêtre, et ce que je vis était vraiment bluffant : des dizaines de maisons côte à côte, ressemblantes l’une aux autres, toutes sublimes, puis l’une d’entre elles qui sortait du lot, que personne n’approchait. Je pus également voir l’un des enfants des premières pages : il s’agissait de Ben, et il attendait à la porte de la maison dans laquelle je me trouvais. Mais il y avait aussi cette fille, enfin l’une des jumelles, qui attendait derrière la clôture ; j’ignore s’il s’agit de Katie ou de Julie, je n’ai été que très peu concentré sur ce point au moment de ma visualisation de la première page. J’eus alors le réflexe de me pincer violemment, et mis à part la douleur ressentie, rien ne changea. Si je vis un rêve, cela signifie que je me porte sûrement bien, alors autant le vivre à fond.

Je descendis les marches une à une ; elles étaient extrêmement symétriques et pratiques. Ma mère me donna un petit sac et me déclara :

— Comme tu me l’as demandé hier, un sac tout propre pour mon petit bout de chou, avec tout ce dont tu auras besoin pour la journée. J’ai mis quatre bouteilles d’eau, et de la nourriture en plus ; si un de tes amis oublie la sienne, ne fais pas ton radin. Sans m’en rendre compte, je répondis :

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