Chapitre 1 : le coup de fil
LES FRONTIÈRES DE LA CONFIANCE
PARIS, 20 H 30 : PALAIS DE L'ÉLYSÉE
Le grand conseiller, en ouvrant la porte du cabinet :
Norval SHOFNAR : « Monsieur le Président ? Il est bien tard, vous devriez vous reposer. »
Le président de la République, qui était en train de remplir les derniers documents du grand projet, releva les yeux.
Marc TOMENAR : « La République est exigeante et demande peu de repos, Norval. »
Norval SHOFNAR : « Même la République a besoin de souffler, monsieur TOMENAR. »
Marc TOMENAR : « Hmm… Vous avez raison. Encore dix minutes et je retourne dans mes appartements. Vous, retournez voir votre famille, la journée de demain sera longue. »
Norval SHOFNAR : « Comme toujours. Bonne nuit, monsieur le Président. »
Marc TOMENAR : « À vous aussi, monsieur SHOFNAR. »
Le grand conseiller s'en alla.
Marc TOMENAR : « Konrad ? »
Une voix robotique retentit dans la pièce.
Konrad : « Monsieur le Président ? »
Marc TOMENAR : « Il est parti ? »
Konrad : « Scanner en cours… Affirmatif, monsieur Norval SHOFNAR vient de franchir l'accès extérieur du palais, monsieur. »
Marc TOMENAR : « Excellent. Bon, j'ai un coup de fil à passer. Contacte Jason, s'il te plaît. »
Konrad : « Tout de suite, monsieur. Appel en cours de monsieur MORENO. »
APPEL EN COURS.
APPEL ACCEPTÉ.
Jason MORENO : « Marc ! Vieille branche, comment vas-tu ? »
Marc TOMENAR : « Je tiens encore debout, c'est tout ce que la République exige. »
Jason MORENO : « Arrête un peu ton char, voyons ! »
Marc TOMENAR : « Jason, mon vieil ami, j'aimerais savoir si les services américains ont pu entrer en contact avec la Dravenie. »
Jason MORENO : « Pouah ! À peine… Le président de cette nation aussi obscure que la nuit est encore bloqué dans sa boucle temporelle, comme ses prédécesseurs d'ailleurs, mais nous faisons notre possible. William y veille. »
Marc TOMENAR : « William n'a jamais été réputé pour sa patience. Je le connais depuis un moment et depuis qu'il a accédé à la Maison-Blanche, il n'a pas changé. Je dirais même que ça a empiré. »
Jason MORENO : « HÉ ! T'oublies que je suis justement là pour être à ses côtés ! Je suis le copilote de la première puissance mondiale pour encore trois ans, je te signale ! »
Marc TOMENAR : « Je n'en doute pas. Demain, il y aura une conférence de presse. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur dire ? Depuis des jours, c'est la même question. »
Jason MORENO : « Ouais ! Le fameux : “Quelles sont les relations que la France et la Fédération de Dravenie entretiennent désormais, monsieur le Président ?” »
Marc soupira.
Marc TOMENAR : « Il n'y a pas vraiment de relations. Ces gens sont vraiment des illuminés qui pensent que le monde entier est contre eux. »
Jason ricana. Puis une voix retentit derrière lui.
Une voix : « Monsieur MORENO ? »
Jason MORENO : « Oui ? »
Une voix : « Monsieur ELYSEE vous attend au Bureau ovale, c'est important. »
Jason MORENO : « Oh, très bien, une minute, j'arrive immédiatement. Bon, je vais devoir te laisser, vieille branche. De toute façon, on se rappelle demain ? »
Marc TOMENAR : « Pas de problème, mon vieil ami. À demain. »
Marc raccrocha et leva les yeux vers le plafond.
Marc TOMENAR : « Konrad ? »
La pièce fut baignée d'un bleu cristallin.
Konrad : « Monsieur ? »
Marc TOMENAR : « Mets-toi en mode veille et n'oublie pas d'installer le système d'alarme dans la pièce. »
Konrad : « Tout de suite, monsieur. Passez une bonne soirée. »
Marc TOMENAR : « À toi aussi, mon brave. »
LE LENDEMAIN : PARIS, SALLE DES FÊTES, 9 H 30
La salle était bondée.
Journaliste : « MONSIEUR LE PRÉSIDENT, S'IL VOUS PLAÎT ! »
Deuxième journaliste : « Monsieur le Président ! Avez-vous vraiment validé la dernière réforme du Premier ministre ? »
Troisième journaliste : « Monsieur le Président, est-ce vrai que vous ne pouvez pas faire d'enfants ? »
Marc fronça les sourcils.
Marc TOMENAR : « Je ne crois pas que cette question concerne la fonction présidentielle. »
Le brouhaha s'intensifia.
Quatrième journaliste : « Monsieur le Président, où en sommes-nous pour les tentatives de contact entre la Dravenie et la France ? »
Le président ferma les yeux.
Marc TOMENAR (dans ses pensées) : « Évidemment, il fallait que cela arrive. »
Il souffla un bon coup.
Marc TOMENAR : « Nos services ainsi que les autorités américaines collaborent ensemble pour communiquer avec la Dravenie, mais le président, monsieur LOUDVIG, n'est pas vraiment ouvert à cela. »
Quatrième journaliste : « Et pourquoi ? »
Marc TOMENAR : « C'est un pays particulier. Nous savions beaucoup de choses sur eux, mais depuis maintenant plus de trente-quatre ans, ils ont mis en place l'arme nucléaire et cette étrange substance qui entoure la vaste nation jusqu'à son périmètre maritime, qu'ils appellent la “brume rouge”. »
Quatrième journaliste : « C'est dangereux ? »
Marc TOMENAR : « Oui, car cela masque les divers dangers. Je ne pense pas que cette substance soit juste là pour nous aveugler. Nos services sont très prudents. »
Quatrième journaliste : « Très prudents ? Vous sous-entendez quoi exactement ? »
Marc TOMENAR : « Je sous-entends qu'aucun incident ne doit avoir lieu. Nous ne voulons que la paix, rien de plus. Et cette immense contrée nous est hostile et refuse de s'ouvrir quasiment au monde entier. Nous ne sommes plus au Moyen Âge. »
La transmission était vue à travers les diverses régions du monde.
De l'autre côté des océans, à 12 000 kilomètres de là…
L'eau était rouge.
Un rouge sang, très profond.
Au loin, il y avait une terre en vue, légèrement éclairée par la lumière d'un majestueux phare noir.
Une fumée noire mélangée à du rouge foncé enveloppait cette terre. On pouvait à peine distinguer la lumière.
Un panneau en acier peint en vert foncé portait cette inscription :
DRAVENIE : SI VOUS VENEZ NOUS CAUSER DES ENNUIS, VOUS REGRETTEREZ DE NE PAS ÊTRE RESTÉS CHEZ VOUS.
FORTERESSE DU LYDRE, 8 H 45 : HEURE DRAVENIENNE
La télévision fut allumée dans le grand salon, projetant la conférence de presse du président français.
Vice-président dravenien (serrant les dents) : « Comment ose-t-il proférer de tels propos à l'égard de notre pays bien-aimé après tout ce qu'ils ont fait ? »
Ministre de l'Intérieur : « Toujours aussi arrogants… »
Puis un homme en costume vert entra dans la pièce. Les hauts dignitaires se levèrent.
Conseiller : « Monsieur le Président ! »
Grégoire LOUDVIG : « Asseyez-vous. »
Ils obéirent.
Ministre de l'Économie : « Monsieur le Président, la France est encore en train de parler de notre pays. »
Grégoire LOUDVIG : « Je le sais. »
Conseiller : « Toujours aussi obsédés par l'idée d'une “paix”. Ils sont vraiment à l'ouest. »
Grégoire LOUDVIG : « Un peu de tenue, messieurs. Vous oubliez que nous gouvernons près de 500 millions d'habitants ? »
Conseiller : « Non, monsieur… »
Grégoire LOUDVIG : « Bien. Il serait souhaitable que nous ne commencions pas à rentrer dans leur petit jeu pour nous emporter. »
Il se tourna vers son directeur de cabinet.
Grégoire LOUDVIG : « Nous avons encore eu des appels des services américains, monsieur FLAMAND ? »
Directeur FLAMAND : « Et comment ! Ça n'en finit plus. Je pense qu'ils ne vont pas tarder à passer à l'étape supérieure, monsieur le Président. »
Grégoire LOUDVIG : « Parfait. »
Le ministre de l'Intérieur le regarda avec de grands yeux.
Ministre de l'Intérieur : « Parfait ? Que voulez-vous dire, monsieur le Président ? »
Grégoire LOUDVIG : « Ils n'ont pas ce qu'ils veulent et ça les frustre. »
Petit silence. Il regarda une dernière fois la télé.
Grégoire LOUDVIG : « Moi, Grégoire LOUDVIG, je promets de protéger la Dravenie tant que j'en serai capable. Je l'ai juré au peuple il y a maintenant cinq ans. »
Le Premier ministre entra derrière lui.
Premier ministre dravenien : « Et nous aussi. »
Grégoire LOUDVIG : « Je vais faire un discours demain après-midi et je veux que la diffusion soit transmise au monde entier, à ceux qui veulent bien l'entendre. »
Directeur FLAMAND : « Oh, cela faisait plusieurs mois que vous n'aviez pas fait cela. »
Grégoire LOUDVIG : « Justement, une mise à jour s'impose. Vous continuez à faire tourner les institutions. Le pays ne doit pas s'arrêter de tourner pour le petit plaisir de ceux qui sont au bout de la planète. »
Conseiller : « Bien, monsieur ! »
Ministre de la Justice : « Naturellement. »
Ministre de l'Économie : « C'est notre devoir ! »
Premier ministre dravenien : « Nous donnerons nos vies pour notre nation. »
Grégoire posa son poing sur sa poitrine.
Grégoire LOUDVIG : « Pour la Dravenie… »
Puis il quitta la pièce.








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