Chapitre 1 Orion
CHAPITRE N°1
Orion
ORION
Je m’appelle Orion, Orion Drack.
J’ai actuellement 20 ans et je suis un travailleur du sexe depuis deux ans maintenant…
Je ne l’ai pas choisi, on m’y a contraint.
Il y a deux ans, juste avant mes 18 ans, je vivais comme tous les adolescents, une vie insouciante, bien que mon père nous ait soudainement abandonnés pour aller je ne sais où.
Ma mère, une femme absolument géniale, infirmière et maman attentionnée, faisait tout pour que cela ne nous affecte pas trop.
C’était la fin de l’année scolaire ; je vivais ma « best life ».
Beau garçon, sportif (quarterback de l’équipe de foot), je passais mon temps avec mes potes et coéquipiers, et ma petite amie Emmy, une des pom-pom girls des Jaguars (notre équipe de foot), une magnifique blonde qui me faisait bander rien qu’en la regardant.
La période des examens battait son plein et, élève consciencieux, je passais mes soirées à réviser tout en essayant de ne pas fantasmer sur ma petite amie, qui m’avait dit vouloir me donner sa virginité cet été !
J’étais, moi aussi, encore vierge, mais je ne le disais pas.
Ayant beaucoup de succès avec les filles, tout le monde pensait que j’étais un expert !
À quoi tient une réputation ? … Mystère !
C’était un mardi soir, alors que j’étais assis à mon bureau, en pleines révisions sur la guerre de Sécession, que ma vie a basculé.
Je m’en souviens comme si c’était hier !
Ma mère était de garde de nuit.
Ma petite sœur de 13 ans, Zoé, dormait dans sa chambre.
Des coups de sonnette à répétition m’ont fait dévaler les escaliers à toute vitesse pour qu’elle ne soit pas réveillée.
J’ai ouvert la porte à la volée, prêt à protester, quand cinq mecs hyper baraqués sont entrés en me bousculant, sans préambule.
- « Où est ton père ? C’est bien ici que vit Jason Drack ? » m’a dit l’un d’entre eux.
Il était immense, le crâne rasé, recouvert de tatouages, tout comme le reste de son corps.
Une grande cicatrice traversait le côté gauche de son visage, de la tempe jusqu’au menton en passant par la commissure de ses lèvres, créant, à cet endroit, un bourrelet imitant une sorte de sourire en coin des plus effrayants.
- « Mon père est parti il y a trois mois ! Je ne sais pas où il est ! »
Le grand costaud m’a alors attrapé par le col de mon tee-shirt et, me soulevant sans difficulté, il m’a collé contre le mur et a répété :
- « Où , est , ton , putain , de , père ? »
- « Je ... Je vous jure que je n’en sais rien ! Il s’est barré sans rien dire il y a trois mois, je vous dis ! »
C’est alors qu’un des mecs, plus petit que les autres, mais tout aussi effrayant, s’est avancé.
-« Lâche-le, Ben, tu effraies le petit ; pose-le qu’on puisse causer calmement.»
Le gros costaud, Ben, m’a alors relâché et poussé sur l’un des fauteuils du salon, me forçant à m’y asseoir.
Tous les mecs se sont installés confortablement autour de la table basse. Trois en face de moi sur le canapé, un à ma droite sur l’autre fauteuil et Ben est resté debout, derrière moi, les mains posées sur mes épaules.
- « Bon, gamin, pour la dernière fois, où est ton paternel ? » m’a dit le plus petit, assis juste en face,au centre du sofa, en se penchant vers moi, les yeux plantés dans les miens.
- « Je vous le répète, je n’en sais rien ! Il s’est barré sans prévenir en nous laissant seuls avec ma mère. »
- « OK, comme tu veux. Alors, où est ta mère ? »
- « Elle bosse. »
- « La nuit ? C’est une pute ? »
- « Quoi ? Non, putain ! Ce n’est pas une pute, elle est infirmière ! Elle est de garde de nuit cette semaine ! » ai-je crié, offusqué, en tentant de me relever !
Ben m’a rassis de force en m’appuyant sur les épaules.
Le petit s’est alors mis à rire :
- « Holà, gamin, calme-toi, pas la peine d’être choqué ! Si tu ne nous dis pas où se trouve ton père, ça va de toute manière devenir son futur métier ! Il faudra bien que quelqu’un nous rembourse cette dette ! »
- « Putain, mais c’est quoi votre délire ? C’est quoi cette histoire de dette ? »
Il m’a alors balancé un document au visage.
M’en saisissant, j’ai commencé à le lire.
Ça semblait être une reconnaissance de dette, écrite et signée de la main de mon père.
Si je comprenais bien, il avait perdu 300 000 $ lors d’une partie de poker et n’avait pas pu s’acquitter de sa dette.
Il était écrit qu’il devait rembourser cette somme dans les 3 mois qui suivaient la signature, et la date de la signature était… Il y a 3 mois ! La somme devait être remboursée aujourd’hui même, dernier délai !
- « Putain, j’en ai à rien à foutre des dettes de ce con ! Il nous a abandonnés comme un lâche. On ne va pas en plus payer pour ses conneries ! Vous n’avez qu’à le retrouver ! » Hurlais-je en tentant une fois de plus de me relever.
Ben m’en a empêché en me tirant violemment par les cheveux, me renversant la tête en arrière pour que je le regarde.
- « Fais gaffe petit con ! Tu nous parles sur un autre ton ! C’est nous qui commandons ici ; toi, tu écoutes et tu fermes ta belle gueule ! » S’est-il écrié en me postillonnant dessus.
Le plus petit a alors repris la parole.
- « Ça ne marche pas comme ça, petit ! Ton père savait que s’il ne payait pas, il aurait de gros soucis ! On ne rigole pas avec le fric. S’il ne s’était pas enfui et qu’il n’avait pas pu payer tout d’un coup, mais qu’il avait au moins avancé une première somme, on aurait pu lui faire crédit et s’arranger avec des versements réguliers, mais avec de gros intérêts bien sûr. En s’enfuyant, ce lâche savait pertinemment qu’il exposait sa famille ! Tu comprends, mon gars, on ne peut pas laisser passer ça.
Si nos créanciers apprenaient qu’il suffit de se barrer pour ne pas nous rembourser, plus personne ne paierait ses dettes !
Si on avait retrouvé ton père et qu’il avait refusé de payer, on l’aurait buté !
Il n’est pas là, OK, c’est donc à ta mère de payer. Si elle refuse, c’est elle qu’on va buter ! Si on retrouve un jour ton père, on se chargera de lui de toute façon.
Et si ta mère ne veut pas crever, il faudra qu’elle paie d’une manière ou d’une autre! »
- « Mais on n’a pas ce fric ! Comment vous donner de l’argent qu’on n’a pas ? La maison n’est même pas à nous ! On a juste de quoi payer le loyer et vivre ! »
- « On peut toujours s’arranger, bonhomme ! Ta mère est une femme, une femme ça se baise ! Elle fera le tapin pour nous pendant son temps libre jusqu’à ce que sa dette soit épongée. Mais j’imagine qu’elle n’est plus toute jeune, elle ne rapportera pas beaucoup, ça sera une pute « de trottoir », ça risque d’être long, surtout avec les intérêts ! »
- « NOOOON ! Personne ne touche à ma mère ! Plutôt crever ! » M’exclamai-je »
- « Ah non ? Pourquoi, tu veux faire la pute à sa place ? » M’a-t-il répondu en riant. Puis, me regardant en détail, il a rajouté : « Quoique, ce serait une très bonne idée ! Tu es jeune, beau gosse et bien bâti ! Je suis sûr que nos clients paieraient cher pour toi ! »
- « Va te faire foutre connard ! » Lui ai-je répondu en me levant.
Le mec à droite du petit s’est levé d’un bond et m’a collé un coup de poing qui m’a tellement sonné que je suis direct retombé sur le fauteuil.
Ben m’a alors maintenue par derrière et l’autre s’est rué sur moi, m’envoyant un autre coup de poing sur l’autre côté du visage. Ma lèvre était en sang, je sentais le liquide chaud ruisseler sur mon menton et goutter sur mon tee-shirt.
- « TSSS TSSS TSSS ! Non, petit, on ne me parle pas sur ce ton ! Moi, c’est Jerry ! Appelle-moi encore une fois « Connard » et tu le regretteras jusqu’à la fin de tes jours ! Si tu ne veux pas qu’on touche à ta mère, il va falloir que tu t’y colles, mon beau ! »
Et sur cette entrefaite, nous avons tous tourné la tête vers les escaliers en entendant des petits pas sur les marches en bois.
Zoé, toute ensommeillée, est arrivée dans le salon en se frottant les yeux, uniquement vêtue d’un tee-shirt Bob l’éponge et de ses gros chaussons également à l’effigie de son personnage favori.
- « C’est qui eux ? » M’a-t-elle demandé en me regardant.
Puis, voyant mon visage tuméfié, elle a écarquillé les yeux et s’est précipitée vers moi.
- « Mon Dieu, Orion, qu’est-ce qui t’est arrivé ? »
- « Tiens, tiens, comme c’est intéressant, il y a aussi une petite sœur ! Les jeunes ados aussi, ça plaît, on a pas mal de clientèle pour cette marchandise ! » S’est alors exclamé Jerry, avec un regard lubrique.
- « N’y pensez même pas ! … OK, OK, laissez-la tranquille, je vais faire affaire avec vous ! »
- « Ah, voilà qu’on devient raisonnable ! À la bonne heure ! »
- « Qu’est-ce qui se passe ici, Orion ? C’est qui, eux ? Qu’est-ce qui t’est arrivé au visage ? » S’est mise à hurler ma sœur, qui commençait à paniquer et à pleurer.
- « Rien, petite, ne t’inquiète pas, ton frère est tombé dans la rue et on l’a raccompagné, c’est tout. Va te coucher, on discute entre grands. » Lui a répondu Jerry en la poussant par l’épaule vers les escaliers.
- « C’est bon, Zoé, je vais bien ; ce sont des amis ; ils vont me soigner ; retourne te coucher, demain il y a école.» Lui ai-je dit en forçant un sourire.
Elle m’a jeté un dernier regard puis est remontée dans sa chambre.
- « OK, les gars, je connais ma sœur, elle va essayer d’écouter ce que nous disons. On ne pourrait pas se retrouver quelque part, demain après-midi pour parler de tout ça ? » Leur ai-je chuchoté d’un air suppliant.
- « OK, petit, donne-moi ton numéro ; je te contacterai demain dans la journée pour te donner l’heure et l’adresse du rendez-vous. Pas d’entourloupe. Si tu vas chez les flics, on le saura dans la seconde qui suit. On a des gars partout. Si tu caftes, vous êtes morts tous les trois, ta mère, ta sœur et toi ! Et si tu te ravises, on se charge de ta sœur : une petite vierge, ça se vend à prix d’or ! Et ta mère fera le reste ! »
- « Non, vous pouvez compter sur moi, je viendrai ! Ne dites rien à ma mère, jamais ! Je ne veux même pas qu’elle soit au courant de la dette de mon père ! »
- « HA HA, ça, c’est un bon garçon ! T’inquiète pas, si tu fais ce qu’on te dit, ni ta mère, ni ta sœur n’en sauront jamais rien… À demain, gamin ! »
Et comme ça, ils sont repartis, me laissant seul et terrifié.
Qu’est-ce qui allait m’arriver ?
Inutile de vous dire que je n’ai pas dormi de la nuit ce soir-là, et je n’ai pas non plus réussi à étudier. Réviser mon cours sur la guerre de Sécession me semblait, tout d’un coup, tellement futile !
Je suis tout de même allé en cours le lendemain.
J’ai croisé ma mère qui rentrait du travail au moment où Zoé et moi, allions sortir de la maison pour prendre notre bus.
Fatiguée de sa nuit de garde, elle m’a juste fait un bisou sur la tête, ainsi qu’à ma sœur, et n’a pas remarqué ma joue tuméfiée ni ma lèvre fendue, puis elle est allée se coucher.
J’ai passé ma journée dans un état second. Je n’ai parlé à personne, envoyant chier tous ceux qui osaient s’approcher de moi, même Emmy.
J’ai beaucoup pensé à mon père.
Il a longtemps été un bon père et un bon mari.
Il avait monté une petite entreprise de matériaux de construction qui lui prenait beaucoup de temps et d’énergie. Il était très peu présent, mais les week-ends et les rares fois où il était avec nous, c’était un papa génial.
Il jouait beaucoup avec moi, et c’est lui qui m’a donné la passion du football.
Il m’a appris à jouer, m’a emmené voir des matchs et a regardé des retransmissions avec moi, commentant le jeu des équipes, faisant des arrêts sur image, pour m’expliquer les différentes tactiques et stratégies de celles-ci.
Il avait lui aussi fait partie d’une équipe au lycée, avant de quitter l’école pour aider son père au garage familial.
À la mort de celui-ci, son frère en a repris les rênes et mon père a créé sa propre entreprise avec l’argent de sa part de la société, que mon oncle lui avait remboursé.
Puis un jour, il est rentré avec le visage en sang.
Il n’a plus jamais été le même.
Il est devenu agressif, toujours contrarié pour un rien.
En écoutant les discussions de mes parents en cachette, j’ai compris qu’il se faisait racketter par un gang apparenté à la mafia, qui lui demandait des sommes de plus en plus déraisonnables.
Il n’avait plus les moyens de payer !
Puis, un matin, en allant au travail, il a trouvé les lieux entièrement saccagés.
Le matériel avait été volé, les locaux de stockage et les bureaux avaient été détruits.
Son assurance a refusé de payer, disant qu’elle suspectait une fraude à l’assurance.
Ils l’accusaient d’avoir manigancé lui-même le saccage de son entreprise déjà en difficulté pour récupérer de l’argent, et menaçaient de porter plainte.
N’ayant ni l’argent ni l’énergie de se battre, il a accepté de renoncer au remboursement à condition que l’assurance renonce aux poursuites.
Il était ruiné.
Il a alors commencé à boire et à jouer.
Ma mère lui a retiré l’accès à ses comptes, ne supportant plus de voir son salaire partir en fumée.
Et un jour, il n’est pas rentré.
****
Le lendemain de la visite des cinq hommes, à 10 h 45, j’ai reçu un texto avec une adresse et une heure.
« Club du chat noir, à 18 h, ne sois pas en retard. »
À la lecture de ce message, j’ai senti mon cœur cogner très fort contre mes côtes.
J’étais paniqué.
Mon monde basculait dans l’angoisse, dans l’inconnu… Dans le sordide. Ma vie ne serait plus jamais la même, je le savais.








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