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Elise Foster avait sept ans lorsqu'elle vit Vincent et Giovanni Cancio pour la première fois. Leur famille emménageait dans la maison vide d'à côté et une camionnette contenant toutes leurs affaires était garée dans la rue. Les deux garçons se tenaient côte à côte sur le trottoir, l'attention rivée sur une console de jeu portable.
Ils avaient tous deux les cheveux foncés et la peau bronzée. Leurs corps étaient sveltes, mais sans être maigres ni gringalets. Elise ne voyait pas grand-chose de leurs visages, mais elle remarqua un détail. Elle tira sur la robe bleue de sa mère, les yeux fixés sur les deux garçons.
— Maman, ils ont la même tête.
— Ce sont des jumeaux, répondit-elle en rejoignant sa fille pour regarder par la fenêtre.
— Des jumeaux ?
— Ils sont nés ensemble, ils se ressemblent et ont le même âge.
— Oh.
— Je me demande s'ils sont dans ta classe.
Il y eut un moment de silence. Le père des garçons apparut et commença à crier sur les déménageurs en pointant la maison du doigt. Les garçons ne semblèrent pas s'en émouvoir.
— Ils sont mignons, dit doucement Elise, ses joues prenant une légère teinte rosée.
— Oui, soupira Gwen Foster.
Elise leva les yeux vers sa mère et remarqua que son regard n'était pas posé sur les deux jeunes garçons.
— Qu'est-ce que vous faites, les filles ? Orson Foster rejoignit sa petite famille dans le salon. Déjà en train d'espionner les voisins ? gloussa-t-il.
La rentrée en CE1 confirma qu'ils avaient le même âge qu'elle. Ils furent immédiatement remarqués, étant nouveaux et jumeaux, et devinrent rapidement populaires. Elise les admirait de loin, trop timide et nerveuse pour leur adresser la parole, bien qu'ils fussent voisins. Elle passa totalement inaperçue à leurs yeux pendant deux ans.
La meilleure amie d'Elise, Acacia Kemp, semblait être la seule à ne pas les dévisager. Elle ne comprenait pas la fascination de tout le monde et ne cherchait pas à la comprendre. Elle occupait l'esprit d'Elise avec des aventures au hasard, des travaux manuels et des soirées pyjama incessantes.
Au début du CM1, tout changea. La mère d'Elise avait été surprise en train d'avoir une liaison avec Guilio, le père des jumeaux. Viola, la femme de Guilio, les avait surpris au lit, nus. Gwen avait dû faire une véritable marche de la honte pour rentrer chez elle, sans vêtements, tandis que Viola hurlait sur son mari.
Les deux en étaient venus aux mains sous le coup de l'émotion ; Viola l'avait giflé et il avait riposté. Il prétendit qu'il ne l'aimait plus et que Gwen possédait désormais son cœur. Qu'elle satisfaisait tous les désirs sexuels dont il avait besoin. Avant de quitter la maison, il lui annonça qu'il allait demander le divorce. Viola se suicida cette nuit-là.
Gwen, en revanche, appréciait la peur constante d'être prise et l'adrénaline qui l'accompagnait. Elle ne voulait plus aucune forme de relation avec Guilio, ni avec son propre mari qui était pourtant prêt à passer l'éponge. Elle divorça et déménagea dans un autre état pour « vivre sa vie ».
L'histoire se répandit dans leur petite ville comme une traînée de poudre. Gwen fut traitée de tous les noms, principalement de « pute » et de « briseuse de ménage ». Guilio devint alcoolique et Orson se noya dans le travail pour payer toutes les dettes juridiques que Gwen leur avait laissées et pour garder la maison.
Soudain, les jumeaux surent qui elle était. Et ce n'était pas l'attention qu'elle souhaitait.
Ils lui tiraient les cheveux et lui faisaient des croche-pieds quand elle passait. Ils faisaient tomber ses livres de ses mains et éparpillaient ses papiers. Ils détruisaient ses projets scolaires, saccageaient ses déjeuners, la traitaient de tous les noms, en anglais et en italien. Ils étaient implacables et elle semblait ne jamais pouvoir leur échapper.
Les jumeaux grandirent et devinrent plus arrogants au fil des années. Ils se transformèrent lentement en mauvais garçons, avec leurs propres sbires et des filles qui les suivaient partout. Leurs mâchoires devinrent plus carrées et leurs muscles s'épaissirent. Ils avaient des dents parfaites, droites et blanches, et semblaient toujours savoir comment s'habiller. Ils gardaient la même coiffure, légèrement plus courte sur les côtés et environ huit ou dix centimètres sur le dessus, dans un style coiffé-décoiffé.
Les cheveux très bouclés d'Acacia avaient enfin atteint ses épaules après que sa mère en eut coupé la majeure partie à cause d'un chewing-gum qui avait atterri dans ses cheveux au lieu de ceux d'Elise. Elle mesurait maintenant quelques centimètres de plus qu'Elise et commençait à avoir de petites courbes naturelles dues à la puberté.
Ce n'était pas souvent Acacia qui se faisait harceler, la cible préférée des jumeaux restait de loin Elise, mais il arrivait qu'Acacia soit trop proche ou se fasse rembarrer pour avoir défendu son amie. Elise était plus que reconnaissante que sa meilleure amie reste à ses côtés.
L'apparence d'Elise semblait stagner. Elle entrait au lycée avec la même taille qu'au début du collège. Son corps ne montrait pas encore de signes de maturité, mis à part l'arrivée de ses règles. Ses cheveux couleur ambre tombaient entre ses omoplates et ses yeux étaient d'un bleu éclatant avec des nuances jaunes autour de la pupille, les faisant paraître verts par moments.
Demain, elle entrait au lycée. Son estomac se tordit et se noua en une boule douloureuse qui la fit se retourner dans son lit toute la nuit.