PROLOGUE
Playlist Muse - Psycho
19 juin 2024
Boston – Quartier Hyde Park – États-Unis
03 h 12
Pedro Rodriguez
En pleine nuit, je me tiens en retrait, observant la demeure majestueuse qui se dresse devant moi, tel un prédateur guettant sa proie. Mon regard perçant scrute chaque détail et chaque ombre se mouvant à l’intérieur des murs ornés de luxe et d’opulence.
L’ombre qui pèse sur mon cœur n’est pas celle de l’amour, mais plutôt celle d’une ambition glaciale, d’un désir insatiable de contrôler et de posséder. Je suis animé par une fascination perverse pour les femmes, que je considère comme des pièces de mon échiquier, des cartes dans un jeu cruel où je dicte les règles. La jeune femme que je désire observer avec tant d’avidité n’est pas une muse. En revanche, une proie potentielle que je pourrais plier à ma volonté, un atout précieux dans mon réseau obscur.
Dans mon esprit, elle s’intègre à mon plan machiavélique, une étape vers l’expansion de mes activités illicites.
Après un long moment, je décide de pénétrer dans le jardin impeccablement taillé. Chaque pas résonne dans le silence pesant comme un battement de tambour. Les fleurs, vibrantes de vie, ne sont pour moi que le décor d’une réalité que je perçois avec mépris. Je sais que je suis un intrus, toutefois cette idée m’offre une excitante adrénaline.
Le frisson du danger s’entremêle à ma soif de pouvoir et à mon besoin de contrôler tout ce qui m’entoure. D’un mouvement rapide à l’aide d’un couteau-suisse, la porte en verre, devant moi, s’ouvre avec facilité et je pénètre sans hésiter. Je constate que les murs riches en art moderne, loin de susciter l’émerveillement, me rappellent la vanité de ceux qui vivent à l’intérieur.
Pour ma part, ces décorations sont uniquement des masques, des façades dérisoires dissimulant des vérités sombres que j’aspire à déterrer. Chaque pièce que je traverse, je l’imagine comme un puzzle à résoudre, un territoire à conquérir. Par ailleurs, je ressens une montée de tension tandis que je me faufile à travers ce labyrinthe de luxe. Cette maison, cet univers, sont purement des obstacles à surmonter pour atteindre mon objectif.
La haine qui me consume m’étreint l’âme : bientôt, j’aurai face à moi celle qui pourrait se révéler plus qu’une simple cible.
Je sais que cet instant pourrait être le point culminant de mon pouvoir, une combinaison explosive entre mes sombres projets et la cruelle réalité de mon désir. Je ne recherche ni l’amour ni la passion ; j’aspire à contrôler et à posséder, à transformer ce que je perçois comme une beauté fragile en un instrument de ma propre gloire, quel qu’en soit le prix à payer.
Je monte lentement ces longs escaliers en marbre, avec des poings serrés, prêt à faire face si quelqu’un surgirait. Devant moi, le couloir est long et muet. Mes oreilles sont ouvertes, j’entends tout : dans l’une des pièces, un ronflement lourd me confirme que je ne trouverai pas cette fille ici.
Tandis que je poursuis mon chemin, intrigué par l’aura qui provient de la prochaine porte, ma respiration s’intensifie. En me plaçant devant elle, je remarque une plaque sur laquelle le prénom « Ella » est gravé. Un sourire amer se dessine sur mes lèvres.
« C’est débile », murmure une voix intérieure, mais l’impatience m’incite à agir.
D’un geste lent et calculé, j’ouvre la porte, veillant à ne faire aucun bruit.
La pièce s’offre à moi, joliment décorée, presque trop parfaite pour être réelle. Le luxe y règne ; les draps blancs et marron drapent son lit comme un cocon. Elle est là, au centre, bercée par un sommeil paisible, entourée de peluches qui semblent veiller sur elle.
Une ironie sournoise me saisit en la voyant ainsi, délicate et vulnérable, tandis que mes pensées s’assombrissent. Je rêverai de l’emmener loin d’ici, de la séquestrer dans un monde dans lequel elle serait à ma merci. La douleur et la peur que je pourrais lui infliger m’excitent, mais en cet instant, je reste figé, hypnotisé par sa douceur apparente.
Comme dans un soupir de mort, je quitte sa chambre. Ce n’est pas le moment. Je dois la connaître, comprendre ses habitudes et saisir la profondeur de ses gestes. Sa manière de rire, de marcher, de parler avec ses amis. Chaque détail compte.
Cependant, je fais une pause dans le couloir, mon regard errant sur les murs ornés. Les tableaux m’entourent, figés dans des instants de joie que je trouve presque grotesques. Des photos de famille, des sourires éclatants, des regards débordant de vie.
« C’est pourri ! » je pense, un rictus se dessine sur mes lèvres.
Ils ne se doutent de rien, ces gens. Si seulement ils savaient que le monstre est rentré chez eux, ils cesseraient de sourire si pitoyablement. Mais, là, je ne peux pas me laisser emporter par ce dégoût. Pas encore.
Mes yeux se posent alors sur une photo en particulier. Une femme blonde, rayonnante, qui me renvoie directement à mes souvenirs les plus sombres. Un frisson parcourt mon échine. Elle me rappelle celle qui a fait de moi ce que je suis. Une colère sourde monte en moi, mêlée à un sentiment de trahison. La haine se mélange à la nostalgie, une tornade d’émotions noires qui menace d’exploser. Je la dévisage, comme si son image pouvait me dévoiler les secrets de mon passé, me libérer de cette souffrance que je traîne comme un poids mort. Pourquoi est-ce qu’elle me hante ainsi ?
Mon cœur s’emballe, je sens la rage bouillonner. Alors, j’aimerais la détruire, cette image, cette femme qui incarne tous mes tourments. Je serre les poings, la douleur de mon existence se resserre autour de moi, et je comprends soudain que je suis prisonnier de mes propres démons.
Dans un excès de rage, je dévale les escaliers et pénètre dans la grande cuisine équipée. J’essaie de trouver un couteau bien tranchant pour tous les égorger comme des porcs.
Soudain, je suis interrompu par une lumière qui s’allume dans les escaliers. Tel un rongeur, je me cache dans un renfoncement, sans chercher à distinguer où je suis, me contentant de dissimuler ma présence face à cet intrus qui perturbe mes plans.
À ce moment-là, je vois une femme blonde se diriger vers le réfrigérateur. Elle saisit une carafe d’eau, la pose sur le plan de travail blanc, puis attrape un verre dans le placard juste au-dessus.
« La mère de famille a besoin de s’hydrater en pleine nuit. »
J’ai une envie soudaine de me jeter sur elle, afin de l’étrangler.
Quand je suis sur le point d’avancer vers cette femme, je touche sans faire exprès un meuble qui fait légèrement bouger un vase rempli de fleurs.
Dans un moment de panique, elle se retourne avec une rapidité, mais j’ai réussi à me cacher.
Son souffle se fait entendre.
Elle a peur et crie :
— Qui est là ?
Je ne réagis pas.
Mais, de là où je suis, je remarque qu’elle attrape un couteau.
« N’y pense même pas, tu risques de finir mal, pétasse »
Elle rôde comme un animal effrayé, cherchant l’intrus qu’elle ne trouvera pas, puis j’entends de nouveau sa voix, qui me semble tellement familière :
— Il faut que j’arrête. Il n’y a personne ici.
Je la vois se gratter la tête, comme pour mettre ses idées en place et se diriger vers l’escalier pour regagner sa chambre.
Ainsi, je sors de mon renfoncement quand la lumière s’éteint et je croise de nouveau un cadre familial.
Il est temps, pour moi, de partir…
Alors, je tourne brusquement les talons, laissant derrière moi ces visages figés dans l’illusion du bonheur, tandis que je m’enfonce dans l’ombre, quittant cette demeure.
L’ombre de son passé.