La Rencontre de Polites et Anna
Chère petite maman,
Tu a dû remarquer que Ulysse et les autres guerriers sont rentrés, eux, mais pas moi.
Je vais donc te raconter mon voyage a partir de Troie. Mais ne t’inquiète pas ma chère mère, c’est une belle histoire!
Nous rentrions a Ithaque avec mes camarades, lorsque nous nous sommes rendus compte que nous mourions de faim. Enfin, mourir, pas vraiment, ce n’est qu’une expression. Je vis au loin, une petite île qui semblait occupée a cause de la lumière qui en jaillissait. Ulysse décida de partir en éclaireur inspecter l’île et m’ammena avec lui. Il ordonna a nos 600 compagnons de brûler l’île, si nous ne revenions pas sains et saufs a l’aube. Le bateau accosta donc sur l’île et Ulysse et moi sommes descendus en quête de nourriture. Par chance, nous avons fini par trouver une cave où était stocké pleins de nourriture, des fruits, des légumes, et même un troupeau de chèvres maman! C’était merveilleux, nous pouvions manger a notre guise!
Nous croyions l’île déserte, tant nous n’avions guère trouvé d’habitants, mais elle ne l’était pas. Peu de temps après, une armée de femmes nous découvrit. Sa meneuse était une femme grande, et svelte au regard méfiant mais chaleureux. Elle avait des cheveux bruns, aux reflets rouges et ses yeux comportaient une couleur différente. L’un était vert, tandis que l’autre était bleu. Voyant que l’on avait tué une chèvre, son regard devint sombre, et elle nous injuria de voleurs, d’assassin, et ordonna que l’on soit amené devant leur reine.
La reine était une femme plus petite, plus ronde et brune aux yeux verts. Elle avait le teint noir, un sourire radieux, et portait sur ses cheveux une couronne de la même couleur que le soleil. Quand elle nous vit approcher, entourés de son armée, la reine se leva de son trône et nous salua. Elle présenta son peuple comme étant nommé le « Peuple du Soleil », descendantes direct du dieu Hélios et de la princesse du soleil Mélinée. La reine voulut, par tradition et pour nous souhaiter la bienvenue, offrir a Ulysse la main de sa fille. La capitaine de l’armée rétorqua que nous leur avions déjà pris quelqu’un. La reine se tourna vers nous et nous questionna d’un regard confus, tandis que Ulysse répondit qu’il avait, en effet, tué une des chèvres du troupeau. Il décrivit une petite biquette plutôt fine, et blanche immaculée avec une marque noir sur la fesse gauche, c’était un “Y”.
La reine avait l’air triste, mais ce n’était rien par rapport a la réaction de la jeune fille qui était a ses côtés. Je l’ai entendue murmurer “Yelena!” Et vue s’effondrer en larmes a l’annonce de la disparition de cette bête. Furieuse et brisée par l’état de l’enfant, la reine retint ses larmes et déclara a Ulysse: “comme vous avez pris une des nôtres, nous allons vous prendre un des vôtres. Présentez-moi votre guerrier le plus jeune.” . Ulysse répliqua qu’il refusait que son plus jeune guerrier meurt a cause de son erreur. La reine le rassura en disant que le guerrier ne mourra point, mais épousera sa fille. Je me suis alors avancé et ai commencé a me présenter: Polites, 18 ans, guerrier du Royaume d’Ithaque. La reine fit signe a la fille de s’avancer et je compris que cette enfant au cœur brisé était celle qui m’épouserait. Elle était courte sur patte, et avait les formes amples, comme la reine. Sa chevelure était noire, et elle dissimulait derrière ses larmes des yeux aux couleurs de la mer. Je fit la connaissance de la princesse Anna, 16 ans et héritière benjamine au trône. Elle me regarda un court instant et me tendit un léger sourire forcé, je lui sourit en retour. J’entendais la reine parler d’union au capitaine, et lui annoncer que je ne rentrerais pas a Ithaque, car ma place serait désormais sur l’île.
Alors que la reine invita Ulysse aux négociations, je vis la princesse s’éloigner en sanglots. Je suivis ses pas et découvrit bientôt qu’elle rejoignait le troupeau de chèvres dans la cave. Elle s’était assise devant le corps de la biquette morte, entourée des bêlements des autres bêtes.
Ma pauvre mère, si tu savait comment j’étais désemparé, Je ne savais que faire. J’ai décidé d’entrer et de m’agenouiller a côté d’elle. La princesse me regarda et m’expliqua entre les sanglots que la biquette était sa seule amie. Elle l’avait vu naître et l’avait baptisée Yelena. Elle ne pouvais aller oú que ce soit sans elle. J’ai été ému, et suis tombé sous le charme de cette jeune enfant a qui on a enlevé sa chèvre préférée. “Écoutez princesse Anna, lui dis-je, acceptez mes sincères excuses pour le mal qu’on a créé. Nous ignorions que vous aimiez cette chèvre et nous ne voulions que manger, sans chercher à causer de tort a qui que ce soit.” Je fis une pause, pris les mains de la princesse dans les miennes, prépara mes prochaines paroles: “je ne pourrais remplacer votre amie et prendre sa place dans votre cœur, mais si vous acceptez, je resterais a vos côtés, je vous épouserais et promettrais de vos aimer jusqu’à la fin des temps. Ainsi, je tenterais de combler le vide que mes camarades et moi avons créé dans votre cœur.” Anna m’a remercié, mais je voyais encore les larmes couler de ses yeux.
C’est là que j’ai repensé a cette histoire drôle qui a bercé mon enfance. La blague que tu me racontais quand j’allais mal, et qui en un tour de main, me rendait le sourire. C’est là que j’ai pensé: ” si Mère arrivait a me sécher les larmes comme cela, pourquoi la princesse ne devrait-elle pas l’entendre?” Je décida de raconter a la Princesse Anna la blague de la grenouille a grande bouche.
“C’est l’histoire d’une grenouille qui avait une grande bouche. Un jour, alors qu’elle se baladait dans le bayou, elle croise un dauphin.
BONJOUR TOI, dit la grenouille
et il répondit -bonjour grenouille-
TU MANGES QUOI TOI?, demanda la grenouille
Moi, je mange des crevettes, ou bien des écrevisses
TRÈS BIEN, D’ACCORD puis la grenouille a grande bouche continua son chemin. Au bout d’un moment elle croise un héron.
BONJOUR TOI
Bonjour grenouille, dit le héron
TU MANGES QUOI TOI?
Je mange des poissons que je pêche dans le bayou
TRÈS BIEN,D’ACCORD” et la grenouille a grande bouche repart de plus belle. Après une petite heure, elle croise un alligator.
BONJOUR TOI
Bonjour petite grenouille, rétorqua l’alligator
TU MANGES QUOI TOI? Fit la grenouille
Moi je mange des grenouilles a grandes bouches
euh... il y en a beaucoup par ici?”
Dès la fin de l’histoire, Anna se mit a rire aux éclats. Elle trouvait la blague vraiment drôle et bien racontée. Alors je lui dis que la clé pour réussir cette blague était de regarder la bouche de celui qui la raconte. Puis, nous avons discuté davantage et fait plus ample connaissance. Nous avions tant ris et discuté, que nous ne nous sommes pas rendus compte que la journée défilait. Nous nous sommes levés et avons quitté la cave. Sous notre surprise, le crépuscule tombait doucement mais sûrement sur l’île et nous entendirent bientôt la reine appeler sa fille. Sous mes yeux enjoués, la princesse Anna se précipita vers la voix royale et je déambulai derrière elle en riant. Quand elle nous vit, la reine eût un sourire et demanda si nous avions discuté davantage, pour mieux se connaître. Je sentis mes joues rougir, quand mes camarades se tournèrent vers moi en gloussant. Ils se tenaient autour d’une immense table sur laquelle était posé grands nombre de mets. Viande, poisson, fruits exotiques, légumes et même du bon vin d’Ithaque, que mon ami Ulysse a apporté. La reine nous invita à rejoindre son peuple et elle-même dans leur somptueux festin.
S’il te plait, ne rigole pas toi aussi Maman ! Mes compagnons n’ont pas arrêté de me fixer avec leurs yeux emplis de sous entendus, ils se moquaient de moi. Tous, sauf Ulysse qui me regardait tendrement avec son sourire plein de bienveillance. Il m’adressa d’un murmure « félicitation mon ami, vous ferez un merveilleux couple. Vous semblez voir la vie de la même manière que la princesse.» Je l’ai remercié chaleureusement, et le festin débuta par une prière au dieu soleil et à sa fille. Pendant ces courtes minutes, je ne pouvais m’empêcher d’admirer la silhouette d’Anna. Je remarquai l’épaisseur de ses cils, de ses lèvres, de ses mains jointes et de ses joues légèrement rosés. Lentement, la princesse ouvrit les yeux et me vit. A ce moment, je réalisais que je la fixais depuis trop longtemps, et je croyais la rendre mal à l’aise. A son sourire plus radieux que le dernier, je compris qu’il n’en était rien. Nous nous sommes regardés un long moment, qui nous a paru à tous les deux comme un éclair, comme un coup de foudre.
La reine semblait pouvoir entendre le silence, comme toi Maman. Et comme lorsque nous étions petits avec mon frère cadet et que tu pouvais entendre chacun de nos silence qui annonçait des enfantillages. La reine, disais-je, semblait pouvoir entendre notre silence puisque sans ouvrir l’œil, elle reprit la princesse, lui rappelant que la prière était importante pour la fille de feu Mélinée et qu’elle aimait la rigueur d’une bonne prière. « Pardon Mère » murmura Anna. Je présenta des excuses à mon tour devant la reine, puisque j’avais dérangé Anna dans sa prière, non sans tout de même échapper aux regards moqueurs de mes compagnons. Heureusement, je pouvais compter sur le soutien et la bienveillance de mon ami Ulysse ! Après cette dernière, guerriers et peuple du Soleil pouvaient commencer à manger de bon appétit.
Le lendemain, à l’aube, Ulysse et les 600 guerriers reprirent le large en direction d’Ithaque (enfin, 599 du coup). Moi, je restais donc sur l’île où vivaient le peuple du Soleil et ma fiancée, la princesse Anna. Je les rejoins tout de même pour leur dire adieu accompagné de la reine et sa fille. La reine interpella Ulysse une dernière fois et lui tendit, sous son regard curieux, un présent pour son foyer. Perplexe, Ulysse lui fit remarquer que c’était une fleur de lotus, enterrée et sous une cloche, et qu’elle pouvait prendre le contrôle de notre esprit sans jamais nous libérer. La reine répondit qu’il avait raison, mais qu’il ne parlait que du fruit du lotus. Elle ajouta que la fleure de lotus était une belle plante, parfaite pour la décoration et que les pétales avaient une fonction aussi médicinale. Selon la reine du Soleil, la pétale de lotus pouvait être infusée dans de l’eau chaude, puis le breuvage bu et la personne malade guérissait en moins de deux jours. Enfin, la reine déclara « revenez bientôt nous visiter guerriers, nous vous saluerons a bras ouvert ! »
Et voilà, ma chère maman, comment j’ai rencontré le peuple du Soleil et la princesse. Notre mariage se tiendra bientôt, et j’espère pouvoir te voir avec papa et Antiphose. J’ai hâte de vous présenter Anna, nous nous complétons à merveille. Je vous aime très fort tous les trois. A plus tard !
Polites