Le cueilleur d'âmes [Romance monstre, urban-fantasy]

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Summary

Nous sommes dans un monde où les monstres ont toujours existé. Ces créatures magiques n'ont cessé de vivre sur les mêmes terres que l'humanité et cela a créé de vives tensions jusqu'au point de non-retour. Une guerre implacable éclata entre les deux espèces et dura pendant des siècles, jusqu'à ce qu'un traité de paix mit fin à cette effroyable querelle qui n'a amené que la désolation et le chagrin. Mais Milly en a cure, l'histoire ne fait pas partie de ses priorités. Elle tente de survivre tant bien que mal dans une relation toxique avec son petit ami, qui l'épuise et la draine jusqu'à la dernière goutte. À cause de lui, elle a tout perdu. À cause de lui, elle se perd elle-même, jusqu'à ne plus se reconnaître. Mais un jour, son bourreau va amener à sa porte une bouffée d'oxygène, un éclairci dans cette vie misérable et, peut-être, la fin de cet enfer : la rencontre de ces monstres tant redoutés. Elle pense que la venue du prénommé Ash, être dénué de peau aux pupilles aussi pâles qu'une lune hivernale, marquera la fin de sa chute. Elle n'a aucunement conscience que c'est le début de quelque chose de magnifiquement sinueux.

Status
Ongoing
Chapters
9
Rating
n/a
Age Rating
18+

Un invité surprise #1


Milly


Je n’ai jamais été aussi stressée de toute ma vie. J’ai subi l’épreuve du bac, les entretiens d’embauche et même certaines situations délicates, comme rester inerte face à une engueulade de la part de ma mère ou surprendre une conversation téléphonique ambiguë de mon copain avec une inconnue. Pourtant, aujourd’hui, je sens que mon corps est à l’épreuve de mes nerfs déjà bien fragiles, et la nausée ne m’a pas quitté depuis ce matin.

Je suis comme une lionne en cage dans notre studio que je partage avec mon petit ami, Joachim, alias Jo pour les intimes. Celui-ci est enfermé dans la salle de bain depuis bien deux bonnes heures maintenant. Je ne m’inquiète pas de son absence prolongée. Il a pour habitude de rester pendant des heures pour être au top de lui-même. Cela me laisse moins de temps pour me préparer mais heureusement, j’ai eu la bonne idée d’aller dans cette sainte pièce avant lui, sinon je serais encore en pyjama avec ma tête de petit panda du matin.

Pour combler le silence et occuper mon esprit tumultueux, je vérifie, encore et encore, que tout est fin prêt pour accueillir notre futur invité. Le salon n’a jamais été aussi propre et rangé par mes soins, je me sens fière du résultat, même si la pièce n’a rien d’extraordinaire. Il y a le bureau de Jo avec son ordinateur – qui était le mien avant, bien évidemment –, un meuble avec une vieille télévision, console et lecteur DVD et aussi, un canapé deux places d’un vert olive, avec le fauteuil assorti et une table basse. Rien ne respire le luxe, juste le nécessaire pour la vie quotidienne. C’est peu accueillant au premier abord, mais cela reste mon petit cocon quand j’ai besoin de me cloisonner, loin des problèmes que la vie ne cesse de m’imposer.

Je souffle à nouveau, pour la centième fois depuis mon « réveil ». Je ne suis pas tranquille, je ne suis pas sereine. J’ai beau me voiler la face, je suis tout à fait consciente que je ne suis pas préparée à ce qui va suivre. Une personne hors norme va arriver d’une minute à l’autre, et je ne savais même pas qu’elle était invitée jusqu’à hier soir. À vrai dire, Jo m’a fait une surprise au moment du coucher, quand j’étais la plus vulnérable et que je m’apprêtais à me lover dans les bras de Morphée.




Je pousse un soupir d’aise quand je sens la présence de Jo dans le lit, son corps se glissant contre mon dos. Il était sur l’ordinateur depuis une bonne heure, à pianoter, à murmurer dans sa barbe et à faire, je ne sais quoi. Je trouvais cette situation exaspérante, et je suis bien contente qu’il me rejoigne, comblant la solitude de mon cœur et réchauffant les draps bien trop froids sans lui. Mon ressentiment se noie à son contact contre ma peau, son souffle caressant mon cou. Avec un sourire, je me détends enfin et m’apprête à me laisser aller dans le sommeil.

Mais, Jo n’est pas de cet avis.

— Il faut que je te parle, me murmure-t-il contre mon oreille.

— Hm ? grommelé-je, déjà à moitié endormie.

— J’ai invité un pote demain.

Il passe un bras autour de moi et je me colle contre lui. Je ne ressens rien face à cet imprévu, il a toujours fait ce qu’il voulait sans me demander mon opinion. Pourquoi serait-ce différent aujourd’hui ? À force d’être face à cette contrainte, je me suis dit que ce comportement devait être normal dans la vie d’un couple et qu’il serait bien plus facile de l’accepter.

— OK, pourquoi pas ? dis-je finalement, pensant que la conversation est terminée.

Je sens qu’il bouge, qu’il gigote, comme s’il hésite avant de continuer. Cela me met la puce à l’oreille, car jamais, il ne tergiverse pour imposer quoique ce soit. Le doute s’installe en moi et me tire des prémisses du sommeil.

— C’est Had que j’ai invité…, me révèle-t-il enfin d’une petite voix.

Je tourne vivement la tête vers lui, manquant par mégarde de lui exploser le nez. Il se recule pour laisser un espace de survie en cas de nouvelle attaque, mais garde tout de même une main sur ma hanche. Pourtant, son toucher ne calme pas la crainte qui vient de naître au plus profond de mon être, cette incertitude qui me tient en éveil.

— Had ? Tu veux dire Hadrian, le monstre ?

— Ouais, lui-même.

Il est si nonchalant dans sa réponse que je sens une pointe d’exaspération percer ma poitrine. Il est rare que je me mette en colère, je suis plutôt d’un naturel calme, voire passif, mais là, il outrepasse une ligne.

— Mais pourquoi tu ne m’en as pas parlé avant ? m’exclamé-je en me reculant davantage, ne supportant plus ses doigts posés sur moi.

— Parce que je savais que tu allais réagir comme ça et flipper pour rien.

Interdite, je me sens blessée par un tel culot. Il a toujours cette manie de tourner la situation à son avantage et je n’aime pas du tout sa façon de procéder. Il a surtout éveillé en moi une crainte que je serais incapable de nommer.

— C’est juste pour boire un café. Je lui dois bien ça, depuis le temps qu’il m’invite chez lui.

— Ça fait quoi, genre deux semaines que tu le fréquentes ! Tu ne le connais même pas, tu ne sais rien de lui ! Et si… Et si…

« Et si » quoi, Milly ? De quoi as-tu peur ? Qu’il se lasse de lui, de toi, et qu’il souhaite vous dévorer pour le petit-déjeuner ?

— Ouais, mais c’est un brave gars. Ce n’est pas parce qu’on le désigne comme un monstre qu’il est forcément monstrueux.

C’est bien rare que j’entende quelque chose d’aussi mature venant de sa bouche et cela me cloue à nouveau les lèvres. Il profite de mon état second pour s’approcher de moi, remettre sa main là où elle était avant de me faire l’un de ses sourires dont lui seul a le secret. Il sait que je suis incapable de résister face à son charme et que je cède lamentablement, comme une petite fille qui manque cruellement de volonté et d’attention.

— Tu vas voir, il est super chouette ! Tu ne vas pas regretter cette rencontre !

— … si tu le dis, répondis-je, l’anxiété gagnant lentement mon cœur.

Je ne rajoute rien de plus, toujours estomaquée par tout ceci. Jo ne cherche pas à continuer à converser ou à me rassurer davantage. Il effleure ses lèvres sur les miennes, me souffle un mot d’amour qu’il pense suffisant pour apaiser la situation puis se détourne, montrant son dos. Il se plonge dans le sommeil en quelques minutes. Je suis restée là, complètement désarçonnée par cette annonce, immobile dans notre lit, pendant que lui dort comme un bébé.

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, trop occupée à imaginer mille scénarios catastrophes pouvant se dérouler le lendemain. Malgré moi, face à cette invasion de sentiments dont je suis incapable de gérer, je me suis collée à lui, trouvant que la chaleur de son dos fait un parfait compagnon dans cette longue soirée.