Chapter 1
Ne pas craquer, je ne craquerai pas.
Je respire profondément dans l'espoir de retrouver mon calme.
Je peux le faire, je peux le faire.
En rouvrant les yeux, je m'efforce de mettre de côté les voix que j'entends et les émotions tourbillonnantes de tristesse et de colère qui me submergent. Je peine à identifier qui est là, car je ne peux les voir, mais je ressens intensément leurs émotions et leur présence. Je prends une profonde inspiration avant de m'adresser à eux.
– Je vous le demande gentiment, pouvez-vous me laisser me recueillir, s'il vous plaît ?
“Elle ne comprend rien !”
“Il va arriver, partez !”
“Vous êtes en danger avec votre don !”
Chaque fois, ce sont les mêmes voix qui me parlent, des voix d'hommes et de femmes que je reconnais bien. Pourtant, elles restent évasives, ne dévoilant jamais davantage d'informations. La situation demeure inchangée, mais je persiste dans mon désir de découvrir leur identité. Peut-être, un jour, obtiendrai-je enfin une réponse.
– Je peux savoir de quoi vous parlez, s'il vous plaît ?
“Partez, il est dangereux !”
“Il va vous tuer pour votre don !”
“Vous êtes en danger !”
– Mais qui ?
“Nous ne pouvons prononcer son prénom !”
“Il est dangereux !”
“Seul l'homme peut vous sauver !”
– Qui est cet homme ?
“Vous le saurez en temps voulu !”
“Il vous protégera !”
“Il arrive, partez vite !”
Cette fois-ci, je choisis d'écouter attentivement les voix qui me parlent. Je ressens une intense peur ainsi qu'une impression d'urgence. En arrière-plan, une aura obscure et menaçante semble se profiler, aussi sombre que les ténèbres elles-mêmes. Je me lève et dépose un baiser sur la tombe de mes parents, leur promettant de revenir. Ensuite, je me précipite vers la sortie. Une fois dans ma voiture, je néglige la ceinture de sécurité et démarre précipitamment. À mesure que je m'éloigne du cimetière, je commence à me sentir un peu mieux. Pourquoi ces voix cherchent-elles à me protéger ? Qui est cet homme mystérieux ? Trop de questions demeurent sans réponse, ce qui ne fait qu'ajouter à mon anxiété. Je poursuis ma route jusqu'à la maison qui appartenait à mes parents avant leur décès. J'aimerais pouvoir me confier à quelqu'un, mais je suis seule. Je mène une vie d'ermite qui préfère rester en retrait, travaillant depuis chez moi pour éviter toute interaction avec les autres. Je sais que je devrais socialiser davantage, mais à chaque fois que quelqu'un me parle, je ressens profondément ses émotions, que ce soit sa peine ou son excitation. Mon empathie est débordante, et je suis naturellement douce et bienveillante, désireuse d'aider tout le monde, mais cela m'est souvent difficile à gérer. Voilà pourquoi je préfère rester dans mon coin.
Une fois rentrée chez moi, je respire enfin plus librement, quittant la voiture pour me diriger vers l'entrée de ma maison. Je dépose mon sac à main et mes clés sur la console près de l'entrée, puis je me dirige rapidement vers la cuisine pour me préparer une tasse de thé. Pendant que l'eau chauffe, je prends un moment pour observer mon environnement. Tout ici me ramène à mes parents, et je n'ai rien changé depuis leur décès. La décoration, c'est principalement le travail de ma mère, et je n'ai aucune envie de la modifier. Laissez-moi vous expliquer, cela aura plus de sens.
Dès que l'on franchit la porte d'entrée, on trouve une console que mon père avait dénichée dans une brocante. Il avait pour habitude d'y déposer nos clés et nos sacs à main, entre autres. Je me souviens d'une anecdote : mon père m'avait dit un jour, en levant les yeux au ciel, "Si j'ai acheté cette console, c'est parce que ta mère ne savait jamais où elle mettait les clés ou son sac à main. Tu y crois, toi ?" Puis, il avait ajouté avec un clin d'œil, "Ha, cette femme, que je l'aime malgré ses défauts. Eh bien, maintenant, elle n'a plus de raisons de se plaindre. Elle pourra tout poser à l'entrée, et je serai tranquille."
Ensuite, nous entrons dans un grand espace ouvert qui englobe la cuisine, la salle à manger et le salon. Mon père avait décidé de casser quelques murs pour créer cet espace lumineux et ouvert. Il avait également entièrement rénové la cuisine, car selon lui et ma mère, elle était démodée à l'époque.
Ma mère avait entrepris une rénovation totale avec un style industriel et moderne à l'esprit. Elle avait repeint tous les murs d'un élégant gris clair, tandis que le parquet était d'un bois clair. Dans la cuisine, les armoires du haut et du bas avaient la même teinte que le parquet, tandis que le plan de travail avec l'évier, l'emplacement du four et du micro-ondes étaient d'un noir élégant. L'îlot central se distinguait par sa couleur bois clair, complété par des tabourets en fer noir.
Dans la salle à manger, trônait une grande table en bois sur mesure, réalisée par mon père, assortie à des chaises confortables de couleur noire. Enfin, dans le salon, un vaste canapé d'un gris clair était mis en valeur par un tapis gris foncé. Une table basse, fabriquée à la main à partir de palettes, ajoutait une touche de rusticité. Deux fauteuils de couleur marron brisaient la monotonie du gris, tandis que mon père avait également fait concevoir un grand meuble TV en bois et en fer. Celui-ci offrait un emplacement pour la télévision et des étagères sur les côtés, idéales pour y disposer des livres, des cadres photos, des pots de fleurs, et bien plus encore.
Pour accéder à l'étage, nous empruntons un charmant escalier en fer avec des marches en bois qui longent le mur. Ma mère a orné les murs de photos de notre famille à chaque étape, ce qui me plonge toujours dans la nostalgie. Mais revenons de nos jours. Une fois en haut de l'escalier, nous découvrons trois chambres, une salle de bains et des toilettes séparées, ainsi qu'une pièce qui me sert de bureau pour mon travail.
Il est important de noter que seuls mes parents avaient leur propre salle de bains, ce que ma mère appelait leur "chambre parentale". Les autres membres de la famille devaient donc partager une salle de bains, chacun ayant son espace intime.
Le sifflement de la bouilloire me ramène brusquement au présent. Je l'éteins puis saisis une tasse et mon sachet de thé saveur caramel vanille. J'ajoute du sucre à ma convenance avant d'y verser de l'eau chaude. En attendant que mon thé infuse, je vais chercher un livre sur l'étagère du meuble télé, ensuite, je récupère ma tasse et m'enroule dans un plaid sur le canapé. En ce moment, je suis complètement plongée dans la saga "La Meute du Phénix". J'ai déjà lu les histoires de Trey et de Dante, et maintenant, j'en suis au troisième tome, celui de Nick. Je ne vais rien vous révéler de plus pour éviter les spoilers, on ne sait jamais !
Quelques heures plus tard, je remarque que la nuit commence à tomber, alors j'allume l'halogène pour éclairer la pièce. En vérifiant l'heure, je me rends compte qu'il est temps de préparer le dîner, mais je me promets de finir le chapitre en cours avant de m'y atteler. Une fois le chapitre terminé, je me dirige vers la cuisine pour réchauffer les lasagnes de la veille. En parallèle, je prépare une salade de concombre et de tomates. Une fois que tout est prêt, je m'installe à l'îlot de la cuisine et commence à savourer mon repas.
Bien sûr, c'était trop beau pour durer, car il semble que les voix décident de faire leur apparition quand bon leur semble, comme je vous l'avais dit.
“Il est en colère !”
“Il veut savoir qui tu es ? Et ça le rend furieux de ne pas le savoir !”
“L'homme qui te sauvera va bientôt arriver !”
“Nous devons partir vite !”
Puis, tout à coup, les voix disparaissent, laissant place au calme. Elles sont parties aussi mystérieusement qu'elles étaient apparues. Je reste toujours dans le flou, sans savoir de qui elles me parlent, pourquoi cet homme est en colère ? Quel est son dessein ? Et qui est cet individu censé me sauver. Je ressens une frustration grandissante à ne pas obtenir de réponses claires à mes questions. Tout ce que j'ai, ce sont des bribes de phrases, suivies de silence, et cela ne fait qu'accentuer mon désarroi. Cependant, je me rends compte que je ne peux rien faire pour l'instant.
Une fois mon repas terminé, je range tout soigneusement, vérifie que tout est bien fermé, puis je monte à l'étage pour prendre une douche et me glisser dans mon pyjama. Enfin, je me glisse dans le lit, en espérant ardemment que la tranquillité régnera demain, même si j'en doute profondément.