Un Amour Sans Visage. Tome I

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Summary

Athénaïs a passé toute son adolescence enfermé entre quatre murs loin du monde, après avoir été abandonné par ses parents à cause de son handicap, jusqu’à ce que Henry l’adopte à son tour après la mort de sa femme. Cet homme qu'elle considère comme son père biologique va lui donner une chance de vivre une vie normale en l’envoyant sur son campus avec son chien Ange qui l’aidera à passer une année presque normale. Mais c’est sans compter sa rencontre avec le quarterback Ignacio, qui chamboulera sa vie, ce garçon que toutes les filles s'arrachent, surtout une, Maddy, la cheerleader des pom-pom girls qui verra en Athénaïs, une rivale dangereuse. Ignacio a pour rêve de devenir pro dans le monde du football américain. Les filles n’ont pas leur place dans sa vie sauf pour une nuit, jusqu’à ce qu’il remette tout en question en croisant Athénaïs, cette fille mystérieuse qui porte des lunettes de jour comme de nuit et qui se balade avec son chien sur le campus, chose improbable. Il sera attiré à elle comme un aimant, avant même de savoir pourquoi elle accorde une si grande importance à porter des lunettes de soleil, même par temps de pluie. Il lui fera découvrir les fêtes, les sorties café et bien plus encore… Est-il possible de tomber amoureuse sans même voir le visage de celui qui fait battre son cœur ? Comment Ignacio réagira-t-il en découvrant son secret ?

Status
Complete
Chapters
33
Rating
4.7 35 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

Athénaïs

Je ne connais rien de ce nouveau monde qui s’ouvre devant moi, mais Ange est là, fidèle et prêt à me guider à travers chaque étape.

C’est mon premier jour à l’université, je suis à la fois excité et angoissé.

⸻ Nous y sommes, Ange, notre première année de liberté à enfin sonné ! Dis-je d’une voix excitée.

⸻ WOOF !

⸻ Oui, mon chien, toi aussi, tu seras enfin libre comme l’air.

Sa bouille sur ma cuisse gauche, je plonge les doigts dans sa truffe soyeuse. Lui comme moi, allons enfin découvrir la vie extérieure.

Depuis bientôt treize ans, j’ai perdu la vue brutalement.

Après ça, ma vie n’a plus été la même.

Finis les couleurs d’automne, adieu petite marguerite qui annonce le printemps, au revoir beau ciel bleu et bonjour, la nuit, le noir, les ténèbres.

Je n’ai pas perdu que la vue, celle-ci m’a aussi fait perdre mes parents qui ne supportaient plus de vivre avec une fille invalide à leurs yeux, je me suis vite retrouvée dans un foyer d’adoption, dans lequel je devais suivre des cours dans une chambre de quatre mètres carré, l’école n’a plus été une possibilité pour moi, mais aujourd’hui grâce à mon père Henry, qui m’a adoptée à l’âge de mes quinze ans, après avoir perdu sa femme tristement emporté par un cancer du sein trop avancé, me voilà devenu une fille normale, remplie d’amour par un père aimant.

Enfin, presque normale.

C’est grâce à lui aujourd’hui que ma vie a pris un sens. C'est grâce à lui qu’Ange fait partie de mon quotidien depuis son sevrage. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir inclus dans sa famille.

Après beaucoup de boulot et de détermination afin de familiariser mon nouvel ami dans le monde des aveugles, nous avons réussi à créer à nous deux, nos propres codes de communications qui, à présent, ont démontré à Henry que je pouvais me débrouiller seule avec Ange, mon samoyède âgé de six ans. Il m’aide chaque seconde de ma vie, que ce soit mentalement, physiquement, il réussit, là où tous les autres m'ont abandonnée sans scrupule.

Il m’a appris à vivre sans complication et à me faire accepter, celle que je suis.

J’ai enfin, la chance de reprendre une vie presque normale. À nous maintenant de prouver à mon père que cette année sera juste, du gâteau.

Plus d’une semaine que je suis sur le campus de Seattle, avec Ange, nous avons pris nos marques dans cet endroit qui me semble immense, se trouvant à plus de quatre heures trente-cinq de Pullman, et mon dieu, ça fait un bien fou de respirer un autre air que celui de la maison.

J’embrasse Ange, sur le bout du museau.

⸻Tu es prêt ?

⸻WOOF !

Ce qui signifie, oui, en langage chien, sac sur le dos, je me redresse, attrape la laisse qu’il tient dans sa gueule, nous voici enfin paré pour débuter cette nouvelle vie.

⸻Ange, tu n’aurais pas vu mes lunettes ?

⸻WOOF !

Je sens mon chien s’avancer puis revenir vers moi, main tendue, il me les dépose dans le creux de ma main. Je les enfile et fourre mes doigts dans ses longs poils.

⸻Tu es le meilleur ami de la terre.

Je lui emboîte le pas, nous voilà partis pour l’aventure.

Grâce à Henry, j’ai pu me trouver une chambre au rez-de-chaussée avec amplement de place pour nous deux, un vrai petit miracle.

Je m’aventure hors de ma chambre. Mes doigts glissent le long du mur pour m’assurer de ne pas trébucher sur mes pieds. Chaque pas est une exploration, chaque bruit une indication du monde qui m’entoure. Dans ma vie, tout est important, je ne dois rien laisser au hasard.

Je peux entendre ses griffes gratter contre une porte. D’un mouvement, j’attrape la clinche sans problème et l’ouvre avec son aide. Le vent s’engouffre dans mes cheveux, je peux sentir la chaleur des rayons se poser sur ma peau, je sens déjà la liberté s’emparer de mon âme.

⸻Nous devons aller en salle B8, Ange !

⸻WOOF !

⸻Tu penses pouvoir m’y emmener ?

Je le taquine, d’un ton moqueur.

⸻WOOF !

⸻ Je rigole, je sais que tu peux le faire. Je voulais t’embêter. Plaisanté-je.

Avec lui, tout me semble si facile, je n’ai pas d’appréhension, je n’ai aucune honte à dialoguer avec lui, puisque depuis six ans, il est mon meilleur ami, mais aussi le seul.

Ne pas avoir pu étudier en dehors de la maison m’a privé de tout ce que les gens de mon âge font habituellement, comme sortir avec des amies, aller à des fêtes ou encore faire des soirées pyjama commérages. Je n’ai pas eu la chance de vivre tout ça, je compte sur cette année pour remédier à tout ce qui m’a été enlevé.

Perdue dans mes pensées, une voix me fait sursauter.

⸻ATTENTION !

Je peux sentir Ange s’arrêter brusquement, je fais de même lorsque je sens la présence d’un objet me frôler le visage, mon cœur cogne contre mes côtes face à ce vent m’annonçant la vitesse importante qui m’aurait probablement couté une commotion cérébrale. J’entends mon ami grogner de mécontentement, instinctivement, je lui grattouille le dos afin de le tranquilliser.

⸻Tout va bien, calme-toi. Chuchoté-je.

⸻Tu peux renvoyer le ballon ? Me demande, une voix grave.

Il s’adresse vraiment à moi… où c’est une blague de mauvais goût.

⸻C’est à moi qu’il s’adresse, Ange ? Je l’interroge, surprise.

⸻WOOF !

Je souris bêtement à cette réponse, sans attendre, je le sens me traîner en avant. À l’aide de son museau, il me glisse ce que je distingue, un ballon sur les pieds. Je m’incline et attrape sans lâcher sa laisse, l’objet en question qui aurait pu me faire perdre connaissance, je me redresse sans savoir où renvoyer le projectile.

⸻Montre-moi où le lancer ? Murmuré-je afin qu’il soit le seul à m’entendre.

Je me sens virer sur la droite, en guise de confirmation, il aboi de nouveau. Je prends de l’élan.

⸻J’ENVOIE ! Dis-je sans m’arrêter de sourire, le cœur battant.

Au même moment, je le projette avec force. Je peux entendre des rires, accompagnés de remerciements.

Voilà une manière inhabituelle de faire connaissance, je me demande ce qui va m’arriver durant mes prochains pas.

Fière de notre bonne équipe, je replonge mes doigts entre ses oreilles pour le féliciter.

⸻Bravo, mon chien ! Allez go B8, sinon on va être en retard pour notre premier cours.

Sans attendre, nous voici de nouveau en route, mon sourire ne me quitte pas fière de ce qui vient de se passer. Pour certains, ça peut paraître anodin, mais pour moi, ça représente tellement plus.

Les bruits du campus résonnent autour de moi, une symphonie animée d’inconnu qui se retrouve après leur vacances et d’autre excitait par la reprise des cours.

Après plusieurs minutes, je le sens s’arrêter, accompagné d’une odeur de tabac froid, signe que nous nous trouvons devant une personne.

Si y a bien une chose que je déteste, c’est bien cette odeur, nauséabonde.

⸻Bonjour, vous devez être Nolton, enchanté, je serai votre enseignant de Psychologie. Si vous avez des difficultés durant ce cours, n’hésitez pas à me le faire savoir ? C’est une première pour nous d’accueillir…

Je sens la gêne dans la tonalité de sa voix, en plus de son pouls qui augmente. Mes sens aiguisés me permettent de d’écrire son état d’inconfort. Pour ne pas l’enfoncer plus, je l’aide à finir sa phrase, ce ne sera ni la première, ni la dernière fois que ça m’arrivera.

⸻Une aveugle, vous pouvez le dire. Je soupire en levant les yeux au ciel.

Je peux entendre ses doigts frotter contre l’épiderme de son cuir cheveux.

⸻Désolé, je ne suis pas habitué à ce genre de situation, c’est tout nouveau pour moi, comme pour mes autres collègues d’ailleurs, je suppose qu’ils auront la même réaction. Bredouille-t-il.

Je secoue la tête en riant, afin de calmer l’atmosphère tendu.

⸻Ne vous en faites pas, je sais à quoi m’en tenir, je comprends que recevoir une personne malvoyante peut mettre les personnes mal à l’aise.

Je suis habituée.

⸻Dans ce cas, bienvenue à Seattle, j’espère que l’environnement vous plaira ?

Un moment de silence s’installe avant qu’il se rattrape, embarrassé de sa gourde.

⸻Désolé, je voulais dire… que tout se passera bien ?

Je ne peux m’empêcher de rire une nouvelle fois, ma main toujours emmitouflé dans les poils d’Ange.

⸻Je ne sais pas si l’environnement me plaira, mais je suis sûr que tout ira bien. Pas vrai, Ange ?

⸻WOOF !

⸻Je vois que votre chien est d’accord avec vous !

Je distingue un léger sourire dans sa suggestion.

⸻Nous formons, une bonne équipe.

La sonnerie retentit sans plus attendre, nous entrons en salle, je peux entendre l’enseignant guider Ange pour me conduire à ma place.

Après l’avoir remercié, je retire mon sac, attrape mon ordinateur et commence à m’installer. Des raclements de gorge se font entendre.

⸻Je vous enverrai les cours par courriel, afin de faciliter votre participation.

Je lui gratifie mon plus beau sourire. J’aimerais lui dire, je suis aveugle, pas sourde, souvent les gens pensent qu’aveugle rime souvent avec perte de l’ouïe, c’est incroyablement stupide mais je me contiens, je ne veux pas me faire remarquer dès mon premier jour.

⸻Merci pour votre gentillesse, mais si cela ne vous ennuie pas, j’aimerais prendre mes notes moi-même, je ne veux pas qu’on pense que je vais avoir des privilèges suite à mon handicap.

Même si pour le moment, j’ai la net sensation que les gens autour de nous ont du mal à comprendre pourquoi, mon chien se retrouve ici.

Soit ils sont aussi stupides que cet homme, soit ils se fichent royalement de l’infirme qui vient d’intégrer le campus.

La seconde option m’arrange.

⸻Je comprends, mais si jamais n’hésitez pas, je ferai en sorte de passer l’information à mes collègues.

Je lui souris faussement en guise de remerciement, plusieurs pas sont en approche, je n’y prête pas attention et me concentre sur mon clavier.

Ange s’installe sur le siège à mes côtés me guidant sur l’allumage de mon ordinateur, j’attrape mes écouteurs qui se trouvent dans la poche avant de mon sac et les branches à ce dernier avant de glisser une oreillette dans mon oreille.

Doucement, la pièce prend vie autour de moi, chaque son, chaque respiration ajoutent une note à la mélodie de cette première journée.

Mon visage se tourne vers son museau, je frotte mon nez en guise de remerciement.

⸻Qu’est-ce que je ferais sans toi, ma boule de poil !

Son museau se pose sur ma main, pour me faire savoir qu’il sera toujours là.

Ça m’aide à calmer le stress qui me noue la gorge.