I
Je marche dans les rues sombres d’Helsinki, le froid fait frissonner mon corps, je remonte le col de ma veste afin de me couvrir une partie de mon visage. Je n’ai pas une très bonne réputation dans cette ville à cause de mon Don. Les habitants de cette ville me surnomment ” Le monstre”, car cette faculté en moi les effraie, ils la voient comme une malédiction. Mais c’est connu, ce qui sort de l’ordinaire dérange. De plus, ce n’est pas la seule chose qui me rend différente : mes cheveux. Ils sont naturellement verts, je ne sais pas comment la génétique est capable de créer cette couleur, mais dans tous les cas, cela a causé mon exclusion dans ma famille quand j’avais fêté mes 6 ans. Mes yeux, pour rajouter un peu plus d’originalité, sont vert émeraude. Et apparemment, mon prénom vient de là : Emera.
On est d’accord que le vert est synonyme d’espoir et que celui-ci fait vivre ? Et bien vu le nombre de fois où j’en ai vu, je peux vous dire que je suis immortelle. J’ai cessé d’avoir de l’espoir en qui que ce soit, car la vie m’a prouvé une chose : Je peux très bien vivre sans famille, sans amis, ni quoique ce soit. L’énergie que je gagne en arrêtant de m’occuper de ces gens, je l’utilise pour une seule chose : le retrouver et le tuer.
Cet enfoiré qui m’a volé mon enfance il y a 14 ans. Ce même enfoiré qui m’a enfermée, affamée et fait subir toute sorte de monstruosité . J’étais trop jeune pour contrôler mon don, trop jeune pour savoir le déclencher, mais aujourd’hui,si nos chemins se croisent, la petite fille innocente n’est plus, s’il devait croiser ma route, je lui ferais payer pour tout ce qu’il m’a fait subir. Aujourd’hui je suis forte et je jure de lui faire payer de sa propre vie. Un phœnix renaît toujours de ses cendres.
Mes yeux parcourent chaque recoin des rues, observe chaque personne que je croise, je suis à l’affût. À sa recherche. Mon indic m’a donné les dernières informations le concernant, je sais qu’il est là, parmi l’obscurité. Je suis sûre qu’il me guette, je suis attentive à tous les bruits, prête à attaquer s’il le faut. Plus les minutes passent, plus mes nerfs commencent à être à bout : m’a-t-il encore échappé ?
Je lâche un juron en frappant contre un mur, il m’a encore échappé.
—Bin tiens qui vois-je ! Fait une voix derrière moi.
Je me retourne en voyant un homme en uniforme de gendarme. Je lui demande ce qu’il me veut, celui-ci me répond qu’il serait temps que je le suive gentiment au poste.
—Mais tout à fait, tu as raison, dis-je en me grattant la tête, mais non.
À ce moment, je frappe dans mes mains pour faire apparaître un nuage noir que je dirige vers lui. Il se cache le visage en sentant des petites particules sableuses qui lui écorchent la peau. Je me sauve aussitôt en l’entendant râler.
Je passe dans une rue qui commence à s’animer, je grimpe des escaliers de secours à l’arrière d’un immeuble et monte jusqu’au cinquième étage, de là, je me dirige à la fenêtre à l’extrémité de l’escalier, l’ouvre et me faufile à l’intérieur. Je me réceptionne en faisant une roulade et reste sur le dos pour reprendre ma respiration. Une boule de poil se met à miauler en se déplaçant dans ma direction, puis se met à me lécher le visage. Je souris en portant ma main sur mon chat en lui disant qu’il m’a manqué.
—Tu étais encore à sa recherche ? Faix une voix venant de lui.
—Évidemment…
—Et je suppose que tu es tombée sur un flic.
—Double évidemment.
—Je ne comprendrai jamais ce qu’ils te veulent, dit-il en sautant sur le canapé.
—Un monstre n’a pas sa place au sein de la société, dis-je en me redressant.
—Tu ne fais de mal à personne à ce que je sache.
—Que veux-tu…
Je me relève et me dirige dans la cuisine pour me faire un café. Je m’assois ensuite sur le canapé à côté de cette boule aux longs poils noirs et aux yeux émeraude. Le seul point commun que j’ai avec lui. Je l’avais trouvé dans un cimetière, allongé sur une tombe. Quand nos regards se sont croisés, on s’est tous les deux adoptés. Et quand j’ai su qu’il parlait, je me suis dis que je n’avais pas fini de découvrir d’autres particularités de mon Don.
—Au fait, la section des cold cases ont rouverts une affaire datant d’il y a 15 ans, me dit-il
—Hé bin, ils peuvent chercher, depuis le temps que la victime est dans ce lac, il n’en reste plus rien.
Il tourne son regard vers moi en sortant un miaulement interrogatif.
—Je l’ai vu.
—Et tu comptes informer ce jeune-là ?
—Jussi, il s’appelle…
—Toi qui te fous des gens, t’as retenu au moins son nom !
—Dis merci à mon indic.
—Bon et maintenant, que vas-tu faire ?
Je réfléchis à sa question, mais ne sais pas quoi lui répondre. Je sais pertinemment que si je lui dis « rien », il va me sortir qu’il serait temps que je me fasse des amis. Si je lui dis que je continue mes recherches, il va rétorquer qu’il serait temps que je tire un trait.
—Alors ? Dit-il en remuant sa queue de gauche à droite.
—Rien.
—Il serait temps…
—Je le savais…
Je me lève en soupirant puis je lui dis que je n’ai besoin de personne dans ma vie et surtout qu’un monstre n’a pas besoin de quelqu’un pour vivre. Il me fusille du regard, mais le temps qu’il réagisse, je suis déjà enfermée dans ma salle de bains. Je me déshabille puis entre et allume l’eau. Une fois à la bonne température, je me laisse glisser contre le mur et met mes mains sur mon visage. J’en passe une sur mon cou puis sens une longue ligne en relief qui va de mon oreille et s’arrête au milieu du cou. Les traces de ma prison…
Quelques minutes après, je sors puis pars m’allonger sur mon lit, le matou me rejoint et se cale juste à côté de mon visage.
—Je te préviens, si tu viens là, ce n’est pas pour me faire la morale.
—Un chat n’a-t-il pas le droit de se mettre à côté de son maître ?
—Si, mais en silence.
—Tu es dure avec moi…
—Je suis horrible et je te maltraite beaucoup, je sais.
—N’empêche, ces gendarmes sont stupides… Ils te cherchent, mais ne viennent pas directement chez toi.
—Ils savent qu’ils sont foutus s’ils font ça.
—Pas faux. Bon c’est pas que, mais je dois rattraper mon sommeil…
—Tu dors toute la journée.
—Sauf qu’en débarquant par la fenêtre tout à l’heure, tu m’as réveillé.
—Oh peuchère.
Je lui fais des gratouilles sur la tête et il se met à ronronner en disant que je le prends par les sentiments, je souris puis je décide de me reposer un peu.
Mon téléphone se met à vibrer, quand j’ouvre les yeux, la nuit est déjà tombée. Je saisis le combiné puis regarde la notification.
Sur le port, dans 15 minutes.
Je regarde ensuite l’heure : 00h15. Je me relève aussitôt, je m’habille à la hâte, ressors par la fenêtre en vérifiant d’avoir bien fermé. Pour descendre plus vite, je décide de sauter tout en baissant mon bras vers le sol pour atténuer ma chute, je me mets ensuite à courir à travers la ville puis passe devant des étales qui signalent la présence du port non loin d’eux. Je me remets à marcher en regardant autour de moi pour m’assurer qu’il n’y est personne. Une fois cela fait, je sens une main m’attraper pour me faire venir entre deux containers.
—Ca ne va pas de choper les gens par surprise comme ça ? Chuchoté-je
—Tu ne m’aurai pas trouvé.
—Bien sûr que si. Bon, qu’est-ce que tu as comme infos ?
—Le Cold Case, tu en as entendu parler ?
—Oui, la victime est dans le lac, enfin, du moins ce qu’il reste. Le corps n’apprécie pas beaucoup quand il y a trop d’eau.
—Il y a eu des rumeurs disant que ça aurait été l’une des victimes de…
—Varjo, c’est une blague ?
—Non, après ce sont des rumeurs malheureusement.
—Hum…
—Et tu comptes leur dire…
—Ne me demandes pas la même chose Virheä, toi !
—Ah, il te l’a déjà demandé ?
—Bien évidemment.
—Et donc ?
—Et donc la police ira se faire foutre. Je ne bosse pas pour ces glands.
—Adorable…
Je lui demande s’il a autre chose, il me répond par la négative et on décide de se quitter chacun partant dans une direction différente. Qu’est-ce qu’ils ont tous à vouloir que j’aide ces incompétents…
Le lendemain, je compose un numéro puis attends que la personne décroche. J’entends une voix toute douce et enfantine. Je souris en sachant qui est à l’autre bout du fil. Ma petite sœur.
—Emera ! Ça me fait plaisir de t’avoir, tu sais que tu me manques, quand est-ce que tu reviens ?
—Olé, doucement ma chérie, dis-je en riant, tu me manques aussi !
—Tu reviens quand alors ?
Je déteste cette question, je la hais. Je lui réponds que pour le moment ce n’est pas possible, car j’ai beaucoup de choses à faire au boulot. Par chance, elle y croit à chaque fois. Je l’entends soupirer puis sa voix change, elle commence à pleurer.
—Ma puce, ne pleure pas, on se reverra très vite d’accord ? Je ne veux pas voir de larmes couler sur ton joli visage. Promets-le-moi.
—Promis, dit-elle en reniflant.
—Je te fais plein de gros bisous, je t’aime ma chérie.
—Je t’aime aussi grande sœur, tu me manques terriblement.
Elle raccroche après cette phrase, cette fois, c’est moi qui me mets à pleurer. Je ne peux pas lui avouer que je ne suis plus la bienvenue au sein de la famille, car je suis « le monstre ». Je pose le téléphone sur la table en m’allongeant sur le canapé, Virheä vient se poser sur moi en ronronnant.








