Les Guerres Eternelles

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Summary

Après la mort tragique et violente de son père, Émilie Duvautiel, une lycéenne de 17 ans qui aurait bien aimé être quelconque, et sa famille déménagent dans une petite ville côtière pour un nouveau départ. Il leur faut se reconstruire et s'éloigner du drame qui les a frappé. Mais ne dit-on pas "chassez le naturel il revient au galop"? Il y a des choses qui, malheureusement, ne semblent pas prêtes à laisser Émilie s'éloigner... en fuyant une situation douloureuse, elle tombe sans le vouloir sur des problèmes encore plus gros, et n'a qu'une idée en tête: si le destin veut se mettre en travers de sa route, elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour le mettre en échec, quelles que soient les conséquences. Et du pouvoir, elle en a plus que ce qu'elle croit...

Status
Ongoing
Chapters
88
Rating
5.0 4 reviews
Age Rating
16+

Chapter 1: la nouvelle

« Hé, toi! L’interpella une voix féminine qu'elle ne connaissait pas. Attends! »

Émilie s'apprêtait à quitter la classe, mais s'arrêta sur le pas de la porte et attendit que sa nouvelle camarade et ses amis la rejoignent.

« Viens avec nous, nous allons te faire visiter le lycée, comme ça tu mettras moins de temps à t'y retrouver. »

La jeune fille qui l'avait interpellée se présenta: elle s'appelait Mélanie et se trouvait être l'une des deux déléguées de cette classe de Première qu'Emilie venait d'intégrer, avec quelques semaines de décalage sur ses nouveaux camarades. Elle arrivait tout juste de Paris et venait d'emménager chez un grand-oncle dans une petite ville côtière du nom d'Elenville avec sa mère et sa petite sœur Isabelle, de deux ans sa cadette. Un déménagement qui avait été motivé par le décès prématuré du père d'Emilie, dont le corps avait été retrouvé un beau matin dans une ruelle obscure de la capitale, la gorge déchiquetée et vidé de son sang. Mme. Duvautiel, la mère d'Emilie, avait mis des mois avant de se remettre tant bien que mal cette épreuve atroce, et la première décision qu'elle avait prise avait été de quitter Paris. Elle avait besoin d'un nouveau départ, elles avaient toutes besoin d'un nouveau départ, et son oncle, un vieux prêtre retraité et sans famille, ne pouvait plus se permettre de vivre seul: elle avait donc consulté ses filles, et d'un commun accord, elles avaient fait leurs valises et l'avaient rejoint au bord de l'océan, à Elenville, où il vivait depuis toujours.

Elles avaient pris leur décision tard dans l'été, et les préparatifs avaient pris plus de temps que prévu, si bien qu'elles n'étaient arrivées dans leur nouveau chez-elle qu'à la mi-septembre, deux semaines environ après la rentrée des classes: et Emilie, qui par-dessus tout aimait rester discrète et solitaire, avait été servie. Elle avait eu droit au discours du professeur principal qui avait absolument tenu à la présenter à la classe entière, en insistant lourdement sur le fait qu'elle avait dû traverser de terribles épreuves - il eut la décence de ne pas préciser la nature de ces épreuves - et que donc il serait fort appréciable - et apprécié - que ses nouveaux camarades fassent de leur mieux pour l'intégrer comme il se devait. Elle, elle aurait trouvé bien plus appréciable - et apprécié - qu'il se taise et la laisse tranquille. Quoi qu'il en soit, elle avait été présentée en grandes pompes, et Mélanie s'était immédiatement fait un devoir de l'intégrer si ce n'est à la classe toute entière, du moins à son groupe d'amis.

Ce groupe d'amis était de taille variable - beaucoup de monde gravitait autour de la charismatique déléguée de classe - mais il y avait évidemment un noyau dur, une poignée d'adolescents qui, à partir du moment où ils arrivaient au lycée, ne se séparaient plus. Elle fut donc introduite à ce groupe, constitué de Thomas - un garçon au physique assez quelconque, pas très grand, un peu fluet - Julie - petite, aux formes généreuses bien que pas assez pour qu'elle fût qualifiée de ronde - Sandra - jolie blonde, très au fait de ses charmes et bien trop maquillée - et David, l'autre délégué de classe. Des cinq jeunes gens auprès desquels elle venait d'être présentée, il fut le seul à lui adresser ce qui lui sembla être un sourire sincère, et de fait, sa curiosité fut piquée: Emilie entreprit donc de le détailler discrètement mais sûrement, et fut surprise de trouver face à elle un jeune homme qui faisait bien plus adulte que les autres. Il était légèrement plus grand, avait des épaules bien plus carrées, un visage aux traits plus affirmés et surtout, un regard plus mature. Un regard noisette qui s'accordait à merveille avec ses cheveux châtains clairs, presque blonds, coupés très courts, un peu à la façon des militaires. Somme toute un garçon fort charmant qui ne semblait pas tout à fait insensible à son propre charme, à elle.

Car Emilie était tout sauf une jeune fille quelconque, et même si elle devait sa beauté en grande partie à ses origines on ne peut plus exotiques, il n'en restait pas moins qu'elle attirait l'attention, à son grand regret. Elle était de taille moyenne, mince et gracieuse, avec de longs cheveux roux et bouclés qui tombaient sur sa poitrine et ses épaules dans un mouvement fluide, lançant des reflets d'or qui n'étaient pas sans rappeler la couleur de ses yeux. D'un vert émeraude tirant sur le miel flamboyant, son regard ressortait d'autant plus que sa peau était d'une blancheur diaphane, à tel point qu'à la lumière du jour on pouvait la croire transparente. Et transparente, elle aurait bien aimé l'être: elle avait toujours tout fait pour rester discrète, et n'avait pas eu beaucoup d'amis jusqu'à présent. Elle préférait souvent rester seule, et grâce à des années d'observation silencieuse, elle avait acquis une certaine capacité à cerner la nature des gens. Elle n'avait rien contre Mélanie et les autres et faisait de son mieux pour ne pas se fier à ses a priori, mais ils lui paraissaient être tous bien superficiels, pas vraiment méchant, mais pas vraiment son genre. Toutefois, sa mère, sa sœur et elle-même avaient emménagé à Elenville pour commencer une nouvelle vie, et elle avait mis un point d'honneur à ne pas décevoir leurs espoirs: pouvait-il y avoir de meilleurs moyens d'y parvenir que de se faire de nouveaux amis dans un nouveau lycée? Peut-être pas, et elle n'allait sûrement pas laisser filer une si belle occasion. Elle se laissa donc entraîner à leur suite, et visita le lycée dans ses moindres recoins en compagnie de Mélanie, Sandra, Julie, Thomas et David.


« Dis-moi, Emilie", lui dit Mélanie lorsqu'ils furent revenus à leur point de départ. "Ce soir, comme tous les vendredis soir, on va au Bord de Mer, tu sais ce bar qui donne sur la plage; ils font venir des groupes qui jouent sur scène, c'est très sympa. On s'est dit qu'on pourrait y aller avec toi, pour fêter ton arrivée ici, ce serait aussi un bon moyen de t'intégrer rapidement; on te présenterait toutes les personnes à connaître dans cette ville, et tu pourrais y faire des rencontres intéressantes! Ajouta-t-elle avec un clin d’œil complice.

-Pourquoi aurait-elle besoin de faire des rencontres intéressantes quand nous sommes là, Thomas et moi? Intervint David, faussement vexé. Mais Mel a raison, ce serait sympa que tu viennes. Qu'en dis-tu?

-Eh bien, c'est très gentil de m'inviter. Je vais demander à ma mère, je vous dirai ma réponse quand je rentrerai ce soir. »

David s'empressa de rebondir sur ce qu'Emilie venait de dire pour lui donner son numéro de portable, prétextant qu'il lui fallait bien un contact pour effectivement confirmer - ou non - sa présence au bar le soir même, ce qui n'était pas entièrement faux.

Mme. Duvautiel ne fut pas particulièrement ravie d'autoriser sa fille à sortir avec un groupe d'adolescents qu'elle ne connaissait qu'à peine, dans un bar qu'elle ne connaissait pas du tout, qui plus est pour une durée plus ou moins indéterminée: elle était devenue légèrement paranoïaque après le drame qui avait frappé leur famille. Mais elle n'avait pas non plus eu le cœur de le lui refuser, trop contente de voir son aînée reprendre une vie normale - prendre un nouveau départ. Le bar avait pour avantage de se trouver à une quinzaine de minutes à pied seulement de leur maison, et ce fut l'argument décisif qui la poussa à donner le feu vert à Emilie. Elle lui imposa cependant de mettre un pantalon, et exigea qu'elle se fasse raccompagner par au moins deux garçons lorsqu'elle déciderait de rentrer - au plus tard à deux heures du matin. Ces conditions furent acceptées, et la jeune fille envoya un rapide texto de confirmation à David - qui ne se gêna pas pour partager avec elle sa joie de la savoir parmi eux pour la soirée.


Ils arrivèrent au Bord de Mer aux alentours de vingt-et-une heures, et commandèrent d'abord un repas léger – la fête ne commencerait pas avant vingt-deux heures, et pour le moment, la scène était vide: la seule musique que l'on pouvait entendre provenait d'un petit poste radio posé derrière le comptoir.

« Le groupe qui joue ce soir est un groupe d'Elenville, intervint Mélanie alors qu'ils mangeaient, il font dans le rock qui tire souvent sur le métal mais bon, même si tu n'aimes pas ce genre de musique, tu les aimera forcément, eux. Eeeeeet..." Elle marqua une pause qui se voulait pleine de suspense puis reprit: "on a la chance de les connaître, en particulier leur bassiste; il est sans doute le type le plus canon, le plus populaire et le plus aimé de la ville. Beau comme un dieu, mais ça tu en jugeras par toi même, et avec ça il est drôle et gentil. Bon, c'est vrai, il n'est pas des plus sociables, et il a parfois de grosses sautes d'humeur, mais s'en excuse toujours. En plus, il a une maladie incurable, un truc pas sympa, qui l'empêche de s'exposer au soleil, une histoire d'UV ou je ne sais quoi, alors quand on sait ce que doit être son quotidien, on lui pardonne tout. Enfin bref, tu verras quand il sera là, on te le présentera.

-C'est ça, oui, tu lui présenteras, et ce sera une nouvelle perte pour nous! Se plaignit Thomas. Je n'aime pas l'admettre, mais malheureusement, Mel a raison, ce type est... un aimant à filles! Elles sont toutes à ses pieds, et nous, on n'a plus qu'à s'asseoir dans un coin et se taire. Mais ce que Mel et les filles ne t'ont pas dit, c'est qu'on est pas hyper sûr que lui, il aime les filles. Parce que même avec cette espèce de popularité immense et son physique de dieu grec, je ne l'ai jamais vu accompagné. JA-MAIS. Je l'ai toujours connu seul. Alors je t'en prie, bave devant comme les autres, mais ne revient pas nous voir en pleurant quand tu te seras rendue compte que tu n'as aucune chance avec lui!

-Ceci étant, ajouta David, one ne l'a jamais vu accompagné d'un garçon non plus. Il doit juste être hyper discret sur sa vie privée, c'est tout, on peut le comprendre. Imaginez le délire s'il s'affichait avec quelqu'un, cette pauvre personne subirait les représailles de la ville entière!"

Ils éclatèrent de rire et la conversation continua sur un ton léger. Les filles - en particulier Sandra - s'étaient mises à rayonner à la mention de ce dit bassiste: leur regard pétillait, et il était inutile d'être fin psychologue pour deviner que leurs hormones s'en donnaient à cœur joie. Emilie, quant à elle, s'était raidie, presque imperceptiblement, mais sûrement. En une fraction de secondes, elle avait mis tous ses sens en éveil, ne pouvant s'empêcher de surveiller tout ce qui se passait autour d'elle. Une maladie qui empêchait de s'exposer aux UV, oh, ça existait bien: mais c'était rare. Très rare. Trop rare. Et dans son monde à elle, ça n'existait pas.

"Et, euh, on peut savoir le nom de ce type qui fait tant parler de lui?" finit-elle par dire avant que quiconque ne s'aperçoive de son soudain changement de composition.

"Bah, tu le sauras bien assez tôt, se contenta de lui répondre David. Mais changeons plutôt du sujet, parle-nous de toi! Tu viens d'où? Qu'est-ce qui t'a fait atterrir ici?"

Super. LA question à laquelle elle n'avait pas envie de répondre, à laquelle elle n'avait jamais envie de répondre: heureusement, l'expérience lui avait montré qu'en utilisant certains mots, la plupart des gens n'insistaient pas. Aussi décida-t-elle de répondre le plus honnêtement possible.

" Oh, je viens de Paris. Ma mère a décidé de déménager à la mort de mon père, et comme mon grand-oncle, l'oncle de ma mère, vivait seul ici, elle a décidé e le rejoindre. En fait, mon grand-oncle était prêtre, il n'a donc pas de famille, et est trop vieux pour se permettre de vivre seul; ma mère s'est engagée à s'en occuper, et elle a pensé que ça nous ferait du bien à ma sœur et moi de changer d'air. Et c'est vrai. Et puis, j'ai toujours aimé l'eau, l'air marin, la plage... alors ici je suis servie!"

Elle obtint l'effet escompté: ses nouveaux amis ressentirent une profonde gêne lorsqu'elle mentionna la mort de son père, et David eut l'intelligence de rebondir sur sa dernière phrase, de sorte à changer de sujet rapidement et subtilement.

"Ca c'est sûr, tu es servie! rétorqua-t-il. Bon, en hiver, se baigner est un peu délicat, mais entre mai et septembre, c'est vraiment le pied! On pourra peut-être y aller dans le week-end, profitons que ce ne soit que la rentrée et que nous n'avons pas trop de travail pour le moment pour s'éclater!

-Ce serait avec plaisir! » Répondit Émilie avec un sourire. Ce David lui faisait plutôt bonne impression: il rayonnait de bonne humeur, de simplicité, de sincérité.

Tandis qu'ils continuaient de discuter des avantages et inconvénients à vivre au bord de l'océan, le bar se remplissait de plus en plus; bientôt des exclamations et des applaudissements indiquèrent à Émilie que le groupe était arrivé. Elle se tourna vers la scène et scruta les quatre personnes qui venaient d'apparaître pour essayer de repérer celui dont lui avaient parlé ses nouvelles amies; ce ne fut pas très dur. Même à travers la foule, elle n'aurait pas pu le manquer. Une maladie qui lui interdisait de s'exposer aux UV? Ben voyons. Elle s'en doutait, maintenant elle en était certaine: dans son monde, ça n'existait pas.

art writing here…