Recueil de Nouvelles: Le cimetière des rêves

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Summary

C'est un recueil de nouvelles dont le thème est le rêve. Les histoires sont à la limite du réel.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
13+

Nouvelle O1 : The Demon Dancer

The Demon Dancer

Une nouvelle de Louise Amoretti


Il est treize heures, je me réveille doucement. Le rideau est baissé et je peux entendre chacun des voisins dans cet immeuble aux parois fines. Je mets la télévision et je me rendors tranquillement. Si le temps passe, je ne me rends pas compte. Je me tire finalement du lit vers quatorze heures. Le comptoir de la cuisine est face à moi, je peux l’atteindre sans peine en un pas. Mon studio est très pratique. La bibliothèque pas plus loin, tombe sur la pièce unique qui comprend également un bureau disposé à côté d’une fenêtre et d’une petite salle de bain. Tout le confort nécessaire réuni en un carré parfait. La télé toujours allumée, je prépare le petit-déjeuner en parcourant Insta… des tranches de pains grillés avec du beurre et un cappuccino. J’adore ce moment. Je me recouche, j’ai bien faim. Mon petit-déj’ sur les genoux, je cherche un programme à regarder. Je mets de côté les documentaires intéressants pour les regarder demain, je cherche plutôt une émission bête, de divertissement, je n’ai pas envie de réfléchir pour l’instant. J’angoisse brusquement et déjà mon sentiment de bien-être commence à s’estomper. Mes pieds sont moites. Je termine mon pain puis mon café. Je suis comme paralysée devant une télé-réalité qui se passe quelque-part dans des îles, loin. Je change, je suis happée par une émission sur la santé. En plus de mes névroses, je commence à penser que comme la pauvre fille du reportage, moi aussi ma tête pourrait tomber littéralement du jour au lendemain pour n’être plus que posée sur ma poitrine, le cou élastique et le menton enfoui à la limite de mes seins. Je décide d’arrêter quand il s’agit de montrer dans les détails les ravages des descentes d’organes chez les grands sportifs. Un sujet par ailleurs tabou. Cela ne m’empêchera pas de faire du sport, dès demain. Cela fait partie de mon programme. Je me lève d’un coup, allez hop ! De nouvelles perspectives s’offrent à moi aujourd’hui, j’ai envie de tout, j’ai envie de manger le monde et même de le changer ! La vie est un bien précieux, magnifique. Je vais faire de grandes choses. Je commence donc par prendre une douche. Puis je fais un peu le ménage. « Ton esprit est comme ta maison ». Tu vas voir, je vais me rattraper, tu en seras bouche bée. Désormais tout s’offre à moi. Je m’habille et je vais au Mac Do. Quelle merveilleuse après-midi. De savoir que demain tout sera différent enchante chacun de mes pas. De retour dans mon studio, je m’assois sur mon canapé et me frotte les mains. Je loue un film. Je m’arrange toujours pour prendre la première bouchée de mon sandwich au moment du générique. Un délice. Une angoisse profonde me tire de mes rêves comme toujours à la fin du repas, mais heureusement, j’ai un paquet de cigarettes plein et le film n’est pas mauvais. Deux heures plus tard, le film se termine. Il est seize heures trente. J’ai juste le temps de me préparer un petit en-cas. Je le mange en surfant sur internet et en faisant défiler l’algorithme de tous mes réseaux, puis m’adonne à mon passe-temps favori : rêver sur de la musique. Une drogue. Plus forte que moi depuis mes onze ans (j’en ai vingt-quatre). Rêver sur de la musique consiste à, imaginer des choses irréelles au rythme de la musique, consiste à, se laisser aller à cet autre, moi, à cet autre monde, à cette douceur qui m’appelle comme une envie pressente de vivre, de mourir, d’aimer, de baiser, de sauter d’une fenêtre pour s’envoler, de chanter, de s’ouvrir les veines et de se sentir partir. Enfin de vivre quelque chose d’unique quoi… Du pur plaisir narcissique. Du bien-être absolu. Cela m’appelle comme un aimant. Je ne peux que céder à la tentation. Le besoin est bon, infiniment bon. Au début. Car très vite les choses se compliquent. La réalité revient briser le rêve. La réalité fracasse le crâne et tue lentement. Le rêve m’enferme et je veux rentrer dans le rêve. La réalité n’est plus qu’un taudis d’angoisse. Il faut s’enfuir à toutes jambes. Et même si le rêve fait mal, transpercé par le réel, préférer le rêve encore à la réalité. Voilà en quoi consiste : rêver sur de la musique. Ça ne dure que quelques heures, pourvu qu’entre les playlists, je puisse rêver aussi. Rêver tout le temps.

Il est dix-neuf heures et je suis en plein boum. Le rêve me transporte et je suis aux portes du paradis. Demain, je m’y mettrai à fond, je te le promets, mais pour l’instant, je pense à ça et puis ça, attends. Laisse-moi faire. Laisse-moi ! Je me remets dans la position du rêveur. Décidément, quelle magnifique journée où mes songes me ravissent. La vie me soulève les tripes tu sais. J’ai envie de tout. Je suis tout. Je n’ai plus à m’inquiéter. Je pourrai tout faire. Et je ferai tout. Tout est possible ! Quelle joie ! Je suis tellement heureuse que je décide de retourner au Mac Do. Je fais peu cas de mon découvert bancaire. J’irai aussi acheter une ou deux bouteilles d’alcool. Je fais peu cas de mon découvert bancaire. Il est dix-neuf heures trente. Je fais défiler les vidéos TikTok, j’allume la télévision, je mets de côté les documentaires intéressants pour les regarder demain, je cherche plutôt quelque chose de bête, de divertissant. Pour l’instant, je n’ai pas envie de réfléchir, je mets une émission de variété et je coupe le son. De nouveau à mon bureau, je fume une cigarette en écoutant Electric Prunes. Puis d’un tour de main, j’attrape mon manteau. Je porte un jean large, j’évite les vêtements serrés pour ne pas me contrarier. Je porte également un t-shirt et un gilet, tous les deux larges. J’ai les cheveux lâchés, c’est marrant, je les croyais attachés. J’enfile ma veste en évitant de me regarder dans la glace. Elle est collée aux quatre coins des murs, mon reflet est partout dans le studio. Je respire un grand coup en essayant de ne penser à rien ou plutôt en essayant de penser à demain et à tout ce qui sera différent. Ainsi, je peux profiter à fond du moment présent. Je vais d’abord au supermarché. J’ai un peu honte d’acheter de l’alcool uniquement, alors j’achète aussi des biscuits et des serviettes. On m’a parlé d’un plan pour fumer, ça sera plus simple. Peut-être demain ? Je ferme bien les paquets. Puis je vais au Mac Do. La première étape consiste à manger en regardant une série. Et seulement ensuite entamer la première bouteille. La soirée commence bien. J’ouvre la première bouteille de vin. Puis, avec mon verre, je me dirige vers mon bureau. Là, tu vois, je m’assois et j’attends que l’alcool commence à monter. Il est vingt et une heures. J’allume mon ordinateur, je mets mes écouteurs et je mets la musique d’un film à fond. Le titre s’appelle « The Demon Dance ». Ensuite, j’allume une cigarette. Tu sais pas à quel point ça passe vite le temps ! J’ouvre la deuxième bouteille. Il est maintenant minuit, je suis soule. La journée ne fait que commencer. Je suis bien. Pleine d’espoir, tous ces foutus problèmes vont s’envoler, je le sens, dès demain les choses changeront. Demain, je m’y mets vraiment. Sérieuse et je lâche plus rien. Je fume cigarette sur cigarette et décide de me taper un petit déjeuner en avance. J’ai envie de pain grillé avec du beurre trempé dans un cappuccino. Quelle merveille ! Je voudrais que ça ne s’arrête jamais. Pour l’instant, je suis un peu déboussolée, mais dès demain, tout ira mieux. Je prends une cigarette et l’écrase sur mon avant-bras gauche. J’ignore pourquoi je fais ça. Parfois, j’ai des doutes sur le fait que tout va s’arranger, mais tout va s’arranger, j’en suis sûre. Dès demain. Je prends une autre cigarette et cette fois, je laisse le mégot s’éteindre sur ma peau. Ça commence à faire un trou. Il est cinq heures du matin, je m’attaque au bras droit. J’ai maintenant deux gros trous sur mes avants bras. Je prends mon cutter et me coupe les poignets. Je fais tout un tas de petites coupures sur mes veines. J’en garderai sans doute des cicatrices. Je fume encore et encore. Je bois. Je coupe. J’écoute de la musique. Rien ne s’arrangera jamais. À part demain, peut-être ?

Il est treize heures, je me réveille doucement.