Si J'avais Su

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Summary

Je m'appelle Haemelya Renaldi. Avant, je pensais être une personne ordinaire, avec un prénom un peu original. Mais tout a changé quand j'ai déménagé. Ce n'est pas le monde qui a changé, mais ma perception de celui-ci. Enfant, je lisais des histoires sur des êtres surnaturels et je croyais que ce n'étaient que des légendes. Il y a un mois encore, j'aurais dit la même chose. Mais toutes ces légendes sont vraies. Je m'appelle Haemelya, et mon histoire commence il y a six mois lorsque ma mère était en vie, lorsque j'ai découvert que je n'étais pas banale du tout. Pour comprendre mon histoire, il faut remonter six mois en arrière.

Status
Complete
Chapters
40
Rating
4.9 28 reviews
Age Rating
18+

Un nouveau départ

Le soleil tape sur mon visage ; la chaleur de la fin août reste intense dans cette petite région au sud du pays. Je sors de ma nouvelle maison, un manoir qui me paraît toujours irréel même après un mois.

Les grandes colonnes du perron rappellent les demeures d’époque. En entrant, on pourrait s’attendre à une ambiance de château hanté. Heureusement, ce n’est pas le cas. L’intérieur est moderne et chaleureux, avec des meubles aux couleurs claires et du bleu roi, la couleur préférée de ma mère.

Soudain, elle apparaît à côté de moi, me faisant sursauter. Malgré ses boucles flamboyantes qui descendent en cascade, sa petite taille lui permet de surgir sans bruit. Elle affiche un immense sourire qui met en valeur ses yeux bleus, les mêmes que les miens. C’est notre seul point commun. Je la dépasse d’une tête, du haut de mon mètre soixante dix et mes cheveux noirs contrastent avec son roux éclatant. J’ai toujours regretté de ne pas avoir hérité de ses cheveux, mais je suis ravi de ne pas avoir son teint de porcelaine.

— Maman, tu m’as fait peur !, dis-je en lui lançant un regard de reproche.

Elle rit et me fait un clin d’œil.

— Je suis désolée ma chérie, mais tu sais que tu ne peux pas sortir seule. Les règles n’ont pas changé malgré le déménagement.

Son sourire est plein d’émotions et de tendre précaution. Mais son regard ne trompe pas, elle ne me lâchera pas.

— Je vais juste faire du shopping, rétorquai-je en espérant qu’elle cède. Je ne crains rien ici.

— On ne sait jamais, je viens avec toi. Rappelle-toi, on ne prend pas de risques.

Sa décision est prise, ferme et définitive. Elle m’emboîte le pas jusqu’au centre-ville. J’aime ma mère, c’est indéniable, mais elle est surprotectrice, voire paranoïaque. Avant, nous habitions un appartement à New York, bien loin de cette petite ville de Samtuki où tout le monde se connaît. Malgré le peu d’habitant présent ici, elle n’a pas abandonné son désir de me protéger plus que tout.

Enfant, elle ne m’a jamais quittée. Elle m’a élevée seule et n’a eu aucune relation avec des hommes d’aussi loin que je me souvienne. Je n’ai pas connu mon père. Je ne sais pas à quoi il ressemble, et j’en aime encore plus ma mère de prendre autant soin de moi. D’aussi loin que je me rappelle, elle a constamment veillé sur moi, allant jusqu’à devenir ma surveillante dans chaque école, collège et lycée que j’ai fréquenté. Je n’ai jamais participé à des sorties scolaires, elle trouvait ça trop risqué.

J’ai tout de même pu m’échapper avec la pratique du sport. Mais une fois encore, c’est elle qui a décidé des sports que je devais exercer. Cela se résume en un mot : self-défense. Je maîtrise un bon nombre de sports de combat : boxe, judo, karaté, taekwondo, escrime. À l’inverse de quelques amies que j’ai pu me faire, qui faisaient de la danse ou du chant. Depuis toujours, j’ai une vie particulière que je partage avec ma mère. Et je ne regrette rien.

Être proche de ma maman est un vrai plaisir ; cela nous a permis de tisser des liens quasiment indestructibles et j’ai une totale confiance en elle. Certes, sa surprotection peut être handicapante, mais je sais que c’est parce qu’elle m’aime alors, je ne lui en veux pas.

On reste plus de deux heures dans les quelques boutiques de Samtuki. Finalement, c’est bien mieux que ce que je pensais. Qui m’en blâmerait ? J’ai passé dix-sept ans à New York où, à chaque coin de rue, on trouve des boutiques renommées et des cafés. On s’arrête avec nos sacs de shopping dans le seul café de Samtuki, et ma mère me laisse à la terrasse afin d’aller commander.

J’en profite pour observer le centre commercial. Il est plutôt pas mal si je cesse de le comparer à New York. Un grand nombre d’enseignes de marque sont présentes, j’ai pu faire des folies dans ma boutique de jeans préférée.

Mais je n’y peux rien, la grande pomme me manque. Les gratte-ciels, les gens, le bruit, les cafés, les hot-dogs... Certes, on trouve tout cela ici, mais tout est si petit. En tant que fille de la ville, j’ai du mal à m’y habituer. Le calme surtout, m’effraie. Habituée au bruit ambiant, à la foule, au trafic de la ville qui ne dort jamais, j’ai du mal à me sentir bien dans tout ce silence de campagne.

Depuis que l’on a emménagé, le plus difficile est de dormir. L’absence de bruit la nuit me fait terriblement peur, comme si j’étouffais, seule, dans le noir... J’ai toujours eu des angoisses la nuit, mais rassurée par le bruit de la ville qui ne s’endort jamais, je parvenais à m’endormir. Je dois avouer que depuis que je suis ici, j’ai bien du mal à trouver le sommeil, et lorsqu’enfin, je le trouve, ce sont mes terreurs nocturnes qui me réveillent.

Je sens la chaleur du soleil sur ma peau et ferme les yeux, profitant pour la première fois en un mois du calme. Finalement, ce n’est pas si mal de vivre à la campagne. Un sentiment de culpabilité me saisit. C’est de ma faute si nous sommes ici. Eh oui, je ne suis pas sage et innocente pour le plus grand malheur de ma mère.

Je suis une fille de dix-sept ans, hyperactive et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Je m’attire souvent des problèmes. C’est sûrement pour cela que ma mère préfère me garder à l’œil. Cette ville est donc un nouveau départ où je compte bien ne plus lui donner autant de fils à retordre.

**Flashback**

– Haemelya mais qu’as-tu fait !

Le visage de ma mère est teinté de désespoir. Je regarde mes mains pleines de sang alors que je suis figé au milieu du couloir.

Les élèves me regardent et je ne peux voir que la peur transparaître dans leurs yeux. Madame Mcfirst, ma professeure de mathématiques est adossée au mur près des toilettes. En état de choc, elle ne bouge plus, tandis que partout autour d’elle, sur le mur, des traces de sang sont visibles.

Je remue mes doigts et la culpabilité me transperce, mais je ne ressens presque aucune douleur.

Je jette un œil sur ma mère qui s’approche de moi, mais je la repousse et pars en courant. Je dévale les escaliers avant de foncer par la porte d’entrée. Les portes s’ouvrent en grand et la lumière extérieure m’éblouit alors que je cours dans la rue, m’éloignant le plus possible de mon lycée.

**Fin**

Je sors de mes pensées afin de me concentrer sur l’instant présent. Je frotte mon visage pour éloigner ce souvenir de mon esprit.

Ailleurs, je n’avais pas fait attention à l’homme sur le trottoir d’en face. Habillé simplement, avec un jean noir et sweat noir. Je ne vois pas ses yeux, cachés par la capuche de son pull, mais je sens qu’il me regarde attentivement. Seul corbeau au milieu du trottoir.

Je tourne la tête pour observer autour de moi, essayant de voir qui il cherche. Les seules personnes présentes à la terrasse du café sont absorbées dans leurs conversations et ne paraissent pas le remarquer.

Je tourne la tête à nouveau vers le trottoir et lève un sourcil. Il a disparu si vite que je pourrais penser l’avoir imaginé. Peut-être que c’est encore mon imagination qui me joue des tours ?

Ma mère arrive à ce moment-là avec les glaces.

— Ça va ma puce ? Tu es toute blanche, me dit-elle en me regardant attentivement.

— J’ai cru être observé, mais ce n’est rien. (Je jette un dernier coup d’œil sur le trottoir avant de lui lancer un grand sourire.) C’est sûrement la faute au stress, la rentrée est demain.

— Oh oui, je suis si contente que tu puisses retourner en cours. Ces quelques mois où tu n’as pas vu grand monde ont dû être longs pour toi. Mais tu vas pouvoir découvrir de nouvelles personnes et te faire plein d’amis.

J’en doute. Je n’ai jamais eu beaucoup d’amis, je n’ai jamais su réellement m’intégrer dans mes anciens lycées. Disons qu’être invisible est ma spécialité, malgré mes sautes d’humeur fréquentes qui ne m’ont pas aidé à être appréciée. Le souvenir de l’incident passé manque de refaire surface et je l’éloigne de mon esprit.

— Je ne suis pas sûre. Je te rappelle que je n’ai jamais été très douée pour ça, dis-je en mangeant ma glace.

— Je suis certaine que tout va bien se passer. Tu t’entraîneras plus dur, plus souvent et tu canaliseras ton énergie ailleurs.

Ma mère me fixe pour me faire bien comprendre que je ne dois pas me faire remarquer. Son visage se détend ensuite et me gratifie d’un de ses sourires rassurants qu’elle seule peut avoir. Je parviens tout de même à lire un profond désespoir au fond de ses yeux. Je sais qu’elle s’inquiète. J’essaie de la rassurer et de changer de sujet.

— Bon alors, tu ne m’as pas dit quel métier tu allais faire ici.

Un grand sourire étire ses lèvres et ses yeux pétillent quand elle m’annonce fièrement.

— Eh bien, cette fois-ci, je ne vais pas être dans ton lycée. Je me suis dit qu’à presque dix-huit ans, tu n’avais plus vraiment besoin d’avoir continuellement ta mère sur le dos. Je vais donc essayer de vendre mes tableaux en ligne.

Je la regarde surprise. C’est bien la première fois qu’elle me laisse seule au lycée. J’ai du mal à croire que la femme la plus protectrice du monde me laisse faire cela.

— Tu n’es pas sérieuse ? dis-je surprise.

— Eh bien si, pourquoi je te mentirais ?, me dit-elle. J’ai confiance en toi ma chérie. Ce déménagement est un nouveau départ pour nous deux.

Elle me fait un clin d’œil. Je ne peux m’empêcher de sourire, et me perds dans la contemplation du ciel bleu. C’est une chance pour elle. Ma mère est une véritable artiste et vivre enfin de son art est son rêve.

Demain est un nouveau départ.