Chapitre 1
Depuis que Gaël avait perdu ses grands-parents lors d’un accident de voiture à l’âge de 15 ans, il fit tout son possible afin de suivre ses études au lycée pour devenir ingénieur et faire ses heures en tant que pompier volontaire, dans une caserne en Indre-et-Loire. Pour y arriver, le jeune homme mettra toujours un point d’honneur à avoir de bonnes notes, et à en apprendre le plus sur les différentes inventions qui ont changé le monde. Néanmoins, à l’aube de ses dix-huit ans, le cœur n’y était plus, et les notes dégringolèrent, au point où son professeur principal ne le crut plus capable d’obtenir le bac dès le mois d’octobre. Il compta sur les vacances de la Toussaint pour récupérer son retard, néanmoins le temps en décida autrement.
De fortes précipitations déferlèrent sur le pays, et les eaux dans le département ne cessèrent de monter, forçant à appeler tous les réservistes du département, en attendant l’arrivée de renforts. Gaël ne réfléchit pas une seconde, quand il reçut le message sur son téléphone, et prit son sac d’alternance avec toutes ses affaires déjà préparées en avance pour se rendre à sa caserne en voiture. Il eut à peine le temps de mettre son uniforme de pompier, qu’il embarqua dans un camion où il eut ses instructions en route. Pendant une semaine non-stop, il passa ses jours à tirer des bateaux avec des personnes à l’intérieur, ou à utiliser les tuyaux d’incendie pour pomper l’eau et sauver des habitants coincés. Il s’occupa aussi de rassurer les habitants qui devaient dormir dans un gymnase loin de leurs demeures. Pour rester à côté de l’inondation, tous les pompiers dormirent dans un camp militaire, où il tenta avec difficulté de faire ses devoirs sans grand succès.
À trois jours de la fin des vacances, il ne fut pas mécontent de rentrer à la caserne exténué, rêvant de passer une nuit dans un bon lit confortable. Les secousses répétitives du camion de pompier l’aidèrent à faire une courte sieste, avant de s’occuper du nettoyage et de la vérification de l’équipement. Une fois ses corvées finies, il voulut rentrer de suite et se doucher chez lui à la vue d’un brouillard qui s’installait, mais le capitaine le convoqua dans son bureau. À reculons, Gaël se rendit vers les escaliers où il saisit la rambarde pour sauter les marches, avant de sentir un tremblement de celle-ci, et le sol trembler sous ses pieds. Il lâcha la rambarde par réflexe quand il sentit de la chaleur, se demandant ce qu’il se passait, avant que la voix du capitaine se fit entendre au-dessus de lui.
— Pourquoi es-tu encore dans l’escalier alors que je t’ai appelé il y a cinq minutes de cela ? Lui dit-il en le regardant dans les yeux, la posture droite et le regard sévère.
— Vous n’avez pas senti un choc ?
— Que racontes-tu encore ? dit-il en le regardant rapidement. Suis-moi dans mon bureau maintenant, j’aimerais finir ma journée au plus vite.
Gaël ne dit plus un mot et le suivit jusqu’à son bureau où il ferma la porte derrière lui avant de rester debout, le temps que le capitaine lui donne l’autorisation de s’asseoir. Par la fenêtre, il vit le brouillard s’épaissir de plus en plus, masquant les saisons les plus proches de la caserne. Le capitaine uni ouvrit son vieil ordinateur de service pour afficher un dossier, tapa doucement son doigt sur son bureau pour réclamer son attention avant de prendre la parole.
— Comme cela fait plus d’un an et demi que tu es parmi nous, j’aimerais faire ton entretien annuel, que je n’ai pas encore eu le temps de faire avec la charge de travail que nous avons eu. On va faire au plus vite si tu le veux bien. Tu es devenu sapeur-pompier volontaire dès tes seize ans, alors que tu as perdu tes grands-parents cinq mois avant qui étaient aussi tes tuteurs légaux suite à la mort de tes parents pendant une opération militaire ?
— C’est cela, dit-il en le regardant un peu vidé. On devait évacuer à cause d’un incendie criminel, et un chauffard nous a percutés avant de prendre la fuite dans le Var. Les marins-pompiers débordés ne sont pas arrivés à temps pour mes grands-parents, et je me suis réveillé à l’hôpital.
— C’est à cause de cet évènement que tu as voulu nous rejoindre ?
— Oui, pour éviter qu’une autre personne n’ait à subir le même sort.
— Ce sont les mêmes mots que j’ai entendus de ta bouche quand j’étais lieutenant. Je me souviens que j’ai eu de sacrés doutes sur tes intentions à ce moment-là, et que c’est ton assistant social qui m’a fait plier à ce moment. Il m’a dit que cela pourrait te permettre d’avancer, et aussi d’éviter d’être en famille d’accueil, si on te surveillait ici.
— Je ne voulais pas revivre ce que j’ai vécu avec la perte de mes parents, c’est pour cela que j’ai refusé d’être placé.
— Si je devais te parler en tant qu’homme, je pense que tu as fait une erreur, avoua-t-il en tapant rapidement sur son ordinateur. Il n’est jamais bon de vieillir rapidement, et c’est ce que je vois dans ton regard et ta façon de faire. Par contre en tant que pompier volontaire, c’est plutôt un bon point, et tout le monde ici t’apprécie beaucoup. Tu es demandeur, tu agis très bien en situation d’urgence et bien qu’il y ait eu une légère erreur pendant ton baptême du feu, tu as bien pris la remarque et tu ne l’as plus refaite. Tu n’as eu aucune absence, et tu as répondu à toutes les alternances quand tu n’étais pas en poste comme cette semaine. C’est assez rare pour être souligné, au point que je me demande comment vont tes cours ?
Gaël baissa le regard un peu honteux avant de dire en murmurant :
— Pas très bien depuis la rentrée.
— Pourquoi cela ? Interrogea le capitaine qui s’arrêta d’écrire sur son clavier, pour le fixer. Gaël mit un moment pour mettre ses idées en place avant de lui répondre.
— J’ai la sensation de ne pas être à ma place dans ces études, je ne vois pas comment je peux combiner les deux métiers avec ces formations.
— Pourtant selon moi, devenir ingénieur et pompier se marie très bien, c’est d’ailleurs pour cela que nous avons les experts. Ils nous aident à conduire les secours pendant un effondrement d’un immeuble, vous nous prévenez quand il est devenu inutile d’éteindre l’incendie d’un immeuble. Il y en avait quelques uns pendant l’inondation, pour diriger les digues.
— Je n’avais pas vu le métier sous cet angle, avoua Gaël en observant le capitaine. Je passe mes jours derrière un tour parallèle ou sur un écran à concevoir des pieds à coulisse. Je m’attendais à plus d’activité manuelle pour être honnête.
— La pratique et la théorie vont de pair, Gaël. Pour l’année qui va suivre, je te demanderais de ne rien changer en tant que pompier volontaire, mais de mettre le même effort et dévotion ici qu’aux études, d’accord ?
Gaël hocha la tête, avant que le capitaine ne se lève avec lui et tourna la tête vers la fenêtre où il ne vit même pas le goudron. Le jeune homme grimaça intérieurement, ne voyant pas comment il pourrait rentrer chez lui avec un temps pareil. Le capitaine posa une main sur le manteau de pompier de Gaël en contemplant cette brume.
— Je n’ai jamais vu une brume pareille ici, j’espère que tu ne vas pas apprendre la route par ce temps, dis-moi.
— Non, dit-il déçu. C’est un coup à me retrouver dans un fossé.
— C’est ce que je veux entendre, est-ce que tu as des vêtements de rechange ?
— Oui, dans le coffre au cas où.
— Dans ce cas, vas les prendre pour te doucher dans les vestiaires et poser ce manteau dans le casier. Je vais ouvrir la salle de repos pour toi et si cette brume ne se lève pas je demanderai qu’on t’ouvre une chambre.
— Merci, capitaine. Dit-il poliment, ne voulant pour le moment qu’un endroit où se reposer pour récupérer. Le jeune homme quitta le bureau pour reprendre l’escalier, où il se tint à la rambarde, avant de voir qu’elle était normale en température. « C’est la fatigue qui me joue des tours », pensa-t-il dans sa tête avant de descendre les escaliers normalement pour se rendre dans les vestiaires pour récupérer ses affaires de voiture. Où il sentit l’odeur d’un incendie très brièvement, et provenant des douches qui émettaient beaucoup de vapeur, tandis qu’un collègue sortait avec une serviette autour du torse en rigolant.
— Que fais-tu encore là, Gaël, dit-il surpris. Je pensais que tu serais déjà chez toi à cette heure.
— Pas du tout, dit-il en ouvrant son casier pour rendre ses clés. Il y a un sacré brouillard dehors, je vais me reposer dans la salle de repos en attendant que cela se découvre. Je vais récupérer mes affaires dans le coffre.
— D’accord, on t’attend au bar dans ce cas-là.
Gaël lui fit un sourire exténué, et quitta les vestiaires pour se rendre à l’entrée de la caserne où il sentit de nouveau de légères secousses, qui ne gênaient aucun pompier. Le jeune homme se massa les yeux et ouvrit la porte d’entrée voyant qu’un mur blanc de brouillard, et le sol à deux mètres autour de lui. D’un pas lent et lourd, il se rendit à sa voiture pour ouvrir le coffre où se trouvaient ses deux sacs de sport, un extincteur et un sac de secours d’intervention que les pompiers lui avaient donné. Il bailla fortement avant de prendre le premier sac dans son dos, et le second autour de son épaule.
Il posa sa main sur le coffre pour le refermer quand une secousse plus forte le fit basculer la tête la première dans le coffre. Une odeur de feu se fit bien plus présente dans ses narines, avant d’entendre assez loin, des cris d’appel à l’aide. Instinctivement, il prit le sac d’intervention et l’extincteur avant de courir en direction de la caserne pour prévenir les collègues de ce qu’il avait senti et entendu. L’odeur du feu était de plus en plus présente, et les appels devenaient si perceptibles, qu’il était sûr que la caserne serait déjà en alerte à son arrivée. Il s’étonna après plusieurs minutes de course de ne pas encore avoir rejoint la caserne, avant qu’un de ses pieds n’entre dans une flaque d’eau le fasse tomber dedans.
Gaël poussa un léger gémissement de douleur, et voulut se relever, avant de sentir de la terre battue et des feuilles dans la paume de sa main. L’odeur de la fumée le fit légèrement tousser, le poussant à se relever pour enfiler un masque, avant que sa main ne rencontre des feuilles et un tronc d’arbre.
« Pourquoi il y a de la terre et des arbres en pleine centre-ville ? »
Se dit-il à lui-même, se sentant de moins en moins confortable dans ses vêtements. Il reboucla bien sa ceinture, avant de nouveau se hâter en entendant assez proche de lui cette même voix féminine l’appeler à l’aide. Il poussa quelques feuillages et branches qui entravaient sa route, se couvrant la bouche, voyant de mieux en mieux devant lui. Continuant à tousser et à sentir sa gorge le gêner, il traversa un ultime obstacle, avant de quitter le nuage de fumée. Il mit sur la bouche un masque prévu pour respirer un air purifié, remarquant qu’il marchait dans un champ.
Quand il redressa la tête pour avoir une vue de l’endroit où il se trouvait, il fut totalement déboussolé. Devant lui se trouvait un village de l’époque médiévale en feu, situé au niveau d’une vallée au bord d’une rivière, encerclé par des montagnes. Il se trouvait sur un champ où se trouvaient des granges en flammes, qui échappaient une grosse fumée noire qui s’élevait dans le ciel. Il fit quelques pas peu rassurés, en regardant autour de lui, avant que la voix féminine ne vienne d’une des maisons en bois et en terre à l’extérieur du village.
Gael décida que le plus important était de sauver le plus de personnes que possible avant d’avoir des réponses à ses questions, et courut en direction de cette voix qui avait besoin de lui.