Chapitre 1: Solitude
Mon nom c’est Red, comme la couleur. La couleur du sang.
En bientôt 19 courts hivers tout ce que j’ai toujours connu c’est la forêt dense nous protégeant du soleil brûlant.
Mais malgré le soleil notre forêt est forte et verte, comme dans les anciens contes. Elle nous fournit ce dont on a besoin et nous abrite.
Mais la nuit on doit se cacher au milieu de ses branches, parce que si un Loup nous saisit tout est fini.
C’est comme ça que ma mère a disparu, après ma tante, et bien avant elles ce fût le sort de mon père.
Il a été enlevé peu avant qu’on me trouve et il n’est jamais revenu.
Ma famille avait l’habitude de me raconter des histoires sur l’autre monde.
Comme celles sur les grandes tours et les routes plates traversées par des voitures mouvantes. Apparemment elles ressemblaient à celle sur l’image, le vieux morceau de papier brillant que je garde précieusement.
Il paraît qu’avant c’était aussi pleins de gens de toutes sortes. Mais maintenant je suis sûrement l’une des dernières… ici.
Malgré tout j’aime bien penser que je trouverais beaucoup de gens de l’autre côté, au–delà de la forêt.
Beaucoup de gens et sûrement d’autres merveilles. Peut–être même une voiture.
C’est pour ça que je continue à marcher, ça et le fait que j’ai promis d’atteindre la grande tour à l’horizon. C’est la seule chose s’élevant au–dessus des arbres s’étendant au loin.
Atteindre la grande tour…
Autour du feu on a imaginé tellement d’histoires sur ce qu’il y avait là–bas.
Il y aura sûrement plus de gens que le peu qu’on a la chance de croiser dans la forêt. C’est aussi pour ça qu’on marche depuis des générations.
Ça nous permet d’en rencontrer d’autres, si on a de la chance.
Ma mère a rencontré mon père sur la route, c’est aussi comme ça que mes grands–parents se sont rencontrés.
J’ai croisé personne pour l’instant, mais je dois garder espoir.
Ma famille m’a appelé Red à cause du manteau que j’ai depuis que j’étais bébé. Ils m’ont trouvé enroulée dedans.
Pour me taquiner ma tante avait l’habitude de me dire qu’il était rouge, à cause du sang des anciens propriétaires. Peut–être bien qu’elle avait raison mais moi je ne pense pas.
Mon manteau est rouge vif, pas foncé comme le sang sec.
Il est tout doux et à l’intérieur, il y a quelque chose d’écrit sur l’étiquette.
Mais malheureusement je sais pas lire. Grand–mère savait elle selon maman…mais elle n’a jamais eu le temps de lui apprendre, à elle et ma tante.
J’analyse du regard les nombreux débris anciens jonchant le sol, mon éducation ne m’a pas permis de savoir lire mais de survivre.
Je sais comment rapidement reconnaître ce qui peut m’être utile, parce qu’ici chaque seconde est comptée. La nuit les feux sont mortels et interdits pour cette raison. À la place je dois me cacher dans les arbres sans me faire remarquer.
Règle numéros 1: la première chose à faire est de toujours trouver un arbre, ou tu meurs.
Malheureusement pour nous plus on a avancé plus les arbres faciles d’accès se sont raréfiés.
Je regarde au–dessus de moi et effectivement je suis seulement entourée par des troncs immenses et un plafond vert laissant à peine passer la lumière.
Parfois j’ai l’impression que ces arbres peuvent toucher le ciel que je n’ai eu l’occasion de voir que très rarement à travers les années.
Maman avait l’habitude de me dire que c’était dangereux de regarder là–haut. Parce qu’il hypnotisait les gens jusqu’à ce que la nuit tombe, et qu’un Loup arrive. Mais heureusement Dieu a créé ces arbres immenses pour nous en protéger.
Malgré tout j’ai jeté un coup d’œil à chaque fois que j’en ai eu l’occasion et ça valait bien les gifles que je me suis prise pour m’être arrêté aussi longtemps.
Mais aujourd’hui il n’y a plus personne pour me rappeler d’avancer, et maintenant j’en suis réduite à chercher un arbre désespérément.
Je finis par abandonner en observant la lumière changer de teinte à travers les arbres, et me dirige vers une espèce d’amas végétal, ayant presque la même forme qu’une des lettres sur l’étiquette de mon manteau.
Après plusieurs tentatives je parviens enfin à me hisser tout en haut et regarde en dessous de moi.
C’est pas aussi haut qu’un arbre et ce sera sûrement pas assez, parce qu’apparemment les Loups peuvent sauter.
Aumoins j’aurais essayé.
Je savais bien que je ne survivrais pas longtemps toute seule…
Peut–être que ce sera ma dernière nuit de solitude.