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MACKENZIE
Je me fais réveiller en fanfare par ma meilleure amie, chez qui je suis arrivée hier pour passer les deux mois d’été avec elle.
Mes parents sont diplomates et seront absents un long moment. Quand il s’agit d’affaires entre loups et humains, on ne sait jamais combien de temps ça va prendre. Même après deux cents ans de cohabitation entre les deux espèces, il arrive encore qu’il y ait des conflits politiques, et mes parents étant l’image même de l’union des deux espèces, ils sont souvent sollicités par le gouvernement.
Bien sûr, je peux me débrouiller seule, je ne suis pas une empotée, mais ce n’est jamais agréable d’être seule dans une grande maison quand on a l’habitude d’être entouré.
—Allez ! Debout, maman a préparé ton petit-déj’d’anniv ! me crie Aurel en m’arrachant les draps.
Ma meilleure amie, Aurélie Morgan, est une louve née de deux parents loups, elle est donc plus forte que moi et je n’arrive pas à lutter contre elle. En effet, bien que mon père soit un loup, je suis née humaine.
—On est vraiment obligé de le fêter ? ronchonné-je.
Aucun membre de ma famille ne sera présent, c’est trop triste à mon goût. J’aurais préféré décaler l’événement.
—Évidemment qu’on est obligé ! On n’a pas vingt ans tous les jours !
—Es-tu consciente que ce n’est pas aussi important pour moi que pour vous autres ?
—Tu dis n’importe quoi, tu as autant de chance que nous de trouver ton compagnon, alors bouge ton cul maigrichon. On a une fête à organiser.
Sauf que moi, je sais avec certitude qu’il ne se passera rien aujourd’hui, ni demain, ou un autre jour, mais elle ne peut pas le savoir puisque c’est le plus gros secret que je n’ai jamais caché à mes amis, mes meilleurs amis.
Le cœur lourd à cette pensée, je soupire en traînant des pieds. Va-t-il enfin m’envoyer un message ?
Aurélie me tire par les deux bras et je cède. Je la suis jusqu’à la cuisine.
—Joyeux anniversaire ! s’exclament les parents d’Aurélie à mon entrée dans la pièce.
Je force un sourire à étirer mes lèvres en reconnaissance pour la chance que j’ai de les avoir dans ma vie.
Christine tient une assiette de pancakes sur lesquels elle a planté une bougie, comme maman a l’habitude de le faire. Je souffle ma bougie et serre Christine dans mes bras pour la remercier.
Léonard me sourit et sort une tablette de derrière son dos. Il tourne l’écran vers moi et mes parents apparaissent.
—Joyeux anniversaire, mon lapin ! me souhaitent-ils en chœur.
—Merci beaucoup ! dis-je, émue.
Là où ils se trouvent en ce moment, ce doit être le milieu de la nuit et je suis heureuse qu’ils me fassent ce cadeau de m’appeler à mon réveil, malgré la contrainte.
—Nous t’avons laissé ton cadeau pour ce soir, on espère qu’il te plaira, me dit maman tout excitée.
Christine apporte une housse avec un nœud de cadeau rouge accroché à la fermeture éclair. À l’intérieur, je découvre une magnifique robe.
—Elle est fabuleuse ! m’exclamé-je émerveillée.
—Si tu trouves ton compagnon ce soir, préviens-nous, me demande papa.
Je vois bien qu’il est très impatient à cette idée. Ma mâchoire se crispe pour ne pas laisser transparaître mes émotions.
—Bien sûr papa, dis-je en forçant un nouveau sourire.
Ce qu’ils n’ont jamais pris en compte, c’est que c’est différent pour les humains. Le lien étant un cadeau de la déesse de la lune offert à ses enfants, les loups, il n’y a qu’eux qui ressentent vraiment le lien, malgré des sentiments forts, nous ne sommes pas en capacité d’affirmer que c’est bien ça. Quand celui-ci se produit entre nos deux espèces, ils n’ont donc pas besoin d’attendre que nous ayons vingt ans pour nous accepter.
Cependant, ma famille et mes amis s’accrochent au fait que j’ai des gènes de loup, et je ne vais pas les contredire, je n’ai pas le choix, ils le tueraient s’ils savaient.
Après l’appel, je remercie Léonard d’avoir organisé ce contact avec mes parents.
—Tu sais qui sera là ce soir ?
—Eh bien… te connaissant, je dirais à peu près tout le monde que je connais ?
—Évidemment ! soupire-t-elle, exaspérée. Mais je veux dire, autrement !
—Je ne comprends pas… Oh, non. Ne me dis pas que tu as invité tous les potes de Nate et Jace !
—Moi non, mais eux probablement, rit-elle.
Nathan et Jason sont nos meilleurs amis, ils viennent de terminer leur troisième année d’université et avec un an de plus que nous, ils seront diplômés l’an prochain.
Ils sont aussi persuadés que le reste de mon entourage que je vais rencontrer mon compagnon ce soir. Nate espère fortement l’être, d’ailleurs. J’ai beau lui dire d’arrêter de rêver, il ne perd pas courage et ne désespère pas. Les réactions de Jace à mes différentes allusions me poussent également à croire que, lui, attend la majorité d’Aurélie avec impatience.
—Mais je ne te parle pas de ça, reprend cette dernière.
—Alors de qui tu parles ? m’impatienté-je.
—De Brett !
—Génial, et je peux savoir ce qui te fait croire que ça me fait plaisir ?
Brett est le grand frère d’Aurélie, il est aussi à l’université, mais les options, qu’il a prises depuis le lycée, l’ont fait partir sur un autre territoire, et il ne rentre que rarement. Ce type me hait du plus profond de son cœur depuis toujours, et je ne sais absolument pas pourquoi.
—Tu aurais pu me prévenir plus tôt, je serais allée passer l’été ailleurs !
—Sympa pour moi, se vexe-t-elle.
À juste titre, j’admets.
—Aurel, Brett me déteste, il ne peut pas me voir en peinture !
—Rhô, arrête ! Tu ne l’as pas vu depuis plus d’un an, il a évolué.
—Est-ce qu’il sait que tu organises mon anniversaire, dans sa maison, le jour où il rentre ?
—Non, il le verra en arrivant. C’est aussi ma maison après tout, dit-elle avec le sourire machiavélique qui me donne des frissons.
Je jure que cette fille aime être au cœur des emmerdes, ce n’est pas possible autrement.
—Depuis quand aimes-tu autant le danger ? Si la fête est gâchée, ce sera ta faute, la préviens-je.
Vu la tête qu’elle affiche, j’ai presque l’impression qu’elle s’en réjouit d’avance.
Notre petit-déjeuner tout juste terminé, Nathan et Jason débarquent avec les bras bien chargés.
—Joyeux anniversaire Mac ! s’exclame Jason en me tendant les bras après avoir posé deux enceintes.
—Jace ! On avait dit, pas avant ce soir ! s’énerve Aurélie pendant que j’accepte l’étreinte chaleureuse de mon ami.
—Désolé, poupée, j’avais oublié, dit-il d’un air absolument pas désolé qui me fait rire.
Il rit aussi et m’embrasse sur le front, puis je me fais extraire de ses bras par ce que je suppose être Nate.
—Salut sexy bébé, murmure-t-il à mon oreille en refermant ses bras sur moi.
J’adore qu’il m’appelle comme ça, mais je ne veux pas qu’il le fasse.
C’est dangereux…
—Nate, je t’ai dit mille fois de ne pas m’appeler comme ça, chuchoté-je pendant qu’Aurélie et Jason se disputent.
—Je m’en fiche, je veux le faire tant que je peux encore. Et avec un peu de chance, ce soir tu seras à moi.
—L’espoir fait vivre, ris-je. Et puis, tu ne crois pas que tu le saurais déjà ?
—Pas nécessairement.
—Si tu le dis. Maintenant, laisse-moi aller m’habiller.
Il ronchonne, embrasse mon cou et me relâche. Je m’échappe sans me retourner. J’aimerais pouvoir lui expliquer pourquoi il ne peut pas être mon compagnon, ça me fait mal de lire autant d’espoir dans ses yeux, mais encore une fois, je ne peux pas, je n’ai pas le droit, j’ai fait une promesse.
Les garçons finissent de décharger la voiture quand Aurélie et moi sortons, prêtes pour une journée intense de préparatifs.
—Le vol de Brett est annulé, il ne va pas pouvoir rentrer aujourd’hui, est en train de dire Nate à Jace.
—Sérieux, vous étiez au courant ? Pourquoi est-ce qu’on n’a pas prévu de faire la fête ailleurs ? m’énervé-je.
—Pourquoi ? demande innocemment Jace. Tu ne veux pas le voir ?
—Non. Pas vraiment ! Ce type a envie de désolidariser ma tête de mes épaules chaque fois qu’il me voit !
—Pourtant, il était déçu de ne pas être là ce soir, il avait l’air impatient de te voir, lui.
Nate n’arrive pas à retenir un grognement.
—Pff, n’importe quoi, répliqué-je pour faire bonne figure alors que mon traître de cœur bondit de joie.
—Bah, il est peut-être conscient qu’il est possible que tu sois sa compagne, rajoute Jace.
—Plutôt crever, réponds-je en écho au nouveau grognement de Nate, mais une douleur sourde vibre au creux de mon estomac et remonte dans ma gorge.
—Arrête d’agir comme si Mac t’appartenait déjà, gronde Jace à Nate.
—C’est l’hôpital qui se fout de la charité là ! me moqué-je de lui, ravie qu’il m’offre un détournement d’attention.
—De quoi tu parles ? demande-t-il soudain mal à l’aise.
—Peut-être que Nate est le compagnon d’Aurélie, le provoqué-je en croisant les bras.
Tombant instantanément dans mon piège, il grogne, furieux.
—Et maintenant, tu vois de quoi je parle ? lui demandé-je, moqueuse.
Il pâlit et se trémousse, gêné. Comme à chaque fois que je le taquine sur le sujet, il aimerait dire quelque chose, je le vois, mais il reste muet.
—Ne me mêle pas à vos conneries, dit Aurel qui est rouge comme une pivoine.
Elle se détourne pour aller fouiller dans un carton de décorations, Jace se concentre sur la disposition des enceintes, et moi, je commence à ranger tout objet personnel de Christine et Léonard qui pourrait ne pas survivre à la soirée.
Je sens un corps se presser contre moi et devine aussitôt que c’est Nate, avant même de sentir ses mains sur mes hanches et ses lèvres dans mon cou.
—Ai-je rêvé, ou tu m’as défendu ?
—Pourquoi est-ce que ça t’étonne ?
—Parce que tu réfutes constamment l’idée que l’on soit compagnons.
—C’est faux ! me défends-je. J’essaie juste de nous préserver d’une déception.
C’est vrai, j’aurais adoré être la compagne de Nate, mais sachant que ce ne sera pas le cas, je fais tout mon possible pour qu’il ne s’accroche pas à cette idée, même si la plupart du temps, j’échoue lamentablement.
—Donc, tu n’es pas complètement écœurée par l’idée d’être avec moi ?
—Bien sûr que non, idiot. Et celle qui l’est ne te mérite pas. Mais tu dois te faire à l’idée que nous ne le sommes probablement pas.
—On verra bien, déclare-t-il avec un sourire en coin.
Il attrape mon menton, me vole un baiser et se retourne comme si de rien n’était.