Cursed By The Reaper

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Summary

"Quand on énerve la Faucheuse, il faut s'attendre à en subir les conséquences." Le quotidien de Polly n'est pas des plus banals, notamment au lycée. Elle ne sait que se prendre la tête avec Evy, la capitaine de l'équipe, de défier Alex, son bourreau et d'enchainer les heures de retenue avec Steven, son jumeau. Mais son existence bascule le jour où un nouvel élève, Marty débarque à Mallory West. Depuis leur rencontre fracassante, Polly lui voue une haine viscérale, surtout lorsqu'elle constate que son frère apprécie l'adolescent qui, à contrecœur, envahit son quotidien. Or, le jour où Marty sauve Polly d'un accident mortel, leur relation prend un nouveau tournant. Le masque derrière lequel se cachent deux adolescents tombe et dévoile les secrets qu'ils cachent. Polly et Marty comprennent qu'ils devront mettre de côté leur différends pour comprendre la mystérieuse tragédie qui frappe le lycée, dont ils sont à l'origine.

Status
Ongoing
Chapters
29
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Prologue

Mallory West – FL (USA) - 14 Mars 2006

Après avoir fermé avec soin le dernier bouton de sa chemise bleue, Michael poussa un lourd soupire et se tourna vers le mur blanc orné d’une multitude de photographies, où une vague de nostalgie douloureuse le frappa. Ces dernières représentaient ses deux enfants qui étaient toute sa fierté. L’une montrait Steven, son ainé, qui avait trois ans et jouait dans le sable de la plage de Mallory West. L’innocence peinte sur les traits de son visage enfantin resserra le cœur de l’homme qui ravala avec difficulté la boule logée dans sa trachée. À présent, son garçon avait sept ans, mais il conservait cet air angélique et juvénile. Qu’il reste ainsi le plus longtemps possible.

Ses iris marron se posèrent sur un autre portrait plus récent qui dévoilait Brittany, sa petite dernière qui n’avait pas plus de huit mois sur cette image et prenait le biberon sereinement dans les bras de sa mère. Les larmes lui montèrent aux yeux lorsqu’il reporta son attention sur l’image de son petit Jay qui souriait à pleines dents – alors qu’il n’en avait que deux. Il ferma les yeux, à l’écoute de son cœur qui tambourinait dans sa poitrine. La douleur pulsait dans ses veines et bien qu’il en fût habitué, elle lui pinçait toujours le cœur avec autant de virulence.

Pour mettre fin à cette affliction qui pesait dans sa poitrine, il tourna le dos au mur et rouvrit ses paupières. Ces clichés donnaient l’illusion factice que sa famille respirait le bonheur. Il avait la famille dont tout le monde rêvait. Or, ces images ne reflétaient pas la réalité. Ou du moins, elles ne le montraient plus. Parce qu’à une certaine époque, il avait été heureux. Il était persuadé que rien ne pourrait détruire son bonheur. S’il avait su…

Avec le recul, il constata l’ampleur des dégâts qui s’étaient répercutés sur sa famille. Il savait que rien ne pourrait réparer ce qui avait volé en éclats. Les morceaux de verres avaient tranché à de trop nombreuses reprises son cœur, ainsi que celui de sa femme pour pouvoir être réparé et poursuivre leur existence comme si de rien était.

Il s’installa sur son lit et ouvrit le tiroir de sa table de nuit. D’une lenteur contrôlée, sa main plongea jusqu’au fond pour récupérer un morceau de papier lisse qu’il conservait très précieusement. Son cœur se serra lorsque ses doigts entrèrent en contact avec l’objet désiré. Lorsque ses pupilles se posèrent sur le visage immobile de sa fille, son corps fut secoué de faibles tremblements. Il avait l’illusion que l’on perforait son cœur à coups de couteau. Bon Dieu, ce qu’elle lui manquait ! Il se demandait quand viendrait le moment où il pourrait admirer cette photographie sans se laisser dépasser par les souvenirs de l’incident qui le submergeaient et le bouleversaient.

Il réprima un sursaut lorsque Diana déboula dans la chambre sans lui prêter la moindre attention. Toutefois, Michael ne fit rien pour lui signifier sa présence. La communication entre les deux était rompue depuis longtemps. Il était loin le temps où ils se complimentaient de manière récurrente. Ce lourd silence qui les séparait comme un mur de glace permit à Michael de réaliser à quel point les choses avaient changé depuis ce drame. Et aucun d’eux n’agissait pour arranger la situation. Même les multiples séances chez le psychologue n’étaient pas parvenues à rétablir la joviale harmonie qui régnait au sein de la famille.

Madame Matthews, dont le cabinet se trouvait à New York, connaissait Diana et Michael depuis la tragédie qui frappé le couple deux ans plus tôt. Son bureau était un lieu qui inspirait la confiance, ainsi, ils n’avaient aucune difficulté à se confier à la femme dégageant une aura chaleureuse.


Un blanc religieux planait dans la pièce dans laquelle se trouvait le couple Gubler, ainsi que Madame Matthews. La vieille femme, coiffée d’un chignon, croisa ses doigts sur son bureau.

— J’aimerais que vous m’expliquiez à nouveau ce qui s’est passé.

Michael leva son regard vers madame Matthews et l’observait dans un silence pesant. Elle savait que cet exercice était éprouvant, mais cela faisait partie de sa thérapie. L’homme posa ses mains sur ses tempes en poussant un long soupire d’angoisse. Les yeux clos, il se remémora la situation qui avait eu lieu trois ans plus tôt, le premier incident qui avait annoncé le début de la fin de leur vie stable.

"Diana venait de rentrer à la maison avec ses deux enfants, Polly et Steven. Le temps s’était amoché en quelques instants. Le soleil avait disparu derrière les nuages qui s’étaient fait menaçant avant qu’un orage éclate, ce qui effrayait les petits. Affamés, ces derniers étaient ravis d’apprendre que le repas préparé par leur père allait être servi d’ici peu.

Encore chargé d’une énergie qui échappait à la compréhension des adultes, Steven gesticulait dans tous les sens à table. Ses yeux bruns grands ouverts scrutaient tout ce qui l’entourait. Cependant, sa jumelle ne tenait presque plus debout. Ses pieds traînaient au sol et elle avait du mal à garder un contrôle sur ses paupières qui se fermaient toutes seules. Cette attitude lui valut une remarque cinglante de sa mère :

Tiens-toi correctement, Polly. On dirait que tu vas t’écrouler à la seconde qui suit.

C’était ce qui allait se passer si l’enfant de quatre ans ne regagnerait pas son lit rapidement.

— Je ne veux pas manger, gémit-elle au bord des larmes, incapable de contrôler les émotions qui la submergeaient.

Muet, Michael lança un regard dur à sa femme. Cette dernière était certaine que leur fille faisait un caprice. C’était ce qu’elle pensait la plupart du temps alors que ce n’était pas le cas. Et lorsqu’il ouvrait sa bouche pour le lui expliquer, Diana s’offusquait d’avoir été contredite et c’était le début d’une longue et pénible dispute entre eux.

D’un geste doux, Michael porta sa main sur le dos de sa fille.

— Va dans ta chambre, ma chérie. Je viens te voir après.

Tandis que l’enfant quittait la table pour regagner sa chambre d’un pas lent, Michael croisa le regard enflammé que Diana lui portait. Ce qu’il détestait découvrir cette expression sombre sur son visage qui revenait trop souvent depuis quelques mois. Ses lèvres étaient pincées, ses iris marron étaient voilés d’une lueur menaçante qui effrayait les deux enfants. Michael décida d’ignorer sa femme et continua de picorer dans son assiette. C’était sans compter Diana qui était décidée à ne pas lâcher le morceau.

— Encore un caprice que tu laisses passer, souffla-t-elle en gardant les yeux rivés sur son mari.

Au lieu de porter son attention sur sa femme, Michael se concentra sur son fils qui avait de la sauce tomate jusqu’aux oreilles. Cet état laissa apparaître un sourire amusé chez Michael. Quel clown, celui-là !

Cependant, son air souriant s’évapora lorsqu’il croisa l’expression toujours aussi froide que lui adressait la mère de Steven. Depuis la naissance des enfants, les accords entre le couple se multipliaient, alimentaient les tensions entre eux.

Michael étouffa un long soupir, ouvrit la bouche pour répliquer qu’elle exagérait. Mais un cri strident provenant de la chambre des enfants l’interrompit. Son corps entier sursauta brutalement, il bondit de sa chaise et se rua jusqu’à la chambre de sa fille. Diana, elle, se précipita dans celle de Jay qui pleurait à pleins poumons.

Tout va bien, mon chéri, souffla-t-elle en prenant le bébé tout contre elle. C’est juste ta sœur qui fait encore des siennes.

Michael arpenta d’un regard affolé la chambre dont une multitude de jouets étaient répandus sur le sol. Dans la précipitation qui l’avait habité, il avait malencontreusement marchés sur de nombreux jeux, mais ce n’était pas ce qui le préoccupait en cet instant. Son inquiétude grimpa en flèche lorsqu’il découvrit Polly, recroquevillée sur elle-même, en pleurs, dans un coin de la pièce. Avec ses mains, elle se couvrait son petit visage, tandis que tout son corps était secoué de tremblements.

Polly, souffla doucement Michael en s’approchant d’elle d’un pas lent.

Lorsque la petite releva son regard sur son père, la stupéfaction frappa ce dernier d’un coup de massue. Jamais il ne pourrait oublier l’expression peinte sur les traits du faciès de sa fille. C’était comme si elle avait eu, face à elle, le monstre issu de ses cauchemars les plus vicieux. "

— Elle nous avait expliqué qu’elle avait vu un homme, termina Diana après avoir poussé un long soupir.

Pendant que madame Matthews prenait note de ce récit qu’elle connaissait par cœur, la compagne de Michael regardait anxieusement l’horloge devant ses yeux, dont seul le tic-tac incessant se faisait entendre. Lorsqu’elle eut fini, la psychologue rejeta une mèche grise et reporta son regard sur les deux adultes qui lui faisaient face.

— D’autres cas comme celui-là se sont-ils produits par la suite ?

Michael et Diana se regardèrent en silence, sans laisser paraître une expression sur leur visage. Si seulement il s’agissait du seul cas.

— Il y en a eu un avant celui-là. C’était après… La perte de Jay, lâcha Diana d’une voix lourde et lente.

Elle marqua une pause pour empêcher une nouvelle montée de larmes. Parler de tout ceci était si douloureux et effrayant. Ces étranges évènements avaient amené le couple à prendre cette terrible décision qui hantait Michael et l’achevait petit à petit.