Chaptire 1 : Le silence de la neige
Tome 1 : Sauver le Roi Alpha
Prologue :
On dit que leur lignée s’est éteinte et que les Guérisseuses ont disparu, emportées par le feu, la peur et le silence.
Elles, les femmes nées des étoiles, capables de soigner les corps et de réparer les âmes.
Leur nom ne survit que dans les contes, dans les berceuses chantées à la lueur de la lune ou dans les murmures que l’on croyait oubliés.
Mais les légendes ne meurent jamais. Elles attendent.
Et quand le Roi Alpha tombera, quand son loup ne répondra plus et quand le royaume tremblera sous le poids de la folie, alors il faudra se souvenir.
Car parfois une seule lumière suffit à repousser la nuit.
Même si cette lumière vient du nord, qu’elle porte un nom oublié, et qu’elle demeure cachée dans un corps trop frêle et une voix trop douce.
Alors quand le moment viendra… sauront-ils la reconnaître ?
Chapitre 1 – Le silence de la neige
NEVA
Devant moi, tout était d’un blanc pur et immaculé.
Un silence presque sacré régnait sur la vallée. Un calme si profond qu’il semblait appartenir à un autre monde, si bien que, seuls les murmures de mon souffle et le craquement feutré de mes bottes sur la neige fraîche troublaient la quiétude. Le vent léger mais glacial, s’amusait à soulever des flocons en tourbillons vaporeux, pareils à des esprits dansants entre les arbres. Chaque mouvement paraissait orchestré par une magie invisible, tel une harmonie muette entre ciel, terre et glace.
Le lac, lové entre deux falaises de granite, était partiellement gelé.
Sa surface miroitait sous la lumière pâle du soleil, semblable à une mer d’argent liquide et par endroits la glace se fendait en motifs géométriques complexes, comme des runes gravées par la nature elle-même.
C’était comme si un millier d’étoiles s’étaient échappées du ciel pour venir se reposer sur l’eau.
Je restai immobile, les bras croisés contre ma cape, observant l’horizon gelé alors que les montagnes m’entouraient de toute leur grandeur.
Leurs silhouettes immenses étaient drapées d’un manteau blanc, tels des titans figés dans le temps. Leurs cimes disparaissaient dans des nuages ourlés de givre et leur présence silencieuse me réconfortait. Elles étaient comme les gardiennes ancestrales de notre monde.
L’hiver avait enveloppé la Meute du Glacier dans ses bras gelés, et moi, au cœur de ce royaume hors du temps, je me sentais étrangement à ma place.
Ma peau, pâle comme la neige, semblait ignorer le froid. Mes cheveux, longs et blancs, se mêlaient aux flocons qui tombaient paresseusement du ciel, si bien qu’on peinait à me distinguer du paysage. Mes yeux, d’un bleu presque irréel, reflétaient la lumière comme le lac lui-même. Certains disaient qu’ils brillaient la nuit et je n’avais jamais osé les contredire.
Dans ce monde glacé, je n’étais ni étrangère ni marginale. J’étais un fragment du paysage, une fille de l’hiver et pourtant… Mon apparence, bien qu’éthérée, ne suffisait pas à éveiller les soupçons. Dans le nord, la chaleur était rare et les peaux claires et les cheveux décolorés par le climat étaient quelque chose de normal. Ma singularité passait alors seulement pour une exagération de la génétique nordique et il valait mieux que cela reste ainsi.
Mes parents et moi vivions à l’écart du monde, dans un village suspendu aux flancs d’une montagne boisée, où les chalets de bois sombre s’accrochaient aux pentes enneigées comme des nids d’oiseaux. Les toits pointus étaient coiffés d’épaisses couches de neige et des guirlandes de lumière flottaient entre les lampadaires.
Notre clan s’appelait la Meute du Glacier. Fiers, silencieux et endurcis par le froid, nous étions perçus presque comme des sauvages par les autres régions. Des loups du nord, disait-on, plus proches des tempêtes que des hommes.
Tous ici étaient des loups… tous sauf ma mère et moi. Nous étions des guérisseuses, une race oubliée, presque éteinte, disait-elle.
Un murmure du passé, un écho d’un monde révolu.
Elle racontait que notre lignée descendait d’une étoile tombée du ciel. Une lignée de femmes aux dons sacrés, capables de percevoir les blessures invisibles, de parler aux âmes, et parfois… de repousser la mort elle-même. Mais notre pouvoir avait un prix… l’isolement.
Le don ne se transmettait qu’aux filles et nous n’étions pas des louves. Aucun loup en nous, aucune rage animale, aucun lien au territoire, à la hiérarchie ou aux rites de dominance. Nous étions un mystère dans un monde régi par la force.
Cinq personnes connaissaient notre secret. Mes parents, moi, l’Alpha Jack et sa Luna, Dana. L’Alpha Jack était un homme imposant, au regard perçant et au corps sculpté par les combats et les responsabilités. Ses cheveux dorés et longs jusqu’à la nuque, étaient toujours tirés en arrière et sa barbe soigneusement entretenue lui donnait l’allure d’un roi des anciens temps. Il avait grandi avec mon père, Nikola, et leur lien était indéfectible.
Jack possédait cette aura magnétique que l’on ne pouvait ignorer. Enfant, je le comparais souvent à Thor. Puissant, noble et presque divin. Je l’adorais en silence, avec cette candeur innocente que seul le cœur d’une petite fille peut connaître.
Mais l’Alpha avait trouvé son âme sœur bien avant que je comprenne ce qu’était l’amour. Luna Dana, une reine de glace et de feu. Sa beauté était telle que même les arbres semblaient s’incliner lorsqu’elle passait. Sa chevelure dorée, souvent tressée selon les rites de la meute, brillait au soleil comme du blé enchanté, et ses yeux, d’un vert émeraude, semblaient tout voir et tout comprendre. En sa présence, le monde se taisait. Elle inspirait à la fois le respect, la confiance et parfois même un soupçon de crainte. Ensemble, Jack et Dana incarnaient l’équilibre parfait entre la force et la sagesse.
Ils eurent deux enfants. Kyle, l’héritier, un jeune homme déjà redouté pour sa puissance et respecté pour sa droiture, et Diane, vive et brillante, aussi habile à l’arc qu’en diplomatie. Leur lien familial dégageait une chaleur sincère. Une unité. Une stabilité que j’enviais en silence.
Mais moi… j’étais un mystère. Même à mes propres yeux.
Et cette différence, je l’avais ressentie dès mon plus jeune âge. Petite pourtant, je jouais avec les enfants du village. Je grimpais aux arbres, je construisais des forteresses de neige et je riais sans retenue. Mais lorsque les autres sentirent leur loup s’éveiller, lorsque leurs yeux changèrent et que leur corps se mit à vibrer d’une force nouvelle, moi… je restai vide. Pas de loup, pas d’appel, juste ce silence en moi. Un silence immense et effrayant, qui n’appartenait qu’à moi, alors, je me retirai.
Peu à peu, j’évitai les entraînements, les rassemblements et les fêtes de pleine lune. Ma mère, voyant cela, décida de m’éduquer seule, dans le cocon de notre maison. Elle me transmit nos savoirs, nos rituels et nos prières sacrées. Elle m’apprit à écouter les plantes, à lire les souffles et à percevoir la douleur dans les regards. Je découvris que je pouvais apaiser les esprits en posant la main sur leur poitrine, que je pouvais sentir une fièvre avant qu’elle ne monte et que mes rêves, parfois, révélaient des fragments d’avenir. Mais avec ce don venait un fardeau.
Les guérisseuses, autrefois vénérées, avaient été traquées, réduites en esclavage et épuisées jusqu’à la mort. Certaines meutes les enfermaient et les forçaient à soigner sans relâche, jusqu’à ce que leur lumière s’éteigne. C’était pour cela que nous vivions cachées.
Malgré tout, je rêvais de ces temps anciens où les guérisseuses marchaient librement dans les cités des loups, où leurs temples étaient bâtis en cristal vivant et où leurs chants berçaient les naissances et consolaient les mourants.
Et comme souvent j’entendais résonner en moi ma légende préférée… celle du premier Roi Alpha. On disait qu’à une époque de guerres sanglantes, alors que les meutes se déchiraient, pour les terres et le pouvoir, un roi était apparu. Unissant les clans par sa seule volonté, il avait instauré une paix durable. Mais cette paix avait coûté cher. Trop de vies avaient été perdues et trop de liens furent brisés.
C’est alors qu’une guérisseuse naquit. Fille du roi, son cri repoussa la mort qui emportait sa mère. Ce jour-là, ailleurs dans le monde, d’autres filles naquirent, toutes dotées du même don. Elles étaient un présent des astres. Des étoiles devenues chair.
Mais leur lumière attira les ténèbres et la chasse commença.
Aujourd’hui, on croyait notre race éteinte mais nous étions toujours là... en silence.
Je m’appelle Neva. Ce nom signifie neige. Un nom que mes parents avaient choisi en pressentant ce que je deviendrais. La dernière neige, la dernière guérisseuse.
Je contemplai encore une fois les montagnes qui m’entouraient, le lac et les forêts figées. C’était chez moi, et pourtant une voix en moi murmurait depuis un moment… Pour combien de temps ?
Je frissonnai, mais pas à cause du froid qui s’insinuait en moi à chaque fois que je respirais. C’était à cause d’un appel qui revenait sans cesse. Depuis plusieurs mois, une sensation étrange grandissait en moi. Quelque chose, ou quelqu’un, m’appelait. Une voix lointaine, comme une vibration dans mes os ou un battement dans le creux de ma poitrine. Je n’en avais encore parlé à personne, pas même à ma mère mais je savais que le moment approchait.
Je quittai la falaise et redescendis vers le village. Les enfants riaient et l’air était parfumé de cannelle et de pain chaud. Je fis un détour par la boulangerie, saluai la vieille mère Hilda et rentrai chez moi, les bras chargés de douceurs.
Notre maison, était simple mais chaleureuse. Une lumière dorée filtrait par les fenêtres et en entant je découvris un feu qui crépitait légèrement dans la cheminée. Je déposai les viennoiseries, me fis un chocolat chaud et m’enveloppai dans un plaid, les jambes repliées sur le canapé.
Ce soir, je lui parlerai, à ma mère, et je lui dirai tout.
Mais pour l’instant, je regardais les flocons tomber en silence par la fenêtre en soufflant sur ma tasse encore chaude. Et dans ce moment de calme, une seule chose persistait… Un appel intérieur.