Mon idéal

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Summary

Que sait-on de l'amour à dix-sept ans ? Pas grand chose. On ne connait que ce qu'on lit dans les romances, ou ce qu'on découvre dans les films. Ce sont eux qui nous donnent nos repères. Eve part en Corse pour sa dernière colonie. En jeune introvertie qu'elle est, c'est toujours difficile pour elle de se sociabiliser, mais heureusement, elle peut compter sur son amie Coralie. Jusqu'à maintenant, Eve n'a jamais réussit à s'attacher pleinement à un garçon et à lui accorder son amour. Avant de rencontrer Gabriel...

Status
Complete
Chapters
6
Rating
4.0 1 review
Age Rating
18+

1. Dernière colo

— Eve ! Lève-toi, il faut partir !

Ma mère crie en bas des marches qui mènent à ma chambre. Il est sept heure trente et je dois être à l’aéroport dans une heure et demie pour partir trois semaines en Corse.

Ce sera ma dernière colonie. J’ai dix-sept ans, et pour les Comités d’Entreprise de mes parents, à partir de cet âge là, on n’existe plus. Bon, j’exagère, certes, mais nous n’avons plus le droit de profiter de leurs services. J'en aurais bénéficié à fond pendant une dizaine d’année : ski dans les alpes, deux semaines au Canada, trois semaines en Italie et pour la dernière, trois semaines sur l’Ile de Beauté.

Au départ, enfant, il m'était très difficile de quitter mes parents pour partir avec une foule d’inconnus. Je pleurais dans le train, ma mère sur le quai se vidait de ses larmes également. Et ma meilleure amie, Coralie se moquait de moi, elle qui n’avait aucune difficultés à quitter les jupons de sa mère. Malgré tout, heureusement que je l’avais. Depuis dix ans que nous partons ensemble, elle m’a beaucoup aidé à me sociabiliser et, chaque année, il devenait plus facile de parler avec les autres enfants / adolescents qui partageaient la même aventure que nous.

Dans mon lit, j’ai les yeux qui piquent et les paupières qui collent de ce réveil trop matinal.

— Eve ! s’époumone ma mère. Si tu ne te lèves pas tout de suite, je leur dis de partir sans toi !

Je me tourne et me retourne dans mon lit, me bâtant avec ma couette, comme si c’était elle qui m’empêchait de quitter mon matelas douillet. Puis, je me décide enfin à descendre, valise en main et joie au cœur.

— Bonjour maman, grogné-je en déposant un bisou sur sa joue.

— Chaque année c’est pareil ! peste ma chère maman alors que je me sers un café, les yeux encore endormis.

— Oui, oui, je sais, j’ai dix-sept ans, je devrais pouvoir me réveiller seule... grommelé-je, sachant déjà ce qui allait m’être reproché.

Une fois prête à partir, je m’installe dans la voiture, l’estomac en vrac. Tous les ans, c’est la même rengaine : j’ai à la fois hâte de découvrir de nouveaux horizons, faire des activités super et être une adolescente qui vit loin de ses parents quelques semaines et en profite pour apprendre à se découvrir (ce qui se passe en colo reste en colo). Mais j’ai aussi l’angoisse de me retrouver dans un groupe d’inconnus avec qui je vais devoir passer mes journées pendant deux à trois semaines. J’ai la boule au ventre. Pour la faire diminuer, je me concentre sur l’idée que je vais retrouver ma meilleure amie, Coralie.

Coralie et moi nous connaissons depuis l’enfance, nous étions chez la même nounou. Nos deux personnalités aux antipodes l’une de l’autre se sont rapidement trouvées et ont immédiatement accroché. Comme le dit si bien le dicton : les opposés s’attirent. Là où je suis plutôt introvertie, calme et observatrice, Coralie est d’une nature plus expansive, plus joviale. Lorsqu’elle entre dans une pièce, on la remarque tout de suite, tandis que je suis plus du style plante verte. Néanmoins, être à ses côtés me pousse à m’extérioriser et à sortir de ma zone de confort.

A l’aéroport, nous cherchons la porte indiquée sur les papiers transmis par l’organisme avec lequel je pars. Au loin, je vois un groupe de jeunes excités, valises en main, prêts à décoller.

— Eve ! s’écrie Coralie en faisant des grands gestes avec ses bras.

Je lui fais un petit geste timide de la main, un sourire timide, mais garde ma voix bien pour moi. Il manquerait plus qu’on me remarque alors que je ne suis pas encore partie !

Lorsque j’arrive à sa hauteur, elle s’empresse de m’embrasser les deux joues et de saluer ma mère de façon très (trop?) enjouée. Puis elle me prend par la main et me présente trois personnes avec qui elle a déjà sympathisé. Comment fait - elle ?

— Voici Nicolas, il fait un bac S et pour le moment c’est tout ce que je sais.

Le Nicolas en question se marre et se penche pour me faire la bise. Je prends sur moi pour ne pas faire ma sauvage dès les premières minutes de rencontre et lui fait la bise. Coralie remarque que mon visage s’approche mais mon corps fait un pas en arrière et me félicite silencieusement d’un sourire fier.

— Voici Tia, c’est le bébé du groupe, elle est en première L. Même filière que toi, vous devriez vous entendre, déclare Coralie d’un clin d’œil qui ne me laisse pas vraiment de choix.

J’apprends donc qu’on forme déjà un groupe alors que je suis arrivée il y a cinq minutes et que je suis sensée faire copain-copain avec cette Tia qui semble aussi gênée que moi.

— T’inquiète, glisse-t-elle en me faisant la bise. T’es pas obligée de m’apprécier.

Je ris. Elle a gagné, j’ai envie de la connaître.

— Et voici Gabriel. Il va fêter ses 18 ans pendant le séjour. On va pouvoir faire une grosse fête ! S’excite mon amie en tapant dans ses mains et en sautant sur place.

Je crois qu’elle m’en dit plus mais je n’entends plus. Je suis hypnotisée par les yeux bleu-gris de Gabriel, son visage carré et son sourire digne d’une pub Colgate.

Il se penche pour me faire la bise à son tour, je me laisse faire sans broncher. Le contact de sa joue légèrement piquante sur la mienne, sa peau chaude, me donnent des frissons.

Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive, je n’ai jamais ressentit ça.

J’ai bien eu des crush sur des garçons au collège et début lycée mais je n’avais jamais osé me lancer, même leur dire bonjour me semblait insurmontable.

Coralie repère rapidement que Gabriel ne me laisse pas indifférente et me lance un large sourire qui en dit long sur ses arrière-pensées. Je sens que cette dernière colonie va être très différente des autres séjours ...

Les moniteurs nous appellent et nous annoncent que nous allons nous rendre à l’enregistrement. J’ai un pincement au cœur et ma boule au ventre qui revient. Je retiens mes larmes. À dix-sept ans on n’est pas sensé pleurer de stress à l’idée de quitter sa bulle, au contraire. Je vois tous les autres adolescents ravis de partir vivre leurs expériences loin de leurs parents, et j’aimerais être davantage comme eux. En attendant que ce jour arrive, je me dirige une nouvelle fois vers ma mère et la serre dans mes bras.

— Embrasse fort papa pour moi, chuchoté-je à son oreille avant de lui coller un énorme bisou sur sa joue humide de larmes et de rejoindre mon groupe.