Cœur en cendre

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Summary

Dans la pénombre de sa chambre, Lihaya fixait le plafond, le cœur lourd de souvenirs. Les ombres dansaient autour d'elle, évoquant des rires lointains et des promesses jamais tenues. La vie l'avait laissée brisée, chaque cicatrice sur sa peau racontant une histoire de douleur et de survie. Elle se remémorait ce jour fatidique où tout avait basculé, un instant de bonheur qui s'était transformé en cauchemar. Avec une profonde inspiration, elle se leva. Ce soir, elle déciderait de confronter ses démons. Parce que parfois, l’espoir peut surgir des ruines les plus sombres.

Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Les ombres de l’enfance

Lihaya. Ce nom résonnait comme une promesse oubliée, une mélodie égarée dans les ruelles sombres de Mada. J’avais grandi dans un cocon fragile, entre ma mère et ma grand-mère, une bulle de chaleur au milieu d’un monde froid et impitoyable. Nous n’étions pas riches, mais l’amour inondait notre petit appartement, balayant avec lui les ombres de la misère. Dans cette maison, chaque rire, chaque sourire était une petite victoire contre la dureté de la vie.


Chaque soir, ma grand-mère revenait du travail, épuisée mais souriante. Ses mains ridées et calleuses racontaient des histoires de labeur, mais son cœur débordait de tendresse. Ma mère, Gladys, me berçait de ses contes, me transportant dans des royaumes où les dragons étaient vaincus et où l’amour triomphait toujours. Elle masquait avec art la douleur des fins de mois difficiles, ses yeux brillants d’un espoir qui, parfois, s’effritait sous le poids de la réalité. Pourtant, sous cette surface de bonheur, une tempête se préparait. Les rires avaient un goût amer, les promesses un parfum de désespoir. J’apprenais à vivre avec mes démons, à les dissimuler derrière un sourire, mais la réalité me rattrapait toujours.


Il y avait des nuits où je m’éveillais, envahie par la peur, écoutant les murmures des murs qui avaient tant vu. Ces murs, témoins silencieux de nos joies et de nos peines, semblaient chuchoter des secrets que j’étais trop jeune pour comprendre. Je savais que l’amour, si puissant soit-il, pouvait aussi être un poison, transformant la douceur des souvenirs en une douleur lancinante. La vie m’apprenait à survivre, à naviguer entre l’ombre et la lumière, mais à quel prix ?


Ma mère et ma grand-mère faisaient tout pour que je ne remarque pas l’absence de mon géniteur. Monsieur Emrys, comme il était communément appelé, avait été un fantôme dans ma vie. J’avais souvent imaginé son visage, mais il restait flou, comme un souvenir effacé par le temps. Bien que je fusse petite, je savais qu’il avait infligé des blessures profondes à ma mère. Je me souvenais des larmes silencieuses sur ses joues, des soupirs étouffés lorsque je lui posais des questions sur lui. Son nom était un spectre, une ombre qui planait au-dessus de notre foyer.


Pourtant, malgré la douleur qu’il lui avait causée, elle voulait que je le connaisse. Elle évoquait parfois son nom avec une mélancolie que je ne comprenais pas, une sorte de nostalgie pour ce qui aurait pu être. « Un jour, il t’accordera de son temps, Lihaya », disait-elle, comme si cette promesse pouvait effacer les souffrances passées. Ces mots flottaient dans l’air, lourds de sens, mais je sentais déjà que cette rencontre ne serait pas celle d’un conte de fées. Les histoires que ma mère me racontait, pleines d’aventures et de rêves, masquaient la réalité d’un amour brisé et d’une enfance volée.


Les ombres dansaient autour de moi, chuchotant des vérités que je n’étais pas prête à entendre. Chaque nuit, je voyais les silhouettes se glisser dans ma chambre, m’apportant des murmures de mystères non résolus. Je me sentais suspendue entre l’innocence de l’enfance et la dureté du monde, cherchant désespérément ma place dans un récit qui semblait déjà écrit.


Je me souviens d’une nuit en particulier, où le vent hurlait à l’extérieur, comme si le monde entier était en proie à une tempête. J’avais fait un cauchemar, l’image d’un homme aux yeux sombres, empreints de tristesse et de colère. Je me réveillai en sursaut, le cœur battant, et je vis ma mère assise sur le bord de mon lit, son visage inquiet. Elle m’avait pris dans ses bras, me murmurant des paroles apaisantes, mais je sentais la tension sous ses mots. Ce n’était pas seulement la peur de l’orage ; c’était une peur plus profonde, celle qui s’infiltrait dans nos vies, dans nos conversations murmurées.


En grandissant, je devins plus consciente des non-dits. Les regards échangés entre ma mère et ma grand-mère, les silences qui s’éternisaient autour de la table, chaque geste révélait des histoires que je n’étais pas censée connaître. J’apprenais à lire entre les lignes, à déchiffrer les émotions cachées derrière les sourires.


Et puis, il y avait cette boîte. Une boîte ancienne, cachée au fond du placard, remplie de lettres jaunies et de photos ternies. Je l’avais trouvée par accident, en fouillant à la recherche d’un jouet perdu. Les lettres parlaient d’un homme dont le visage restait flou dans mon esprit. Elles racontaient des histoires de promesses brisées, d’espoirs déchus. À chaque mot, je sentais le poids de l’absence, la douleur d’un héritage que je ne comprenais pas encore.


Je savais que, d’une manière ou d’une autre, l’histoire de Monsieur Emrys serait inextricablement liée à la mienne. Et alors que je plongeais dans les souvenirs de mes ancêtres, je réalisais que chaque choix, chaque détour de leur vie avait façonné la mienne. J'étais devenue le produit de leurs souffrances et de leurs espoirs, un reflet d'une réalité que je n’avais pas choisie.


Les ombres de mon enfance s'épaississaient, et avec elles, le besoin de comprendre d'où je venais et où j'allais. L’amour et la douleur, entremêlés, créaient une mélodie que je ne pouvais ignorer. Mon voyage ne faisait que commencer, et je savais qu'il serait parsemé de défis. Mais au fond de moi, une étincelle de détermination grandissait, prête à affronter les vérités cachées et à déterrer les secrets qui avaient longtemps été enfouis.