Prologue
Six ans auparavant....
Viviane
« Viviane ou es-tu ? » demande Victor à l’autre bout du fil, une pointe de nervosité dans la voix.
« J’arrive, j’arrive ! Je suis juste à côté du stand de churros . »
Il souffle, visiblement soulagé.
« Parfait, mais dépêche-toi. Il commence à faire sombre, et le ciel menace de nous tomber sur la tête. »
Un sourire effleure mes lèvres malgré moi. Victor s’inquiète toujours pour moi, et ça me touche, même si j’aimerais qu’il arrête de jouer le rôle du grand frère.
« Oh allez, avoue que tu es simplement impatient de célébrer ma victoire avec mon trophée de danse classique ! »
« Bien sûr ! Tu as travaillé si dur pour ça. Je suis fier de toi, et je sais que ta famille l’est aussi . »
Ses mots réchauffent mon coeur comme une douce mélodie.
« Merci.. A tout de suite, alors ! »
Je raccroche, remets mon téléphone dans ma poche et prends une grande inspiration. Mes cheveux noirs, longs et lisses, dansent légèrement sous la brise.
Je sors un élastique de mon sac pour les attacher.
Il faut que je sois prête pour ce moment spécial.
Alors que je continue mon chemin, je l’aperçois . Victor.
Grand, environ un mètre quatre-vingts, ses cheveux châtains ondulés flottant légèrement au vent. Dans sa main, un bouquet de roses blanches.
Il est élégant. Un vrai gentleman.
Mon cœur s’emballe tandis que je m’avance vers lui, partagée entre l’excitation et l’appréhension.
Il se retourne, ses yeux vert clair se posent sur moi, et il me sourit.
« Viviane... tu t’es fait désirer. » dit-il en me tendant le bouquet.
« C’est si magnifique, merci !» je murmure un sourire éclairant mon visage.
« Avec plaisir ! Tu veux monter dans la grande roue ? »
« Oui ! »
Je le suis, des papillons dans le ventre, Sa main effleure la mienne, et il finit par la prendre avec douceur. Une chaleur réconfortante m’envahit.
Nous montons dans la grande roue. Le silence s’installe, lourd de tension . Finalement, je brise ce calme pesant.
« Victor ? »
Il inspire profondément.
« Viviane... Je dois te dire quelque chose. »
Mais mon téléphone sonne
Merde, Pourquoi maintenant ?
« Attends une seconde, Victor, je dois répondre .»
Je décroche. Silence. Mon coeur se serre.
J’espère que ce n’est pas une mauvaise nouvelle concernant mon père.
Après quelques secondes interminables, je raccroche.
« C’était qui ? » demande Victor, fronçant légèrement les sourcils.
« Un numéro inconnu. Personne n’a parlé. J’ai cru que c’était mon père.... »
Son regard se fait plus grave. Il inspire, comme pour rassembler son courage.
« J’ai essayé de me taire. Pour toi, pour que tu puisses vivre ton rêve sans distraction. Mais..
Je n’y arrive plus. Je ressens quelque chose pour toi, depuis longtemps. »
Je reste figée. Son aveu est si inattendu que mes pensées s’entrechoquent. Mon cœur bat la chamade.
« Victor, euh... »
Mon téléphone sonne à nouveau. Je décroche et un frisson d’angoisse me parcourt.
Cette fois, c’est l’hôpital. Ma gorge se noue.
« Désolé, Victor, mais je dois partir. Mon père est dans un état critique. »
Je ne peux pas rester ici une seconde de plus.
Je quitte précipitamment la grande roue avant qu’elle ne démarre, laissant les bouquets derrière moi.
La pluie s’abat soudainement, ses gouttes glaciales frappant ma peau comme autant de petites aiguilles.
L’odeur métallique de l’orage emplit l’air, mêlée au parfum terreux du bitume mouillé. Autour de moi, la foule s’éparpille sous la pluie, mais je cours, insensible au chaos.
« Viviane ! » crie Victor, courant après moi sous la pluie battante.
Mais je ne m’arrête pas. Je cours, chaque seconde compte. Je réussis à prendre un taxi, le laissant derrière moi.
Après vingt-cinq minutes de route, qui m’ont paru une éternité, j’arrive enfin, le cœur lourd, je me précipite vers l’accueil.
« Bonjour, je voudrais voir mon père. Il est hospitalisé ici. Ambre Miller. »
L’infirmière consulte son écran et m’indique:
« Chambre 33, deuxième étage à gauche. »
Je traverse les couloirs, mon cœur battant la chamade. Une angoisse me serre sur la poitrine.
Et si c’était trop tard ?
J’arrive devant la porte entrouverte. J’hésite. Puis j’entre, le souffle court.
« Papa ? » Ma voix tremblante.
Il lève les yeux vers moi, une lueur de reconnaissance éclairant son visage fatigué.
Je m’approche, prends sa main dans la mienne.
« Viviane... retrouve là..» Souffle-t-il faiblement.
« Qui ? Qui dois-je retrouver ? »
Il ne finit pas sa phrase. Un dernier souffle s’échappe de ses lèvres avant qu’il ne s’éteigne.
Mon cœur se brise, et toutes les larmes que je retenais jaillissent comme un torrent inarrêtable.
Pourquoi n’ai-je pas pu le sauver ?
J’étais là, si proche, mais impuissante. Ce sentiment d’échec s’insinue comme un poison dans mes veines, transformant ma douleur en colère sourde.
« Vous êtes Viviane ? »
La voix d’une infirmière me sort de ma torpeur. Je lève les yeux vers elle, les joues baignées de larmes.
« Oui, c’est bien moi. »
Elle me tend une lettre, son visage grave et plein de compassion.
« Votre père m’a demandé de vous remettre ceci. »
Mes mains tremblent alors que je prends l’enveloppe. Mon coeur, déjà brisé, se serre encore davantage.
« Merci... » murmurai-je d’une voix à peine audible.
J’ouvre lentement la lettre. Les mots griffonnés à la hâte semblent hurler depuis la page:
Venge- moi !
Pourquoi ? De qui ?
Mon père, toujours si protecteur, m’a pourtant plongée dans un puits d’incertitude.
Avais-je seulement connu l’homme qu’il était réellement ?
La frustration et la colère bouillonnent en moi comme un volcan sur le point d’exploser. Je serre la lettre dans ma main, la mâchoire crispée.
Putain...
Je quitte l’hôpital, le poids de l’incompréhension et du deuil écrasant mes épaules.
De retour dans mon quartier de Pico-Union, un vide immense m’envahit.
J’ouvre la porte de la maison. Le silence y règne, oppressant, amplifié par l’absence criante de mon père.
Chaque mur, chaque meuble semble murmurer son souvenir.
Pourquoi m’as-tu abandonnée, papa ?
Mon regard se pose sur les photos de moi accrochées au mur.
Des clichés figés dans le temps, témoins d’un bonheur aujourd’hui évanoui.
Une rage sourde monte en moi. Dans un élan de désespoir, je frappe ces souvenirs de toutes mes forces.
Les verres éclatent sous l’impact, des éclats volent dans toutes les directions. Mais la douleur dans ma main n’est rien comparée à celle qui me ronge de l’intérieur.
C’est une douleur qui résonne avec chaque souvenir heureux que j’ai perdu, avec chaque moment que nous avons partagé.
Alors que je ramasse les morceaux brisés, une lettre pliée tombe du cadre d’une photo.
Mon cœur s’emballe.
Aurais-je jamais remarqué cette lettre si je n’avais pas tout détruit ?
Je la déplie avec précaution, mes mains tremblant d’appréhension.
Ma très chère Viviane
Si tu lis cette lettre, c’est que je ne suis plus de ce monde.
Il y a tant de choses que je t’ai cachées... et je suis désolé pour tout.
Si tu découvres certaines vérités sur ma vie , je t’en prie, ne laisse pas la haine t’envahir.
Après ma mort, ne reste pas ici; chaque coin te rappellera des souvenirs précieux, mais aussi douloureux.
Va à Puebla, La-bas, tu trouveras des réponses qui pourraient t’aider à venger ma mort.
Tu es en danger en restant à Pico-Union. Fuis pour que personne ne te retrouve.
Lorsque tu seras prête et que tu auras découvert ce qu’il te faut, reviens à Los Angeles pour venger ma mort avec la force de notre amour.
Je t’aime profondément, n’oublie jamais cela !
Je laisse échapper un soupir tremblant, les larmes coulant à nouveau. La lettre tombe de mes mains, et je me laisse tomber sur le canapé, accablée par un mélange de chagrin et d’incertitude.
Un fracas assourdissant déchire le silence. La porte vole en éclats, et deux hommes surgissent dans la pièce.
Je me plaque instinctivement contre le canapé, le cœur battant à tout rompre.
« Il n’y a rien ici » grogne l’un deux en renversant une lampe.
Un autre plus grand réplique avec impatience:
« Ambre Miller a tout effacé. Mais ça ne change rien, elle a dû lui dire ou elle cachait ce qu’on chercher. On va trouver sa fille. Elle ne pourra pas fuir longtemps. »
Je serre les dents. Mon instinct me crie de rester immobile, invisible. Finalement, leurs pas s’éloignent, et le silence revient.
Je sors de ma cachette et me précipite dans ma chambre. Chaque seconde me semble précieuse. J’attrape une valise et y fourre quelques affaires essentielles, ainsi qu’un peu d’argent.
Mon père avait raison : je suis en danger.
Je ne connais pas ma mère, mon père vient de mourir, et je n’ai pas de famille sur qui compter:
Je ne peux compter que sur moi-même.
Je voulais grimper plus haut, atteindre des sommets que j’avais toujours imaginés.
Chaque mouvement que j’ai appris, chaque pirouette exécutée avec grâce, chaque moment passé sur scène... Tout cela formait une vie que je croyais mienne.
Les heures d’entraînement dans la salle de danse, le cœur battant d’excitation avant chaque audition, étaient autant de promesses d’un avenir brillant.
Les lumières de la scène brillaient dans mon esprit comme des étoiles, et la danse était mon langage, ma façon de transformer mes émotions en art.
Être danseuse étoile n’était pas seulement un objectif ; c’était mon identité, ma raison d’être. Mais la réalité s’est imposée avec brutalité. Tout a changé.
Retrouver cette personne n’est pas seulement un acte de recherche, c’est aussi une promesse de justice. C’est accomplir la dernière volonté de mon père.
Mais est-ce que je suis capable de mener cette quête seule ?
Cette question résonne en boucle dans ma tête, comme un tambour battant, amplifiant mes doutes et mes craintes.
Soudain, mon téléphone sonne, brisant le silence. Mon coeur se serre. C’est Victor,
Je voudrais tant décrocher, lui expliquer la situation, et lui dire que je vais quitter le pays.
Mais je ne peux pas. Je ne sais pas si mon téléphone est surveillé. Laisser un message ou écrire une lettre ne ferait qu’attirer l’attention.
Je suis dans l’incertitude quant à ce dans quoi mon père s’était embarqué. Une chose est sur: je dois être prudente et protéger mes arrières.
Je comprends alors que je ne peux pas quitter le pays avec mon téléphone. C’est un risque trop grand.
Même une fois au Mexique, je sais que contacter quelqu’un de l’extérieur pourrait me mettre en danger.
L’idée de ne pas pouvoir parler avec Victor m’angoisse. J’ai tellement envie de lui confier ce que je traverse. Mais je suis piégée.
Je respire profondément et prends ma décision. Avec ma valise à la main je sors de ma chambre.
Chaque pièce de cette maison résonne encore des rires et des souvenirs passés.
Mais aujourd’hui, ces échos ne sont plus que des fantômes douloureux.
Chaque souvenir pèse lourdement sur mes épaules déjà accablées par le chagrin.
Je quitte cette maison qui respire désormais l’absence.
Quelques minutes plus tard, je suis à l’aéroport. Le poids des adieux invisibles m’écrase.
Je m’approche du guichet.
« Un billet pour le Mexique, s’il vous plaît. »
La caissière me tend mon ticket avec un sourire automatique.
La foule grouille autour de moi, mais je me sens étrangement seule. Los Angeles, ma maison, mes rêves de danseuse étoile... Tout me glisse entre les doigts.
Je serre mon ticket comme si c’était un bouclier contre ce monde inconnu qui m’attend.
Je prends une dernière inspiration avant de me diriger vers la porte d’embarquement.