IMPETUS

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Summary

Sur ordre des dieux-rois de Solir, Liztia, jeune provinciale n'a d'autre choix que d'épouser Damaàn, le fils bâtard du dieu Faos. Elle mise sur cette alliance et sur sa magie primordiale, l'Impetus, pour venger sa soeur et renverser le pouvoir corrompu des dieux. Hélas, elle devient rapidement le centre d'enjeux politiques qui lui échappent et la cible de manipulations d'envergure. Au sein de la cité et de la cour, Liztia peine à trouver des alliés, se heurte à une puissance magique développée et complexe, sans compter que son nouvel époux, un homme mystérieux et secret, pourrait bien jouer pour un autre camp. Mais lequel ?

Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue

— Ce serait un épouvantable gâchis, onéreux et inutile de surcroît, constata le prince Damaàn en conclusion de son exposé. Nous ne sommes plus en mesure de l’autoriser. Quoi qu’il en soit, je refuse de me plier à cette comédie.

Le silence était total. Aucun des conseillers présents n’osait contredire les maîtres des lieux. En face de lui, les quatre trônes où reposaient les quatre dieux. Leurs expressions différaient, affichant mépris, arrogance, amusement, indifférence.

Damaàn commençait à se détourner lorsque le dieu du feu fit frémir le sol de la salle d’audience. Il interrompit son mouvement, guettant les prémices du supplice sur son corps. L’atmosphère, soudain chargée d’électricité, crépita. La température augmentait petit à petit, et en réponse, la sueur perlait sur ses tempes et dans son cou. D’un revers de coude, il s’essuya.

— Damaàn ! vociféra Faos. Si tu pars, ce sera l’affront de trop !

Le visage fermé, sa mâchoire crispée à l’extrême, Damaàn contemplait son père céder à sa fureur. Son dossier toujours emprisonné sous son bras, il osa les quelques mètres qui le séparaient de lui et le déposa sur la console qui jouxtait son siège royal. Il ne le regardait plus, enfouissait en lui toutes les émotions négatives que l’échec de sa confrontation faisait bouillonner en lui. D'ailleurs, bien qu'il soit le seul à le savoir, la défaite n'était pas totale, une partie de la négociation avait tourné à son avantage. Il détendit alors ses épaules et expira, avec l'espoir d'avoir emmagasiné suffisamment de force pour ce qui allait suivre. Puis, d’une impulsion déterminée de son talon sur le sol, il pivota, tournant le dos à son géniteur.

La réaction de Faos ne se fit pas attendre. Tandis qu’il s’avançait vers la lourde porte, Damaàn sentit son dos chauffer, puis brûler. Un valet l’ouvrit promptement à son passage, il retint un cri. La douleur le consumait, affolait ses nerfs déboussolés par la violence de l’impact. De la fumée suintait de ses vêtements, une odeur de chair calcinée cognait contre ses narines. Sauf qu’il ne respirait pas. En apnée et malgré ses jambes flageolantes, il passa les gardes sans fléchir dans le couloir, puis les valets et serviteurs, les traits impassibles. Encore une galerie. A un moment, il vacilla, prit appui sur le mur, se redressa aussitôt. Ne rien montrer, ne jamais abandonner.

Il referma la porte de son appartement. Enfin seul. Tombant à genoux, il permit à ses poumons de se vider, son corps à s’affaisser, ses lèvres à échapper un gémissement. La souffrance l’enveloppait d’un carcan soudé qui ne le quittait plus. Après quelques minutes, il se reprit, se releva et sonna son valet d’un doigt résolu.

L’homme, à l’affût derrière la porte, ne prit que quelques secondes pour apparaître. Sa livrée était simple, sans fioriture, contrairement aux serviteurs des dieux qui revêtaient des compositions différentes chaque jour, selon les fantaisies de leurs maîtres.

— Veuillez avoir l’amabilité de descendre vous procurer un onguent contre les brûlures, Silvio. Voici de quoi l’acheter.

Un ordre enveloppé de politesse froide, sa marque de fabrique. Il ne connaissait pas d’autres langages.

Silvio parti, il se précipita à la fenêtre et l’ouvrit. Là, il se dévêtit, déboucla sa ceinture et retira sa tunique, à la recherche d’une brise légère sur sa peau brûlée. Les colères de Faos étaient devenues légendaires, il soupçonnait même les nobles et les courtisans de venir si nombreux aux audiences pour jouir du spectacle qu’elles offraient ainsi dirigées contre lui. Le père contre le fils. Le dieu-roi contre le bâtard sans-pouvoir. Aux yeux de ses pairs, il n’était qu’une anomalie. Ils ne l’écoutaient même pas, se contentaient de le regarder tenir tête à leur Maître absolu. Et de le voir, lui, à l’agonie.

Mais invaincu.