Quand la vérité fuit

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Summary

Estelle, une étudiante qui peine à joindre les deux bouts, voit enfin une lueur d’espoir lorsqu’elle décroche un job de dogsitter chez les Haillet. Son rôle est simple : s’occuper du chiot de la famille. Pourtant, à chaque visite, elle ne peut s'empêcher de fixer la chambre fermée à l'étage, celle de Célia, mystérieusement absente. Intriguée par cette pièce et par l’absence de la jeune femme, Estelle se lance dans une enquête discrète pour découvrir qui est Célia. À mesure qu’elle s’immisce dans la vie du couple Haillet, Estelle tisse des liens avec Julien Haillet. Peu à peu, elle tombe sous son charme, mais plus elle s’approche de Julien, plus les mystères autour de la chambre fermée se font oppressants.

Status
Complete
Chapters
32
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

1



J’ai vraiment besoin d’argent. Mes parents, ces salopards, ont décidé de me couper les vivres le jour de mes dix-huit ans, il y a un mois. Faut-il préciser que je ne m’entends pas du tout avec eux ? Donc, j’ai besoin de pognons. Parce que toutes mes économies, et autant dire que je n’en ai pas tellement, ont été dans l’appartement étudiant que je venais de me payer. Un appartement du Crous, pas terrible. Il est délabré, plein de moisissures, sale, mais j’ai au moins un toit sur la tête. Pour combien de temps ? Pas longtemps si je ne trouve pas un travail d’urgence.

Je postule à tout et n’importe quoi. Vente, restauration, femme de ménage… Mais au vu de mon manque d’expérience, je n’obtiens que peu d’entretiens et ça ne va jamais plus loin. À chaque fois, ça coince à la question « Pourquoi vous et pas un autre ? » Qu’est-ce que j’en sais ? Je n’ai aucune expérience professionnelle et je n’ai pas encore de diplômes, hormis le baccalauréat qui est devenu obsolète. Pourquoi moi ? Parce que je suis désespérée, et surtout motivée à mettre les mains dans la merde s’il le faut pour avoir un salaire.

Je suis franchement dans la merde. La seule chose qui me fait tenir est ma sœur, Judith. Plus jeune que moi, elle vit encore chez nos parents et agit comme une espionne. Ce soir-là, dans mon appartement miteux, je lui téléphone en me disant que, bientôt, je n’aurais plus les moyens de me payer mon forfait téléphonique non plus. Elle décroche, je n’ai même pas le temps d’ouvrir la bouche qu’elle me coupe la chique.

— Estelle ! Maman a dit qu’elle était désespérée que tu ne trouves pas de travail. Que bientôt, tu serais à la rue.

Ça me fait une belle jambe. Ce que peut dire ma mère m’importe peu. J’ai appris à mesure de l’âge que quoi que je fasse, elle aurait des choses à redire. Alors…

— C’est bien. J’en suis ravie.

— Ne l’écoute pas. Je sais que tu trouveras un travail.

— Comment ? J’ai ni piston, ni argent, ni rien…

— Tu trouveras.

J’ai beau essayer de m’en convaincre, je n’y crois plus. Je me vois déjà vivre dehors, en plein hiver, sous un carton, où je me ferais violer par le premier type venu. Non… Ça ne peut pas se passer comme ça. Je dois trouver un travail, n’importe lequel. Par pitié.

Peut-être que Dieu existe et qu’il m’a entendue, parce qu’à ce moment-là, j’ai un coup de fil pour un entretien d’embauche. Je le sais, parce qu’il est dix-neuf heures, que le numéro est inconnu et qu’il commence bien par un 06.

— Je te laisse, j’ai un appel.

Je raccroche précipitamment pour répondre au double appel. J’entends un souffle derrière le téléphone, froid, profond, je crois à une mauvaise blague tant le silence s’éternise. Bon sang, qui s’amuse à me faire flipper ? J’allais raccrocher, sans dire un mot parce qu’il ne faut pas déconner, quand une voix sèche et grave retentit :

— Mademoiselle Mossé ? Estelle Mossé ?

J’hésite. La plaisanterie a assez duré. Je commence à paniquer sérieusement quand je me rappelle que je suis franchement désespérée et prête à tout pour trouver un job étudiant. Parce que si c’est bien un recruteur à l’autre bout du fil et que je lui raccroche au nez, j’aurais l’air de quoi ?

— Oui ?

— Je vous appelle concernant votre candidature.

J’ai postulé à tellement d’emplois que je n’ai aucune idée de ce dont il me parle. Restaurant ? Hôtel ? Qu’est-ce que ça peut bien être ? Mais avant que je dise quoi que ce soit, il reprend la parole comme s’il lit dans mes pensées.

— Êtes-vous toujours intéressée par le poste de dogsitter ?

Oh mon Dieu ! Il existe vraiment ! Le poste de dogsitter dont il parle est le poste. Le job de mes rêves. S’occuper de chiens durant mon temps libre, ces adorables toutous qui nous vouent fidélité jusqu’à la mort. Et surtout : c’est pour une famille de riches. Et autant vous dire que c’est payé une fortune. Vingt-quatre euros de l’heure. Je n’en crois pas mes oreilles. J’étais tellement persuadée de ne pas être prise que j’avais totalement oublié que j’avais postulé. Mais voilà qu’une offre se présente à moi.

— Oui. Oui ! Bien sûr.

L’homme derrière le téléphone est bref, il me répond l’adresse où venir pour l’entretien puis raccroche sans rien ajouter. Encore mieux, des employeurs qui ne me tapent pas la discussion ! Je pourrais faire mon travail dans mon coin et rentrer chez moi en toute sérénité. Je suis tellement heureuse que je veux rappeler ma sœur, mais je me ravise. Et si ça me porte la poisse ? Je devais mettre toutes mes chances de mon côté.