Lettre n°1
♚"Les objets sont des miroirs qui reflètent les âmes de ceux qui les ont possédés."♚- Anonyme
"Il y a des choses que les gens ne comprennent pas toujours. L'une de ces choses, c'est ma fascination pour les brocantes. Les objets usés par le temps, qui ont vu des vies se croiser, des mains les saisir, des secrets les imprégner, ont toujours exercé sur moi une étrange attraction. Mais ce que je préfère par-dessus tout, ce sont ceux qui semblent posséder une histoire, une légende prête à ressurgir, comme une vieille poussière qui prend soudain vie dans l'air. C'est comme si ces objets étaient les témoins silencieux de quelque chose que je ne pouvais pas encore comprendre.
Je me souviens de ma première brocante, quand j'étais toute petite, en vacances avec mes parents. C'était une petite foire qui se tenait sur la place du village, un rassemblement pittoresque de marchands. Tout autour, des étals débordaient de livres déchirés, de porcelaines craquelées, de montres aux bracelets usés. Mais ce qui m'avait vraiment captivée, c'était une boîte en bois sculptée, posée dans un coin. Elle semblait m'attendre. Et je l'avais prise dans mes mains, sans comprendre pourquoi. Cette boîte m'avait murmuré une promesse, une promesse de mystère.
Depuis ce jour, ma passion pour les brocantes n'a cessé de grandir. Mais je ne suis pas comme les autres collectionneurs. Je ne cherche pas juste des objets anciens ou des pièces rares. Non, je recherche avant tout des objets avec une âme, des objets capables de me raconter des histoires et de réveiller les rêves.
Un après-midi d'automne, j'avais pris mon vélo et parcouru les petites rues de la ville jusqu'à un marché aux puces qui se tenait dans un vieux hangar. Il ne faisait pas vraiment froid, et le soleil tentait de percer les nuages. Les allées étaient bondées de gens cherchant les bonnes affaires. Je n'étais pas là pour ça. Je me dirigeais directement vers le coin où les objets semblaient avoir vécu plus longtemps que leurs propriétaires. C'était là que mes yeux furent ravis ; j'avais trouvé une malle. Une malle en métal, couverte de rouille, mais dont les poignées en cuir semblaient encore solides. C'était une malle imposante, presque hors de proportion par rapport à ce que l'on trouve d'habitude dans ce genre d'endroit.
Elle était lourde, et un peu poussiéreuse, mais il y avait quelque chose dans son aspect qui me donnait une sensation de... profondeur. Un vertige, presque. Je l'ai touchée avec précaution, comme si elle pouvait se briser sous mes doigts. Le marchand m'a vue hésiter, et d'un ton blasé m'a dit :
« C'est une malle vide, qui appartenait à des membres de ma famille qui ont vécu pendant la guerre. Vous la voulez ? De toute façon elle n'intéresse personne.
Mais ce n'était pas son histoire que je voulais. Non, c'était la sienne, à la malle. Je la voulais. Je l'ouvris lentement. Effectivement, elle était vide. Mais qu'est ce qui pouvait peser autant de poids ? De toute façon, je me fichais bien de savoir ce qui aurait pu être rangé à l'intérieur. Et plus je la regardais, plus je savais qu'elle me raconterait quelque chose.
J'ai payé une somme modique et l'ai emportée chez moi. Le bruit de la malle qui tapait contre le porte-bagages de mon vélo résonnait dans la rue vide, un écho que je n'arrivais pas à ignorer. Elle semblait me murmurer quelque chose à l'oreille, mais j'étais trop concentrée sur mon objectif pour m'en inquiéter. Une fois à la maison, je l'ai placée dans mon appartement, dans un coin de mon salon où la lumière passait juste assez pour l'éclairer sans la rendre trop évidente.
C'est là que tout a commencé.
Les rêves. Les premiers rêves lors du premier soir où je la possédais.
Des images floues, des scènes de guerre, des uniformes, des visages inconnus. Et surtout, un regard. Un regard d'un homme, profond, intense, comme s'il cherchait quelque chose, ou quelqu'un. Chaque nuit, le même visage, le même regard de plus en plus clair. Je me suis retrouvée à me lever au milieu de la nuit, toute tremblante, comme si quelque chose venait de se glisser sous ma peau. Presque aussitôt, j'entendais des bruits de pas incessants dans le séjour, alors que je vivais seule dans mon appartement. Et lorsque j'allumais la lumière de mon salon en lançant un "Qui est là ?", je pus apercevoir que le loquet de la malle était levé.
Le lendemain, j'étais prête à aller rendre la malle. Pourtant, me séparer de cet objet si ancien et magnifique me déchirait le coeur. J'allais partir lorsque je me souvins de la veille ; le loquet levé ! Je m'approche avec précaution, comme si un animal sauvage allait me sauter à la figure. En ouvrant la malle, j'ai trouvé une pile de lettres soigneusement rangées, jaunies par le temps. Qui pouvait bien les avoir déposé là ? Elles étaient écrites à la main, avec une calligraphie soignée, mais la première m'a frappé, comme si les mots eux-mêmes m'étaient adressés. L'écriture était étrange, élégante, mais avec une touche de nervosité, une énergie contenue. Une signature à la fin : Adrian. C'était un nom que je n'avais jamais vu, mais il résonnait dans ma tête comme une note suspendue, comme si je l'avais toujours connu.
Le destin s'était joué de moi. Ce nom... Adrian... Qui était-il ?
Mais au fond, je savais que ce n'était pas juste un jeu. Ces objets, ces lettres, étaient bien plus que des vestiges d'un passé oublié. Ils étaient une porte ouverte vers quelque chose que je n'étais pas prête à comprendre. Pourtant, je ne pouvais pas m'arrêter là.
Je devais savoir.
C'était comme un appel irrésistible. Au moment où j'allais je me résigner à jeter les lettres à la poubelle et ramener le coffre à son propriétaire, je fis un choix qui allait changer ma vie à jamais.
Je devais retrouver Adrian.
Mais était-ce vraiment lui qui me cherchait, ou moi qui cherchais quelque chose d'autre ? C'était là toute la question, et je n'étais pas prête à en connaître la réponse. Pas encore.
Et c'est ainsi que, sans le savoir, j'ai commencé à franchir les portes du passé, avec une malle, un regard, et une histoire qui allait me hanter pour toujours.
Je m'appelle Oneira TOMBSOIR, et j'ai 23 ans."
Lettre première, rédigée par Oneira TOMBSOIR, relatant son ressenti sur la situation.