1 – Éveil
Je me réveillai lentement avec l’horrible sensation d’avoir été renversé par un bus. Tout mon organisme était au supplice et j’avais une nausée persistante. Je tentai un mouvement pour me redresser un peu, en m’imaginant vomir rapidement tellement la sensation était forte.
Malgré l’état semi-comateux qui m’étourdissait, je me rendis bien vite compte qu’il m’était impossible de bouger, tout comme de respirer normalement. Mes membres et mon torse étaient maintenus par des sangles à la couchette que j’occupais. J’arrivai à lorgner vers celles qui retenaient mes bras : de couleur noire, elles semblaient larges et solides. En plus, quelque chose d’envahissant obstruait ma bouche et ma gorge, m’étouffant sans que je puisse comprendre ce qui se passait.
Je tentai de ne pas céder à la panique, essayant d’avaler l’air le plus doucement possible et du mieux que je pouvais, repoussant un haut-le-cœur. Le constat était flagrant : mon oxygène ne passait plus par mon nez, mais bien par cette sorte d’intubation. Je tournai la tête au maximum, mes capacités de rotation étant amoindries par l’oppression de mon cou. Je grimaçai sous l’élancement provoqué par ce simple mouvement.
Je ne me rappelai pas avoir eu le moindre accident. Pire encore, j’étais certain d’avoir pris un taxi qui avait roulé à la vitesse d’un escargot pour rentrer chez moi après avoir fêté un anniversaire…
C’était bien ça : les souvenirs me revenaient. J’avais passé la soirée au bar avec mes amis de début de cycle de master – soit la quatrième année d’université – que je connaissais depuis le début de l’année. Nous nous étions connus sur les bancs de la fac à un cours magistral extrêmement ennuyeux. À force de se faire des signes stupides pour tromper notre lassitude, nous avions sympathisé. Ils étaient devenus mes tous premiers potes dans la ville où je venais d’emménager. Je fus pris d’un vertige alors que tout se remettait en place, dont le contexte de mon déménagement.
J’avais eu du mal à faire accepter à mes parents un départ dans une ville à l’autre bout de la France pour pouvoir décrocher un diplôme qui m’intéressait. Enfin, qui m’intéressait… Je n’avais aucune passion pour le génie civil, mais j’avais un peu d’intérêt pour la transition écologique, alors je m’étais lancé. Mon père et ma mère avaient décidé pour moi ce dans quoi je devais étudier, décrétant que je serais utile à mon père qui possédait une entreprise d’architectes renommée dans notre ville.
Je touchai au but, me remémorant les détails de la veille : ce soir-là, mes potes étaient défoncés aux cocktails, tandis que j’avais à peine touché aux boissons alcoolisées. Je ne buvais généralement pas. L’alcool ne m’attirait pas plus que les fêtes. Mon truc, c’était les livres, assis au fond d’un fauteuil avec une boisson chaude. J’avais hâte de commencer le prochain, d’ailleurs. Je gardais le peu d’argent que j’avais pour acheter d’occasion de la fantasy ou quelques mangas, que je dévorais une fois mon travail scolaire terminé.
Pour en revenir à la soirée, je me souvenais encore d’avoir payé le chauffeur d’une somme exorbitante, râlant intérieurement, car personne ne pouvait décemment me ramener, étant tous trop saouls. Cela avait réduit le budget pour les livres… Je m’étais retrouvé à une centaine de mètres de l’immeuble étudiant où j’avais eu la chance de dénicher un petit studio meublé à un prix plus que raisonnable, ce qui avait rassuré mon père. Oui, je parle du prix, pas du fait que j’étais à l’abri. Je faisais ce que ma famille attendait de moi : il n’aimait pas l’idée de la colocation et m’avait promis de payer le loyer, tant que je ne dépassais pas un certain montant.
J’avais trouvé ce que je cherchais dans une annonce et visité l’endroit à la hâte en traversant le pays en train. Il convenait, même si le quartier ne semblait pas très sûr.
En outre, l’immeuble était assez éloigné du centre-ville, et les bus ou les taxis me déposaient toujours en bas de la petite colline, au bout de ma longue rue qui montait vers le sommet. Cela impliquait une belle trotte à pied, et il me fallait bien quinze minutes pénibles en montée pour atteindre mon appartement, sans compter les quatre étages sans ascenseur.
Le taxi m’avait donc déposé au plus près, mais refusait d’entrer dans le quartier qu’il jugeait mal famé. Il n’avait pas tort… Je l’avais remercié et m’étais engouffré dans la rue en pente en fermant mon blouson pour parer la fraicheur et en enfonçant la tête dans son col pour faire profil bas.
La lumière clignotante du lampadaire de la voirie me faisait flipper chaque soir où je sortais et rentrais à pied, ce qui arrivait de plus en plus régulièrement depuis mon arrivée dans ce quartier, le soleil se couchant plus tôt chaque jour. Elle n’avait jamais été réparée, malgré mon signalement à la mairie. Je priais pour qu’ils s’en occupent en accrochant les décorations lumineuses de Noël, mais installaient-ils seulement des guirlandes dans ce quartier ?
Le soir de l’anniversaire d’Emma, je m’étais dépêché d’arpenter la courte distance qui séparait mon point de chute de mon immeuble. Je suis arrivé dans la zone sombre où la lumière faisait défaut… clic, le noir… clic, la lumière… clic, le noir… Merde, c’est là que j’avais été kidnappé. Ce foutu réverbère était vraiment fourbe. Je n’étais donc pas à l’hôpital…
L’endroit où je me trouvai ne m’aidait pas à retrouver un peu de clarté, alors que je cherchai à comprendre ce qui s’était réellement passé à quelques pas de chez moi. Le reste était flou, un enchevêtrement de souvenirs et de détails incohérents. Mes yeux se posaient sur les lieux, tentant de donner un sens à ce qui m’entourait.
Des appareils électroniques, ronds et lumineux, avec des touches nombreuses et rétro-éclairées, ainsi que des consoles aux lueurs faibles, éclairaient doucement la pièce plongée dans l’obscurité. Des tuyaux serpentaient, certains menant jusqu’à mon point d’attache — je n’avais d’autre choix que de pratiquer l’ironie pour éviter de sombrer dans la folie — et d’autres se dirigeaient vers des sièges alentours… Ils transportaient un fluide phosphorescent verdâtre, parsemé de petites bulles, sur lesquelles je laissais mon regard se poser, dans l’espoir de me calmer.
Plus je tentai de comprendre ce qu’il m’arrivait, plus des scénarios absurdes surgissaient, faisant battre mon cœur à tout rompre dans ma poitrine.
Finalement, je lâchai des yeux l’air circulant dans le liquide aux nuances vertes pour me concentrer sur la situation globale.
En plissant les paupières pour m’habituer à nouveau à la pénombre, la vision néanmoins brouillée par les courbatures de mon corps, je finis par me rendre compte que je n’étais pas seul. Plus loin, des silhouettes humanoïdes semblaient scellées aux autres couchettes ergonomiques sur pied. Le réseau luminescent charrié par les conduites semblait pénétrer au niveau du bas-tronc de ces autres personnes.
Il n’y avait pas un bruit, à part le ronronnement des machines. Je n’avais pas froid, mais un frisson parcourut mon échine. Avais-je aussi quelque chose d’accroché à moi dans cette zone ? Qui étaient ces gens ? Incapable de garder mon calme plus longtemps, je tentai de me débattre pour arracher tout ce qui me retenait.
Un bruit s’éleva de la console non loin de moi qui me fit penser à une alerte. Je redoublai d’efforts et me concentrai pour libérer au moins un poignet : peine perdue. J’aurais voulu hurler, mais aucun son ne sortit. Lorsque des pas résonnèrent soudain tout près de moi, je n’eus pas le temps de tourner la tête pour vérifier leur origine. Une pression sur mon épaule et je sombrai dans un sommeil illogique et désagréable.
Des voix graves. Elles conversaient, mais en quelle langue était-ce ? J’émergeai, mais j’avais du mal à sortir complètement de ce coma. Mes paupières étaient scellées et lourdes, mon esprit embrumé. J’avais l’impression d’avoir été drogué. J’avais du mal à savoir si j’étais trop groggy ou si ce langage m’était réellement inconnu… Les voix qui discutaient semblaient être celles de deux personnes au moins. Un effort de concentration considérable me fut nécessaire, ce qui m’épuisa, mon énergie drainée. Bon sang, que j’avais mal partout ! Cet état vrillait ma santé mentale. De ces paroles atones, je distinguai des phrases courtes, probablement des assentiments, et j’eus l’impression qu’un d’eux donnait des ordres.
Soudain, on m’attrapa la nuque et j’ouvris les yeux en sursaut. Simultanément, je sentis un engin fin et oblong remonter le long de mes organes, glissant et me déchirant l’œsophage et la trachée jusqu’à ma gorge et ma langue. Positionnée dans mon champ de vision, une personne étrange retirait l’objet d’un geste sec et cuisant, me faisant voir des étoiles. Elle termina de tirer vigoureusement sur la sonde, qui sortit enfin de ma bouche. La douleur me vrilla le haut du corps et je repris mon souffle en inspirant bruyamment. L’individu me fixait de ses iris jaunes entourés de sclères sombres, presque noires. Pourquoi son blanc d’œil était-il gris foncé ?
Cette personne semblait sûrement de sexe masculin, mais un doute persistait. Un être pareil ne pouvait pas exister, rien dans ce que je percevais n’avait de logique ! Sa peau, d’un gris mat, évoquait l’ardoise sous la lumière incertaine de ce laboratoire et était dépourvue de toute nuance de rose. Les traits de son visage, qui approchaient la perfection de ceux des portraits dessinés par les artistes coréens de mangas, étaient accentués par des lèvres sombres et ourlées qui se fendaient d’un rictus sarcastique, comme si mon étonnement l’amusait profondément. Sa figure émaciée et androgyne, rehaussée de longues oreilles en pointe, était entourée de longs cheveux tressés d’un gris plus soutenu que son visage. Tout ce qu’il portait, des bijoux aux vêtements brodés, me faisait douter de son genre. Il prononça une courte phrase qui semblait m’être adressée. Cette fois, ses mots, bien que teintés d’un accent prononcé, étaient clairs. En parlant, il écarta légèrement ses lèvres, dévoilant des crocs à peine visibles, qui n’auraient pas eu à faire envier un de ces vampires que j’aimais regarder à la télévision. J’aurais aimé ironiser sur sa ressemblance avec Damon Salvatore si je n’avais pas eu aussi mal. Une vague d’émotion, mêlée de douleur, m’envahitet je sentis un voile sombre assombrir ma vision, signe avant-coureur d’un évanouissement imminent.
— Quiet little one.
Calme-toi mon petit.
Et c’était pourtant là la chose que j’aurais aimé pouvoir faire…
Je luttai, mais ne pus rester conscient qu’une minute supplémentaire. Dans une amère succession de vertiges et de déchirements cuisants qui brûlaient tout le long de mon œsophage, mon corps ne tenait pas. J’inspirai brutalement, la trachée libérée. Se débattre ne servait à rien, pourtant je paniquai en tremblant. Je n’arrêtais pas d’abréger mes tentatives de rester éveillé en expirant trop fort : cette torture intérieure, à vif après l’extraction du tuyau, faisait vaciller dangereusement mon ancre à la réalité tant le supplice était intense. Je me noyais un peu plus dans cette vision insoutenable, m’accrochant aux iris d’ambre jaune qui ne cillaient pas, sans pupille, et auxquels je me rattachais comme à une bouée onirique, tout en glissant vers l’inconscient.
Une alarme. Le bruit y ressemblait vraiment. J’ouvris les yeux en sursaut, le cœur battant trop vite, le souffle court. J’étais toujours allongé sur ce brancard, mais à l’instant où le bruit avait éclaté, les verrous qui maintenaient mes membres et mon tronc s’étaient déverrouillés, me surprenant et me réveillant totalement, alerte.
Je tournai la tête pour comprendre ce qu’il se passait, tandis qu’une lumière rouge pulsait. Ce n’était pas le moment de m’attarder. J’étais enfin désincarcéré, il fallait que je parte ! Je vis autour de moi que la plupart des chaises longues où j’avais vu d’autres personnes étaient vides, mais quelques hommes comme moi tentaient de se relever dans la panique. Tout le monde avait été libéré, semblait-il. J’entraperçus mes mains pour la première fois alors que je m’agitai : elles étaient étranges et griffues, sans ongle, en tout cas de ce que j’en distinguai dans ce chaos de lumière rouge puis d’ombre alternées et dans la précipitation. Malheureusement, je n’avais pas le temps de m’en préoccuper maintenant.
Je tentai un mouvement pour me lever, mais mes membres étaient engourdis après avoir été tant de temps liés à mon siège : je me vautrai sur le sol. Je ne me fis heureusement pas trop mal. Le drap qui était sous moi jusqu’à maintenant suivit mon mouvement et retomba mollement sur mon corps.
Conjointement, un fracas sec d’une porte brisée éclata, suivi de pas précipités et de hurlements. Les cris déformés s’entremêlèrent aux claquements secs de ce qui semblaient être des armes blanches, puis des râles de douleur retentirent parmi les craquements d’os brisés et les gargouillis bouillonnants, se mêlant dans un chaos oppressant. Des bruits sourds d’objets lourds tombant au sol, certainement des corps, ponctués de râles étouffés, me firent comprendre le pire.
Je me plaquai sur le sol, sidéré de terreur. Une victime voisine hurla sous l’impact mortel de l’assaut, puis fut projetée sur moi, coquille désormais vide de souffle. Son sang se mit à couler sur ma peau à travers le drap, et j’eus du mal à retenir un éclat de voix. J’allais mourir dans un lieu inconnu, après une séquestration cruelle par ces… humanoïdes ? Mon dieu, comment appelait-on un humain qui ressemblait aux elfes des légendes, avec des crocs et des yeux fantasmagoriques ?
Écrasé sous ce corps mort, recouvert de sang qui n’était pas le mien, sans trop d’espoir de survivre, je fermais les yeux en priant un dieu auquel je n’avais jamais cru et qui semblait être ma dernière ancre pour ne pas devenir fou.
Les cris et les rugissements s’espacèrent, tandis qu’un de ces assassins s’exprima dans sa langue incompréhensible. Ils semblaient passer leurs armes blanches à travers les corps, créant un étrange mélange de bruits tirés d’un film fantastique ou d’horreur, et franchement, je me serais bien passé de ce cliquetis et de ces derniers râles. Je repassai ma vie devant les yeux, certain de ne pas avoir assez vécu pour mourir aujourd’hui, amer et tourmenté. Mais ses bruits de pas s’éloignèrent, quittant la pièce. Ce fut le silence. Je n’osais plus bouger.
Un temps interminable passa. La lumière avait enfin cessé son clignotement infernal, et l’alarme s’était tue. Mon ventre se tordait de faim, signe que plusieurs heures avaient dû s’écouler. La pénombre semblait vouloir s’insinuer dans ma chair dans une tangibilité poisseuse qui n’était sans doute que dans mon esprit. Je me décidai à bouger, tremblant, sortis ma tête du drap souillé et repoussai lentement le corps semi-rigide de l’homme sur moi, le plus silencieusement possible, avant de passer grossièrement le drap sur lui sans le regarder.
Une faible lueur semblait venir d’un moniteur en hauteur, quelques boutons techniques et technologiques contrastant avec ce que j’avais vu de ces créatures humanoïdes et fantastiques. Mon corps tremblait encore, et je me redressai avec précaution sur mes avant-bras, terrorisé à l’idée que quelqu’un entre et me fasse passer de vie à trépas. Je tentai de passer à quatre pattes : j’en étais incapable. Ce n’était pas que mes jambes ne répondaient plus, c’était juste que quelque chose sortait de moi, là, entre mes jambes… Et je n’avais pas la force de plaisanter à ce stade. Un tuyau long et métallique, composé de pièces flexibles comme la peau d’un serpent, brillait faiblement sous la lueur de la console, me reliant à elle.
Ce n’était pas que mes jambes ne répondaient plus, c’était juste que quelque chose sortait de moi, là, entre mes jambes… Et à ce stade, je n’avais pas la force de plaisanter. Un tuyau long et métallique, composé de pièces flexibles comme la peau d’un serpent, brillait faiblement sous la lueur de la console, me reliant à elle. Et là, seul, dans cet abîme d’absurdité, je me retrouvai à vivre mon propre moment de solitude.
Je tentai de ne pas paniquer, car l’envie me démangeait de tirer sur ce serpent de métal pour le faire sortir de … aaaaah ! Y penser me donna la nausée. Mais j’étais en vie et ce n’était pas le moment de faire quelque chose d’inconsidéré et de causer une hémorragie mortelle. J’observai les touches encore illuminées, et la solution m’apparut soudain évidente : je devais trouver où appuyer. Le gros bouton en bas à droite portait un dessin, un alphabet ou un mot nettement plus simple que les autres. Si je le pressais, que se passerait-il ? Était-ce une bonne idée ? Cela déclencherait-il une alarme ou mettrait-il ma vie en danger ?
Cependant, je ne pouvais pas rester là, inactif, vivant en symbiose avec une machine, attendant le retour des assassins. Mes doigts s’approchèrent du bouton, et je frémis de nouveau en remarquant la singularité de mes phalanges. Malgré l’hésitation, je me résolus à l’action. À la seconde même, je ressentis une décompression profonde au fond de moi, suivie d’un relâchement de mes tissus internes. L’effet immédiat fut de confirmer ce que je redoutais : si j’avais tiré avant, j’aurais risqué ma vie. Mes intestins et mon rectum réagirent, spasmes douloureux à l’appui ; il me fallait expulser ce serpent métallique hors de moi. Malgré les étourdissements de la souffrance, je tirai lentement et finis par le faire sortir. Je m’écroulai sur moi-même, me repliant en position fœtale.
Quelle que soit la transformation que mon corps ait subie, ou quel que soit mon avenir, j’étais vivant. J’étais putain de vivant ! La puanteur ferreuse du sang, nauséabonde, m’écœurait, mais me rappelait aussi que personne ici n’avait eu la chance de rester en vie. Il était temps de marcher en avant, de faire de cette survie un succès définitif.
Sortir de là. Rester en vie.
Je me mis à quatre pattes, conscient de ne pas avoir la force de marcher après tout ce temps attaché. Un mouvement après l’autre, je parvins jusqu’à la porte défoncée, puis suivis un couloir, me dirigeant instinctivement vers la droite, d’où un courant d’air me parvenait. Des escaliers apparurent, que je gravis péniblement sur mes quatre membres, faisant des pauses répétées pour reprendre mon souffle. Chaque mouvement réveillait la douleur dans mes muscles, mais je ne m’arrêtais pas. Au détour d’un angle, j’entrevis la lumière du jour.
À l’étage du dessus, des fenêtres laissant passer la lumière m’indiquèrent que j’étais bien arrivé cette fois sur un palier donnant sur l’extérieur. Je passai près de plusieurs cadavres de ces êtres non humains gisant sur le sol. Ils ne s’étaient donc pas acharnés spécifiquement sur nous. C’était un conflit dont nous, les prisonniers, étions devenus des victimes supplémentaires.
J’avais un mal de chien au postérieur et, étant nu, je tâtai la zone, espérant qu’il n’y ait pas de sang. Le liquide provenant de cette zone était bleu translucide… Rien de vital normalement, en tout cas je le présumai.
Je m’appuyai contre le mur, me laissant glisser en position assise, et observai l’un d’entre eux, toujours sidéré par leur apparence. Devant moi, le cadavre était là, ses étranges pupilles ouvertes et figées. Une mare de sang sombre et visqueux s’étendait sous lui. En y regardant de plus près, je remarquai que ce n’était pas du rouge foncé, mais du bleu. Je me rappelai alors mes cours de biologie, où l’on m’avait appris que le carmin du sang teintait la peau en rose : c’était sans doute ce qui expliquait les nuances grises de son épiderme. Avec difficulté, j’ôtai l’espèce de pantalon d’aïkido du défunt et l’enfilai, couvrant un peu ma nudité. J’aurais aimé faire plus, mais la fatigue me saisissait, et tous ces efforts me donnaient le tournis.