Chapitre 1
_« Et bien je choisis... Le duc Carlisle Haven. »
La famille royale et les nobles furent choqués par la réponse de la jeune femme qui s'agenouilla devant l'empereur. Le silence s'installa dans la salle où ils étaient réunis.
Tout le monde se demandait s'il y avait un autre duc Carlisle Haven que celui qu'elle venait de citer.
_« Quoi, qu'avez-vous dit ? Qui ? »
L'empereur n'en crut pas ses oreilles et réitéra sa question.
En récompense de sa victoire, il avait proposé à la femme de lui laisser le choix de son conjoint et lui avait dit de choisir n'importe lequel des nobles, mais sa réponse était tout à fait inattendue.
Mais la réponse de la femme, Asha Pervaz, n'a pas changé.
_« Comme Votre Majesté l'a demandé, j'ai choisi le noble le plus haut placé parmi les célibataires éligibles. »
Elle n'avait pas tort.
Le prince Carlisle, qui avait récemment été déchu de son titre de prince héritier et n'était plus membre de la famille impériale, devint le « duc Carlisle Haven », un célibataire » ayant le rang le plus élevé sur la liste des nobles.
Les regards se tournèrent naturellement vers Carlisle.
Ce dernier, qui s'était assis d'un air ennuyé, regardait Asha avec des yeux si féroces qu'ils pouvaient brûler quelqu'un.
_« À présent, même cette choses insignifiantes veut s'emparent de moi. »
Au moment où il laissa échapper un soupir froid, tout le monde dans la salle en fut convaincu.
Cette femme, va mourir ici aujourd'hui.
Cependant, même dans l'atmosphère glacée, Asha parla sans faiblir.
_« Si vous refusez, la famille devra payer une pension alimentaire. »
Tel en était le point essentiel.
Le visage de l'empereur devint pâle.
Puisque le duc de Haven n'existait pas encore, la famille qui devait payer la pension alimentaire pour le refus de Carlisle de se marier était la famille Evaristo, la famille impériale.
Et alors que Carlisle regardait la scène, son humeur changea immédiatement.
_« Haha ! »
Il semblait de bonne humeur et éclata même de rire.
_« Hahahaha ! »
S'en était presque grotesque, seul le rire de Carlisle résonnant dans la salle silencieuse.
Carlisle éclatant de rire, l'Empereur le regarda avec des yeux exorbités comme s'ils allaient sortir, l'Impératrice et ses enfants affichairent des expressions surprises, pendant que les nobles reprenairent lentement de la couleur en observant la famille impériale, et même Asha Pervaz, qui était la seule à
avoir une expression calme, regardait le spectacle qui se déroulait....
C'est l'apogée d'une tragicomédie qui a fait un flop au box-office.
Et cette tragédie avait débuté lorsque la trompette de la victoire, que personne n'attendait, a retenti à Pervaz, la terre abandonnée par l'Empereur.
⚔︎
_« C'est... fini ? »
Asha marmonna d'un air vide.
Il y a quelques instants, il semblait que le vent hurlait, ou du moins c'était les sons des épées qui s'entrechoquaient qui se mélangeaient à la malédictions du peuple Luer, mais maintenant, tout semblait étrangement silencieux autour d'elle.
_« Ha... Ha... »
Le seul son qu'elle parvenait à entendre de ses oreilles épuisées était sa propre respiration lourde. Ses cheveux noirs, éparpillés par le vent, heurtèrent sa joue meurtrie, mais elle ne ressentit aucune douleur.
Ses yeux gris, qui fixaient le paysage, se retournèrent lentement pour regarder sa main trempée de sang et tenant toujours fièrement son épée.
Sous la lame, là où le sang rouge séchait, se trouvait la tête de Rakmusha, le chef de la tribu des Luer.
_« Asha... »
Derek, qui s'était battu à ses côtés en tant que bras droit, appela Asha d'une voix rauque.
Ce n'est qu'à ce moment-là que tous les sens d'Asha commencèrent à percevoir la réalité.
Asha marmonne et s'adresse à Derek.
_« C'est fini...
_ Oui... Tu y as mis fin. »
Derek glousse.
Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle récupèra ses sens et qu'elle put entendre les acclamations de ses alliés, les cris de la tribu des Luer et le hennissement des chevaux.
_« Je... J'y ai mis fin... ! »
Le monde qui s'était arrêté pour elle, depuis longtemps, semblait bouger à nouveau.
Asha se mit à crier comme elle le faisait autrefois avec ses propres guerriers.
La guerre contre le peuple Luer, qu'elle menait depuis sa naissance, venait enfin de prendre fin.
Les barbares restants s'enfuirent rapidement et les acclamations pour Asha, l'héroïne qui avait mis fin à la guerre, retentirent dans toutes les directions.
_« Hourra ! Hourra ! »
_« Vive notre seigneur ! »
Personne ne s'attendait à la victoire de Pervaz. Après avoir gagné une telle guerre, cela valait la peine de crier à tue-tête.
Cependant, Asha, la destinataire des acclamations, secoua la tête.
_« Il est encore trop tôt pour crier "hourra". »
La longue guerre était terminée, mais le chemin vers la compensation de la victoire allait être semé d'embûches.
Le Pervaz, un territoire situé dans la partie la plus septentrionale de l'Empire tchadien, était une région soumise à l'Empire depuis seulement une trentaine d'années.
C'était un « Royaume », mais comme il s'agissait d'une « terre abandonnée » bordée, il souffrait d'attaques constantes de barbares et de monstres. Finalement, le roi Pervaz de l'époque a cédé son pays à l'Empire du Tchad.
_« Donc, si vous dites que c'est une partie de la terre impériale, ce n'est pas vraiment le cas. »
Asha marmonna d'un air fatigué et sortit un coffre que seul le marquis Pervaz pouvait ouvrir.
Jusqu'à il y a cinq ans, c'était un coffre que seul son père pouvait ouvrir. Depuis, seuls ses frères, le premier et le troisième, pouvaient l'ouvrir, et depuis la fin de l'année derniére, Asha était la seule à pouvoir le faire.
Son deuxième frère, mort au combat en même temps que son père, n'a jamais pu voir la chambre forte.
Derek, qui regardait Asha insèrer les clés une à une dans les trous de la chambre forte et les tourner, demanda anxieusement.
_« Peux-tu vraiment recevoir une compensation de la part de la famille impériale ? Comme tu l'as dit, Pervaz est un territoire extraterritorial. C'est une terre impériale, mais c'est un endroit que l'Empereur ne s'intèresse vraiment pas. »
Asha répondit en fronçant les sourcils, tout en s'efforçant de trouver et d'insérer les sept clés avec ses mains, peu mobiles à cause du froid.
_« L'empereur l'a promis. Si nous chassons complètement les Luer de Pervaz, nous serons indemnisés.
_ J'ai aussi entendu cela de la bouche du marquis... N'est-ce pas une très vieille promesse ? Cela fait combien d'années ?
_ Vingt-huit ans. Dans cette chambre forte... Il y a un document accordant le territoire de Pervaz ainsi qu'un ordre d'expédition. Parce que c'est écrit là ... »
Asha était également bouleversée.
Même s'ils avaient gagné la guerre contre la tribu des Luer, la victoire n'avait pas été récompensée. La guerre n'avait eu lieu que sur le territoire de Pervaz, et avec la destruction du peuple Luer, il n'y avait personne à qui demander une compensation de guerre.
Si la tribu des Luer avait été assez riche pour payer des indemnités, elle n'aurait pas eu de raison d'attaquer Pervaz.
Quoi qu'il en soit, s'ils ne recevaient pas de compensation de la part de la famille impériale, les habitants de Pervaz devraient supporter tous les coûts de la guerre, souffrir de la faim et de blessures extrêmes, et mourir.
"Clic !"
La serrure du vieux coffre-fort en fer s'ouvrit dans un bruit lourd.
_« C'est bon, c'est bon. S'il y a ne serait-ce qu'une ligne à laquelle s'accrocher, je m'y accrocherai jusqu'à la fin. »
Asha parcourut rapidement plusieurs documents contenus dans la chambre forte à l'odeur de moisi, et trouva bientôt "l'Ordre d'Expédition" jauni et commença à le lire.
_« Sauf cette introduction inutile... Ah, ça commence ici... L'émir Pervaz a pour noble mission d'anéantir le peuple Luer... Oh, c'est des conneries. Hah, ici ! La bénédiction d'Aguires, le dieu de la guerre... Non... La trompette de la victoire... Euh... euh ! C'est ici ! »
Asha réussit à trouver la phrase qu'elle cherchait parmi les phrases décoratives ennuyeusement longues et inutiles.
_« Si vous gagnez, moi, Felix Doernan Rishas Alon Vondel Evaristo, je vous récompenserai pour votre travail et vos sacrifices ! »
Derek s'approcha également et confirma la phrase. Mais il restait négatif.
_« Vraiment... La famille impériale tiendra-t-elle la promesse d'une ligne écrite dans l'ordre d'expédition vieux de 30 ans ? »
Derek Donovan était un homme grand et courageux que l'on appelait le meilleur guerrier de Pervaz, mais il y avait une raison pour laquelle il avait l'air dubitatif.
En effet, l'ordre d'expédition lui-même avait été rédigée pour tuer le père d'Asha, Amir.
_« Même il y a 30 ans, tout le monde savait qu'il n'y avait rien à Pervaz. Il savait très bien que la tribu des Luer était forte. S'il voulait vraiment gagner cette guerre, il aurait dû s'assurer la victoire en fournissant des provisions abondantes plutôt que de promettre une compensation après la victoire. »
Asha soupira en entendant les paroles de Derek.
Il y a 28 ans, Amir, un chevalier issu d'un domaine rural qui accompagnait le jeune prince héritier pour réprimer les troubles qui avaient éclaté dans le sud de l'Empire, avait acquis plus de mérite et de popularité que le prince héritier lui-même.
Si Amir avait été intelligent et vif d'esprit, il aurait rapporté que c'était le prince héritier avait coupé la tête du dernier ennemi, mais Amir, qui venait de la campagne, ne savait pas ce genre de choses.
Le prince héritier, vexé, avait persuade l'empereur de « confèrer » à l'èmir le titre de marquis et de lui donner Pervaz, ce qui équivaut pratiquement à un exil.
Il reçut également l'ordre d'éliminer la tribu des Luer qui apparaissait constamment à Pervaz.
_« Si ce n'est pas cela, y a-t-il autre chose ? »
Demanda Asha en repliant soigneusement le papier et en le mettant dans l'enveloppe. Bien sûr, elle ne s'attendait pas à ce que Derek soit capable de répondre.
_« Si nous ne parvenons pas à obtenir quelque chose en nous accrochant à cette lettre, nous allons tous mourir. »
Pervaz était à l'origine une terre désolée, et maintenant il ne restait plus grand-chose...
La nourriture ? Ils en étaient réduits à déterrer des racines et à attraper des insectes pour les faire rôtir. Le peu de farine qui leur restait n'était à peine suffisant pour les enfants.
Les vêtements ? Personne à Pervaz n'était correctement vêtu, y compris Asha, qui était maintenant un seigneur.
Pervaz avait déjà connu des hivers longs et rigoureux, et il y avait une grave pénurie de vêtements d'hiver. S'ils ne faisaient rien, ils risquaient de perdre encore des vies à cause des températures glaciales.
Il y avait beaucoup de blessés de guerre, mais pas de médicaments ni de bandages, ni de bois de chauffage ou de charbon pour chauffer l'eau.
Asha a donc dû s'accrocher à sa dernière goutte d'eau, la promesse d'une ligne dans une lettre vieille de 30 ans.
_« Alors, avons nous frais de voyage suffisant pour que tu te rendres à Jairo, la capitale ? » demande Derek.
Asha plissa les lèvres en réponse à cette question réaliste.