Sous les flocons de ton Cœur

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Summary

Ruby déteste Noël. Les guirlandes, les réunions de famille, les sourires forcés... très peu pour elle ! Alors, quand sa mère la force à rejoindre le chalet familial pour les fêtes, elle n'a d'autre choix que d'obéir. Mais à son arrivée, une tempête de neige s'abat sur la région, la coupant de tout. Pire encore, elle découvre qu'elle va devoir cohabiter avec Ethan, le meilleur ami de son frère, tout juste revenu de son service militaire. Entre eux, l'attirance est explosive... mais aussi insupportable ! Ruby ne supporte pas Ethan, qui n'a cessé de la taquiner (voire martyriser) durant leur enfance. Malheureusement, la tempête empire et Ruby n'a d'autre option que de rester coincée plusieurs jours avec cet homme qu'elle adore détester. Entre chamailleries, souvenirs partagés, et un Noël qu'elle redoute plus que tout, Ruby commence à se demander : depuis quand sa vie est-elle devenue un tel cliché de comédie romantique ? Merci à Anaexva pour la couverture<3

Genre
Romance
Author
Dioniso
Status
Complete
Chapters
25
Rating
4.7 3 reviews
Age Rating
16+

Chapitre 1 retour au bercail

À toi mon amie, la plus grande

fan de Noël que je connaisse.


Ruby resserra son écharpe autour de son cou et jeta un regard désespéré à travers la vitre du petit aéroport régional. Dehors, la neige tombait à gros flocons, couvrant tout d’un blanc immaculé qui aurait sûrement été magique… si elle aimait Noël. Mais ce n’était pas le cas. Noël, pour elle, c’était une torture déguisée en fête : les repas interminables, les discussions forcées, et surtout, les obligations familiales.


Elle soupira bruyamment en ajustant sa valise. C’était un miracle qu’elle ait réussi à atterrir en un seul morceau. Son vol avait été ballotté par des vents violents, et elle avait passé une bonne partie du trajet à prier pour que l’avion ne se transforme pas en glaçon volant.


« Je déteste cette période de l’année », marmonna-t-elle en tapotant nerveusement sur son téléphone.


Aucune réponse de son frère, aucune de sa mère. Comme d’habitude, elle était livrée à elle-même. Elle détestait tellement cette période ! D'habitude elle arrivait à trouver une excuse pour ne pas venir. Souvent, elle utilisait son travail comme excuse.


Cela faisait cinq ans qu’elle vivait à San Diego, bien loin de cette petite ville française où elle avait grandi. Trois ans qu’elle avait construit une vie où Noël n’était qu’un détail. Là-bas, pas de réunions forcées ni de guirlandes envahissantes. Juste elle, son appartement minimaliste, et son travail de journaliste qu’elle adorait. Jusqu’à ce que sa mère l’appelle avec un ultimatum déguisé en demande affectueuse : « Ruby, tu ne peux pas passer un Noël de plus loin de la famille. Je ne te le pardonnerais pas. »


Sa mère avait même ajouté une touche de culpabilité : « Ton frère sera là, il rentre de son service militaire, et ça fera si plaisir à ton père. Tu sais qu’il n’est plus tout jeune. » Et voilà comment Ruby avait fini par poser des congés, quitter la chaleur californienne, et se retrouver ici, dans ce minuscule aéroport glacé, entourée de gens surexcités par la neige.


Une voix grinçante retentit dans les haut-parleurs : « En raison des conditions météorologiques, toutes les navettes vers le centre-ville sont suspendues. Merci de votre compréhension. »


Ruby serra les dents. Bien sûr. Parce que rien dans cette journée ne pouvait se dérouler normalement. Elle composa à nouveau le numéro de son frère, mais il ne décrocha toujours pas. Elle aurait dû s’en douter. Gabriel était du genre à oublier des rendez-vous ou à arriver deux heures en retard, un sourire désolé sur les lèvres. Elle hésita un instant à appeler un taxi, mais la réceptionniste du bureau la coupe d'un sourire factuel.


— Vous n’aurez aucun taxi aujourd’hui, mademoiselle. La tempête s’intensifie. Vous êtes bloquée ici jusqu’à nouvel ordre.


Bloquée. Ce mot résonna dans son esprit comme une condamnation. Ruby ferma les yeux et inspira profondément. Elle était fatiguée, gelée, et en rogne contre le monde entier. Tout ce qu’elle voulait, c’était rentrer dans son joli appartement en Californie, se faire livrer un repas thaï, et binge-watcher une série policière. Mais non, elle était là, à attendre dans cet aéroport minable, pour une fête qu’elle méprisait.


Quand elle rouvrit les yeux, son regard fut immédiatement attiré par une silhouette imposante près de l’entrée. Un homme grand, droit comme un chêne, se tenait là, les bras croisés, vêtu d’un manteau noir impeccable et d’une écharpe grise soigneusement nouée autour de son cou. La lumière froide de l’aéroport jouait sur sa peau couleur chocolat, rehaussant ses traits ciselés et sa mâchoire carrée recouverte d’une barbe soigneusement taillée.


Ruby sentit son cœur faire un léger bond. Il avait l’air… classe. Trop classe pour ce coin perdu, et surtout trop parfait pour qu’il soit un simple inconnu. Elle plissa les yeux, intriguée par l’assurance naturelle qu’il dégageait, par la manière dont les autres voyageurs semblaient presque s’écarter pour lui faire place. Elle n’arrivait pas à détacher les yeux de lui. Qui était-il ? Et pourquoi paraissait-il à la fois si familier et si étranger ?


Son cerveau chercha des indices. Elle nota la carrure, large et athlétique, qui témoignait de longues années d’efforts physiques, peut-être militaires. Puis, enfin, elle croisa son regard. Ce fut comme une claque. Des yeux vairons. Un œil brun chaleureux, l’autre d’un vert saisissant, comme une feuille mouillée après la pluie. Des yeux qu’elle n’aurait jamais voulu revoir, mais qui étaient gravés dans sa mémoire depuis l’enfance.


Ethan.


Le meilleur ami de son frère. Le cauchemar de son enfance.


Ruby écarquilla les yeux, à la fois choquée et furieuse contre elle-même de ne pas l’avoir reconnu plus tôt. Son apparence l’avait complètement désarçonnée. Avant, il était ce gamin agaçant, un peu dégingandé, qui se moquait d’elle et passait son temps à la taquiner. Maintenant, il était…


Elle refusa de terminer cette pensée.


— Ruby, lança-t-il avec ce sourire en coin qu’elle détestait tant.


Sa voix, grave et légèrement rauque, semblait avoir gagné en maturité. Il haussa un sourcil amusé.


— Éthan.


— Toujours aussi perspicace, à ce que je vois, se moqua-t-il en remarquant son air renfrogné.


Elle croisa les bras sur sa poitrine et plissa les yeux, essayant d’ignorer la chaleur qui lui montait aux joues.


— Bien sûr que c’est toi. Ces yeux de chat, ça ne s’oublie pas. Encore moins d'une crapule dans ton genre.


Il éclata de rire, un son profond qui résonna dans le hall de l’aéroport.


—.Content de voir que tu te souviens de moi. Ça aurait été vexant, sinon, p'tit poussin.


Ruby sentit une vague d’agacement la submerger. Elle ne voulait pas admettre qu’elle avait été troublée, même brièvement, par ce qu’il était devenu. Mais une chose était sûre : malgré les années et cette apparence nouvelle, il restait le même Ethan. Toujours aussi agaçant. Toujours là pour l’irriter. Elle eur un frisson parcourir l’échine, et ce n’était pas dû au froid. Il était tout aussi agaçant qu’elle s’en souvenait. Peut-être même pire, avec ce regard perçant et cet air assuré qu’il portait comme une seconde peau. Il s’approcha d’elle, un sourire moqueur aux lèvres.


— Toujours aussi ravie de revenir au pays, je vois, tu devrais être heureuse, c'est Noël !


Elle grogna en réponse, serrant plus fort la poignée de sa valise.


— Toujours aussi insupportable, apparemment. Des cons restent toujours cons.


Il rit doucement, ce qui l’agaça encore plus. Pourquoi fallait-il qu’il soit là, maintenant ?


— Ton frère m’a envoyé te chercher, vu qu’il est pas encore arrivé. Alors, c’est moi ton chauffeur aujourd’hui.


— Génial, railla Ruby.


Elle n’avait pas vu Ethan depuis des années. La dernière fois, elle avait quinze ans, et il avait dix-huit. À l’époque, il passait son temps à lui faire des blagues stupides, à cacher ses affaires, ou à lui rappeler qu’elle n’était qu’une gamine. Puis il était parti pour l’armée, et elle n’avait plus entendu parler de lui. Mais voilà qu’il réapparaissait, tout sourire, comme si de rien n’était.


— Je n’ai pas vraiment le choix, hein ? dit-elle en le suivant à contrecœur vers la sortie.


Dehors, la neige tombait encore plus fort, recouvrant tout d’un épais manteau blanc. Ethan ouvrit la porte d’un 4x4 flambant neuf, et elle grimpa à l’intérieur, grelottante.


— Alors, toujours aussi enjouée, Ruby, lança-t-il en montant derrière le volant.


Elle le fusilla du regard.


— Et toi, toujours aussi agaçant. Tu me soules déjà. Je te jure que si tu continues, je reprends un vol et tu te débrouilleras avec ma mère.


Il éclata de rire, et elle détourna les yeux, préférant fixer le paysage blanc à travers la fenêtre. Le trajet jusqu’au chalet était long et pénible. Les routes glissantes, les arbres ployant sous le poids de la neige, et le silence pesant dans la voiture n’arrangeaient rien. Ruby se contentait de soupirer intérieurement à chaque virage alors que la neige continuait de tomber en abondance.


— Alors, c’est comment, la vie de journaliste à San Diego ? demanda-t-il finalement, rompant le silence.


Elle haussa les épaules.


— Bien mieux que d’être coincée ici, à subir Noël et le froid.


Il sourit en coin.


— Toujours aussi douée pour voir le verre à moitié vide.


Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais un virage glissant fit déraper la voiture, et elle se rattrapa de justesse à la poignée.


— Concentre-toi sur la route, Ethan, si tu veux bien. Je tiens encore un peu à ma vie. Tu peux mourir mais pas quand je suis avec toi.


Il éclata de rire à nouveau, mais serra les mains sur le volant. Il l'énervait au plus haut point. À chaque fois qu'elle lui répondait, il riait. Quel goujat !


— Pas de panique, poussin, je gère.


Poussin. Ce surnom qu’il lui donnait enfant la faisait grincer des dents. Ethan baissa brusquement le volume de la radio, coupant en plein milieu une chanson pop joyeuse qui rendait Ruby folle depuis des kilomètres.


—Enfin ! grogna-t-elle, massant ses tempes. Tu aurais pu faire ça il y a vingt minutes.


Ethan haussa un sourcil, un sourire narquois étirant ses lèvres.


— Désolé, je pensais que tu appréciais l'ambiance festive.


Ruby grogna quelque chose d'incompréhensible et tourna son attention vers la route. Les paysages enneigés défilaient toujours sous leurs yeux, un mélange de montagnes imposantes et de forêts denses. Le crépuscule commençait déjà à jeter une lumière rose-orangée sur le paysage, rendant l’atmosphère presque féerique… pour quiconque aimait ce genre de chose. Ruby, elle, n’y voyait qu’une route interminable et des températures insupportables.


Son chez elle lui manquait tellement. La France ne l'avait guère manquée.


Mais lorsqu’ils atteignirent une intersection menant vers les montagnes, Ethan ralentit brutalement. Devant eux, un énorme arbre déraciné bloquait le chemin. Ses branches s’étalaient sur toute la largeur de la route, recouvertes d’une couche épaisse de neige. De part et d’autre, des amas de neige haute comme des murs rendaient tout contournement impossible.


— Oh, génial ! Comme par hasard. Bien sûr qu’il y a un arbre en plein milieu de la route. Pourquoi pas un troupeau de rennes aussi pendant qu’on y est ?


Ethan éteignit le moteur et se pencha en avant, observant l’obstacle avec calme.


— On dirait qu’on est coincés, déclara-t-il.


Ruby écarquilla les yeux. «


—Merci, capitaine Obvious ! Je n’avais pas remarqué ! Et maintenant, on fait quoi, hein ? C’est la seule route pour aller chez mes parents.


Ethan haussa les épaules.


— On attend que quelqu’un passe avec un chasse-neige et enlève l'arbre.


Elle le fixa, incrédule, comme s'il venait de dire la pire bêtise possible. Le coin externe des lèvres d'Ethan se dresse, ses épaules s'affaissant sous le regard meurtrier de Ruby.


— Un chasse-neige ? Tu te rends compte qu’ils habitent au milieu de nulle part ? Il n’y aura pas de chasse-neige avant des heures, voire des jours ! Et moi, je n’ai nulle part où dormir ce soir !


Elle se mit à fouiller frénétiquement dans son sac à main, sortant son téléphone pour tenter d’appeler quelqu’un. Mais comme elle le craignait, aucun réseau. Le petit symbole de « pas de service » semblait presque se moquer d’elle.


— Super ! Pas de route, pas de réseau, pas d’hôtel à des kilomètres. C’est quoi la prochaine étape ? Un loup qui nous attaque ?


Ethan ne répondit pas. Elle le vit ouvrir la portière et descendre de la voiture.


— Qu’est-ce que tu fais ? s’écria Ruby.


Il ne répondit pas, s’enfonçant dans la neige épaisse avec un calme déconcertant. Ruby le suivit du regard, à moitié agacée, à moitié intriguée, jusqu’à ce qu’elle perde sa silhouette dans l’ombre des arbres et la blancheur aveuglante de la neige.


— Ethan ! Reviens ici ! hurla-t-elle en sortant à son tour, le froid mordant immédiatement ses joues.


Mais au lieu de le voir revenir, elle aperçut une forme sombre s’écrouler brusquement dans la neige. Son cœur bondit.


— Ethan ?!


Elle s’élança, ses bottes s’enfoncèrent dans la poudreuse tandis que la panique la gagnait. Et s’il s’était blessé ? Ou pire, s’il avait glissé sur une plaque de glace  Lorsqu’elle arriva enfin à sa hauteur, elle le trouva allongé sur le dos, le manteau couvert de neige. Elle se pencha vers lui, haletante.


— Ethan, est-ce que ça va ? Dis quelque chose !


Un son étrange lui parvint. Un mélange étouffé de… rire. Elle recula d’un pas, incrédule, tandis qu’il se redressait légèrement, secouant la neige de ses cheveux. Il était mort de rire, le visage illuminé par une joie enfantine qu’elle ne lui avait jamais vue.


— C’est pas possible, grogna Ruby, croisant les bras sur sa poitrine. Tu es complètement cinglé, tu le sais ça ? J’ai cru que tu étais blessé, sombre idiot !


Il essaya de reprendre son souffle, essuyant une larme de rire au coin de son œil.


— Désolé, Ruby, dit-il en retenant un autre éclat de rire. Mais… tu aurais dû voir ta tête. C’était trop tentant.


Elle ouvrit la bouche, prête à lui crier dessus, mais se ravisa. À quoi bon ? Il était manifestement fier de sa blague idiote.


— Tu sais quoi ? dit-elle en pointant un doigt accusateur vers lui. Tu es un idiot. Un gros, gigantesque idiot. Et quand on sera sortis de là, je t’étranglerai.


Ethan, toujours hilare, se redressa complètement, tendant une main vers elle.


— Promis, poussin. Mais pour l’instant, on devrait retourner à la voiture avant que tu ne te transformes en glaçon.


Elle le fusilla du regard, mais lui attrapa la main pour l’aider à se relever. Alors qu’ils retournaient vers la voiture, Ruby marmonnait des jurons à voix basse, se jurant qu’elle ne tomberait plus jamais dans l’un de ses pièges. Mais malgré sa colère, elle ne pouvait ignorer la chaleur inattendue qui montait en elle. Peut-être était-ce dû à son rire contagieux, ou à la façon dont il lui avait tendu la main. Quoi qu’il en soit, une chose était sûre : ce Noël s’annonçait encore plus compliqué que prévu.