Un Cœur pour Deux

All Rights Reserved ©

Summary

Caïne, un démon, est mort. Tué par quatre peuples différents, provenant d'univers différents. Ils ont en apparence rien en commun et pourtant... Kleîa était son amante, l'amour de sa vie, son âme-sœur. Elle a assistée à toute la scène sans pouvoir y changer quoique se soit. Caïne lui avait appris à vivre, à aimer, à souffrir. Il n'est donc que justice qu'elle rende la pareil à ses gens. Non ? On ne sait pas qui elle est. Personne ne la connaît. Quitte à laisser derrière elle un chemin recouvert de cadavre, elle ne laissera personne s'échapper. Si Caïne était un démon, Kleîa est la mort. Et la mort était bien décidé à se venger.

Status
Ongoing
Chapters
14
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue


La seule façon de tuer un démon, c’est de tuer son âme-sœur. Pourtant, ce n’était pas ce qu’ils faisaient. De leurs mains tremblantes, se refermant telles des griffes sur une proie beaucoup trop grande pour eux. Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, mais le principal, c’était que ça fonctionnait.

Ça devait fonctionner.

Ils l’avaient emmené, non, traîné dans ce qu’ils appelaient un temple. Sous le couvert de la nuit, avec pour seul témoin la lune et les étoiles les moins timides qui pointaient le bout de leur nez. Et elle.

La bâtisse était miteuse, faite de pierre et de sable, à moitié recouverte de lierre prêt à s’enflammer à la moindre de leur erreur. Leurs pas, qui jusque-là s’étaient faits silencieux dans l’herbe, s’étaient mis à crisser sous leurs pieds, laissant un sillon de la taille de son corps derrière eux. De toute façon, personne n’oserait les suivre. Ils étaient en sécurité nulle part ailleurs. Une chouette hulula en passant au-dessus d’eux. Un hommage de la déesse de la nuit disaient-ils, pour se réconforter. Mais il n’en était rien.

Ils le traînèrent jusqu’à l’autel, qui se trouvait au centre de la seule pièce du temple, surélevé par un petit escalier. Tout était fait de pierre, même si l’autel était plus sombre et poisseux que le reste de la salle, recouvert du sang des nombreuses personnes qui y avaient perdu la vie auparavant. Des dessins étaient gravés sur les contours, racontant mille et une histoire que personne n’avait envie de lire. Ils les connaissaient toutes par cœur. Sauf elle. Elle leva les yeux vers le sommet du temple qui était ouvert, laissant passer le rayon de lune qui illumina l’autel de sa lumière blanche, faisant ressortir les traces de griffes qui saillaient l’autel.

Elle les observa le déposer dessus, il leur fallut se mettre à quatre pour le soulever et l’y attacher. Même s’il ne se défendait pas, ne parlait pas, ne bougeait pas. Ils se placèrent tous les quatre à chaque coin de la table après l’avoir attaché. Leurs mains gantées de blanc plaqué sur la poitrine en un signe de prière. Elle se retint de grogner. Ils étaient tous différents les uns des autres et pourtant tous étrangement similaire. Si l’un était noir de peau, un autre était aussi pâle que la lune. Le troisième abordait une peau halée, dorée comme du sable. Le dernier avait la peau bleue, un sourire suffisant sur les lèvres. Il serait le premier à mourir. Pour elle, leur visage était tous identique, fatigué. Pour eux, c’était à peine s’ils se considéraient de la même espèce. Ils avaient tous la même tenue, une robe blanche qui descendait jusqu’à leur pied, cachant leur physique. Leurs gants blancs, et une ceinture avec une seule dague accrochée dessus. Mais c’était tout, les mots qui sortaient de leur bouche étaient tous différents.

Tirant sur la dague qu’ils possédaient, ils la brandirent à l’unisson au-dessus de lui. Inconscient de sa présence. Elles étaient toutes magnifiques, aussi tranchantes qu’elles pouvaient l’être. Aussi dangereuse que du poison.

Leurs mains ne tremblèrent pas quand elles retombèrent sur lui, transperçant sa poitrine à quatre point distinct. Il ne trembla pas non plus, il était incapable de ressentir la moindre douleur de toute façon. Mais même si elle le savait elle se put empêcher une larme de couler. Les dagues se rejoignirent au centre de sa poitrine, laissant derrière elles une plaie béante qui commençaient déjà à se refermer, avec pour seule preuve de son existence une traînée de sang plus noire que les ténèbres.

Quatre autres personnes entrèrent alors, tous similaires aux premières. Ils attendirent en bas des marches que ce soit fini. Après un dernier mouvement de dague, il sursauta, tenta de se débattre, mais c’était déjà trop tard. Les quatre dagues firent le chemin inverse pour ressortir, tenant au bout de leur lame une partie de son cœur. Cette fois-ci, les plaies ne se refermèrent pas, laissant le sang noir couler librement sur l’autel. En silence. Dehors, même les oiseaux s’étaient tu.

Les quatre hommes échangèrent un dernier regard avant de plonger la lame et le cœur dans leur propre cœur. Ils s’affaissèrent sans un mot chacun leur tour. Mélangeant leur sang aussi rouge que des fraises au sien. Les nouveaux venus les observèrent pendant un temps qui semblant aussi cours qu’une respiration, aussi long qu’une vie. Enfin, ils montèrent les marches et récupèrent les dagues, les morceaux de son cœur avaient disparu.

Sans un mot, ils s’éloignèrent de l’autel et des quatre corps. Le cinquième, celui qui était sur l’autel, avait déjà disparu. Elle les regarda sortir chacun leur tour sous l’éclat de la lune qui illuminait à présent la porte de sortie. Quand ils furent tous parti, elle s’approcha de l’autel. Du corps, il ne restait plus rien. Comme s’il n’avait jamais existé.

Sur l’autel, les écrits racontaient que la seule façon de tuer un démon, serait de tuer son âme-sœur. Mais, pour être honnête, c’était un mensonge. Pour preuve ? Elle était toujours en vie.

Et elle comptait bien se venger.