Chapitre 1 : De Lumière et d'ombres
Bizur ! Nous voici dans la première partie de Lust&Desire (L&D) ! Elle s'intitule "Haine originelle". Bonne lecture !

Les immortels étaient des êtres étranges pour bien des raisons. Leur éternité les rendait inaccessibles à la compréhension des mortels. Ils n’habitaient même pas dans le même monde, mais dans le Ciel, un endroit où les humains ne pouvaient pas se rendre.
Le jour ne se levait jamais là-bas. Les séraphins le nommaient le plan supérieur. Il était sans cesse recouvert de la voûte céleste, illuminé par la Voie lactée, caressé par les rayons paresseux du soleil lorsqu’il arrivait la mi-journée. Une onde dorée et orange recouvrait alors l’horizon. Le spectacle était beau : la ville des anges se voilait d’un manteau réfléchissant, comme si toutes leurs constructions étaient en glace. Elles étaient en réalité faites d’un métal particulier, qui élevait les immeubles et les grandes tours dans la stratosphère noire.
La garnison du matin était de retour. Les jambes trépignaient sur les pavés durs, les souffles fatigués résonnaient dans le calme des rues. Les anges étaient exténués, si bien qu’ils ne parvenaient plus à voler : leurs magnifiques ailes rampaient sur le sol en tressaillant à peine dans les flaques d’eau. Leuviah essaya de se composer un visage serein et regarda autour de lui. Dans l’allée centrale menant au Quartier Général, il n’y avait personne pour l’accueillir. Son supérieur se chargeait du rapport concernant leur bataille, ce qui le laissait libre d’aller vaquer à ses occupations.
Alors que ses camarades se traînaient dans les différentes allées, probablement pour rejoindre leurs appartements, l’ange gardien préféra se précipiter vers leur Quartier Général. La construction était sublime, parsemée de détails comme seuls les séraphins savent les faire. Sans se préoccuper des sculptures ou des reliefs, Leuviah avala les mètres jusqu’à la salle d’entraînement. Les souffles rauques, les grincements des épées et les grognements de douleur lui parvinrent bien avant de voir les portes. Un sourire amusé étira ses lèvres.
— Leuviah ! Tu es déjà de retour ?
L’homme se tourna vers celle qui venait de l’interpeller. Mérielle, une ange brune, à la peau bronzée avec des taches de rousseur, le dévisageait avec ses yeux verts surpris. Un sourire rassuré étirait ses lèvres. Il lui adressa un signe de tête en guise de salutation.
— Je cherchais Yelena, avoua-t-il.
La femme sourit plus encore.
— Je m’en doutais, dit-elle. Tu sais où la trouver !
— À la salle d’entraînement ?
— Elle ne quitte jamais son poste ! soupira la brune. À croire qu’elle n’a que ça dans sa vie.
— C’est probablement le cas. Il faudrait que tu la tires dans l’une de tes soirées, un de ces jours. Histoire qu’elle voit autre chose que des tapis matelassés et la lumière artificielle.
— J’ai déjà essayé. Madame n’est jamais heureuse de se retrouver en société, sauf pour regarder tout un chacun avec ses yeux blasés. Bonne chance pour l’interrompre !
Leuviah répondit brièvement avant de s’engager dans le centre d’entraînement. La grande salle était carrée, avec des armes et des cibles sur les côtés. Le sol était recouvert par des protections pour amortir les chutes. Le plafond, irrégulier, permettait de s’exercer à faire manœuvres ou de plaquer des ennemis aux endroits les plus incongrus qu’on puisse trouver. Leuviah repéra rapidement celle qu’il cherchait.
Yelana, ange de la pureté, était une guerrière née. Placée au centre de la salle, les pieds sur le sol, elle avait tout de la gymnastique martiale. Ses longs cheveux blonds suivaient dans un ballet aérien la chorégraphie endiablée qu’elle imposait à son corps. Enchaînant les coups, parant les attaques, repoussant les audacieux… Son regard de braise violet intimidait quiconque osait l’approcher. Les pauvres novices qu’elle entraînait aujourd’hui n’avaient aucune chance de s’en sortir. Elle n’avait pas d’arme, contrairement à eux, mais ne se gênait pas pour récupérer celles qu’on pointait sur elle pour les retourner contre leur propriétaire. Leuviah la regarda mettre à terre sans aucune once de compassion un jeune. Le pauvre petit étouffa un grognement de douleur lorsqu’il se ramassa sur son aile déjà mal en point. Leuviah sentait d’ici la douleur et ses plumes tressaillirent.
— Tu pourrais leur accorder une pause.
La blonde releva vivement le regard vers lui, prête à engueuler celui qui osait l’interrompre. Lorsqu’elle reconnut son ami, elle changea de tête, adoucit ses traits et détendit ses épaules. La perspective d’avoir en avant-première des informations sur la précédente bataille la calmait plus vite que n’importe quel Bubble Tea de la ville.
— On s’arrête là pour aujourd’hui, déclara-t-elle.
Les jeunes anges, tous essoufflés qu’ils étaient, ne retinrent pas leur soupir de soulagement. Sans un regard pour ses apprentis, Yelena traversa la salle. Elle était pieds nus et ses ailes blanches étaient repliées dans son dos. Leuviah eut un petit sourire quand elle enjamba un homme resté à terre, qui soufflait comme un bœuf. Son amie n’avait d’yeux que pour lui et les précieux renseignements qu’il allait lui donner.
— Tu devrais être plus compatissante, lui fit remarquer Leuviah. Ou au moins, avoir plus de respect pour eux.
— Le jour où nous aurons l’occasion de montrer de la compassion sur le champ de bataille, je leur offrirais aussi le thé et les petits gâteaux à la fin de la séance, rétorqua brusquement Yelena. Alors ? Comment ça s’est passé ? Je ne t’attendais pas si tôt.
Leuviah ne releva pas l’agressivité dont l’entraîneuse faisait preuve. C’était quelque chose qu’on apprenait à apprécier avec le temps. Si on voulait supporter Yelena, il fallait accepter l’idée que les anges pouvaient être brusques. Et incapables de tenir une journée sans dire une dizaine de jurons.
— Mérielle t’attend dehors.
Yelena hocha la tête et récupéra son sac avant de sortir de la salle. Leuviah lui emboîta le pas, remarquant au passage les rougeurs sur ses bras et ses jambes. Ses ailes avaient beau être droites dans son dos, elles semblaient aussi épuisées que les siennes – c’était probablement la raison pour laquelle elle n’avait pas terminé la séance par des batailles aériennes. L’ange-gardien avait toujours été admiratif du caractère tenace de la blonde, mais il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour sa santé.
Lorsqu’elle les vit arriver, Mérielle sauta sur ses pieds en délaissant le banc qu’elle avait trouvé et referma promptement son livre. Passionnée de littérature imaginaire, la brune sortait rarement sans quelques pages à se mettre sous la dent.
— Enfin ! J’ai cru que tu allais passer ta nuit là-bas !
— Je fais partie du détachement de l’après-midi, répondit Yelena. Je ne pouvais pas rester plus longtemps.
Ses deux amis froncèrent les sourcils.
— Tu devrais vraiment apprendre la notion de « repos », la gronda Mérielle en se plantant devant elle. Un de ces jours, tu vas finir blessée sur le champ de bataille parce que tu n’auras pas assez de force pour tenir tout l’affrontement.
— Lorsque ce jour arrivera, je serais tellement en colère de ma faiblesse musculaire que l’adrénaline se chargera de me donner la force qui me manquera.
Mérielle claqua sa langue sur son palais et se mit sur la pointe des pieds pour obliger Yelena à la regarder dans les yeux. Plus grande qu’elle, la blonde baissa simplement le regard pour la dévisager. Elle ne bougea pas d’un pouce lorsque l’index de l’autre se dressa devant son visage pour la menacer.
— Je te jure, Yelena, que si tu nous fais un coup pareil, je demanderais à ce qu’on te suspende ! On ne plaisante pas avec la fatigue musculaire et psychologique !
— Je ne suis pas en train de rire.
— Figure-toi que c’est le plus agaçant !
Yelena haussa les épaules alors que Mérielle continuait de la rabrouer sur l’importance des pauses. Leuviah croisa le regard de l’entraîneuse et échangea un léger sourire avec elle. En tant qu’ange rattaché à la compassion, Mérielle passait beaucoup de temps à parler aux immortels qui revenaient des affrontements sur le champ de bataille. Elle en avait suffisamment entendu pour voir de loin qui allait survivre au prochain détachement et qui ne reviendrait pas. Cela lui donnait suffisamment de crédit pour que Yelena se laisse enguirlander sans répondre. Quant à savoir si la blonde prenait vraiment en compte les conseils de ses amis, c’était tout autre chose. Il était difficile de deviner ce qu’elle pensait.
— Tu devrais faire plus attention à toi, conclu Leuviah à la fin de la tirade de la brune.
Leur soldat d’amie tiqua légèrement, et envoya un regard interrogatif au noiraud. Celui-ci haussa simplement les épaules, sans l’air de vouloir en dire plus. Mérielle se tourna aussi vers lui et le dévisagea attentivement. Les cheveux noirs, courts et bouclés, l’ange mate de peau avait de quoi séduire, comme un coucher de soleil en été. Ses yeux bleu foncé étaient imperturbables, et ses ailes angéliques gris claires étaient magnifiques, mêmes étendues sur le sol. Cela dit, pour quiconque qui le connaissait, il n’était pas compliqué de décrypter le petit sourire qu’il arborait aux coins des lèvres.
— Pourquoi ? Que s’est-il passé, là-bas ? s’enquit Mérielle. Des complications ?
— Rien de bien particulier, répondit l’ange. Les parasites habituels. Les démons ont lancé une nouvelle vague, et il semblerait qu’une prochaine se prépare. Ce sera probablement un autre péché qui essayera de braquer le plan terrestre, rajouta-t-il à l’intention de Yelena. Nous avons affronté la paresse, mais je doute que ce soit elle qui revienne.
— Voilà qui explique ces têtes déconfites que j’ai vu passer, dit Mérielle. Je ne comprenais pas pourquoi vous étiez si abattus.
— La situation n’était pas difficile, mais le combat était long, acquiesça Leuviah. C’est l’inconvénient de ces diables.
Yelena n’écouta pas la suite de la discussion, trop absorbée par ses propres pensées. Elle laissa les deux anges argumenter sur la manière de former les soldats à la fatigue, et quelle garnison exactement envoyer lorsque des démons de cette trempe étaient identifiés. La femme ne prit pas parti à la conversation parce qu’elle savait, comme Leuviah, les réelles conditions dans lesquelles se déroulaient les batailles : il était presque impossible de savoir à l’avance qui on allait affronter. On pouvait faire des statistiques, parier, mais jamais être complètement sûr. L’immortelle ne voyait pas l’intérêt de perdre son temps à réfléchir à des tactiques qui étaient irréalisables sur le terrain.
L’ange de la pureté prit congé de ses deux amis et alla se préparer pour son détachement. Elle eut le temps de prendre une douche et de revêtir son armure de combat avant de rejoindre les autres anges sur l’allée centrale de la ville. Tous en rang, le regard sombre porté sur l’horizon, les soldats s’apprêtaient à embarquer pour leur prochain – et indéterminé – combat. Yelena se plaça parmi eux, mit ses mains dans son dos, et attendit les ordres de leur supérieur. Tous habillés de blanc et de gris, avec des vêtements résistants et collants presque à la peau pour permettre une amplitude de mouvements plus large, les anges attendirent que les rayons du soleil disparaissent complètement de l’horizon pour s’envoler.
Leur commandant, Mériah, un ange supérieur rattaché à la pureté, était en tête. Yelena connaissait par cœur le chemin menant au champ de bataille. Pas complètement sur le plan des mortels, entre les deux plans qu’habitaient les démons et les anges, cet endroit étrange et compliqué d’accès était appelé le « champ ». C’était là, entre nuages et roches, que les parasites, des créations infernales, se déversaient pour rejoindre le monde des mortels et faire le plus de dégâts possible. Le rôle des anges, dans le meilleur des cas, était de les exterminer avant qu’ils ne parviennent au « portail ». Il était rare que toute une vague de parasite soit éliminée, mais l’espoir et le devoir ne décourageait jamais les créatures du ciel de rencontrer dans une danse mortelle celles de l’En-Bas. Tout comme la malice et la tentation n’empêchaient jamais les démons de créer toujours plus de maladies pour réguler la population humaine.
Yelena plongea dans les nuages à la suite de ses compagnons d’armes et plissa les yeux en sentant l’eau en suspension sur son visage et le long de ses ailes. Le chatouillis glacé lui était familier, tout comme la vague d’air brûlant qui l’accueillit lorsqu’elle déboucha sur le champ. Elle écarta brusquement les ailes pour ne pas s’écraser sur les rochers pointus qui accueillaient les arrivant, et se posa sur une plateforme plus pratiquable. Lors de ses premiers détachements, elle avait récolté blessures dans les plumes et déchirures musculaires à la rencontre de ses maudits pièges. Cela apprenait rapidement aux nouveaux à réagir avant qu’il ne soit trop tard, et à mettre l’esprit dans de vives conditions. Car, sur le « champ », tout peut arriver. À n’importe quel moment.
Les pupilles violettes acérées de la blonde se mirent en quête d’un parasite à démembrer. Son commandant donnait les ordres à voix basse, un simple rappel que la femme avait entendu des milliers de fois déjà. Elle ne l’écouta qu’à moitié lorsqu’il répéta les règles de sécurité, les bénédictions et les encouragements. Emportée dans ses désirs de gloire et de combat, Yelena ne réfléchit pas avant de se précipiter sur le premier groupe de parasites qu’elle vit. Trop certaine de ses compétences, elle empoigna son bâton à sa ceinture, le régla pour en faire une lance coupante et se précipita sur ses proies.
— Yelena !
Le sifflement à voix basse d’un de ses compagnons lui passa complètement au-dessus de la tête. D’ordinaire, les anges ne se déplaçaient pas sans partenaire au milieu des parasites. Ces créatures, des répliques cauchemardesques des humains se déplaçant à quatre pattes, désarticulés et aux traits du visage déformés, avaient la sale habitude d’attaquer en groupe. Pour ne pas se retrouver submergé, il était plus efficace d’être au moins deux pour les contrer. Yelena ne pensait pas ainsi. J’ai trop de fougue à revendre. Rien que la vue de ces horreurs enflammait son cœur de la plus vive des passions meurtrières.
Yelena éleva sa lance dans le ciel, poussa un rugissement de guerre et foudroya les premières victimes sur son passage.
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Note de l'Auteure (NDA):
Bienvenu dans Lust&Desire ! J'espère que cette histoire vous plaira. Je me permets de vous signaler que le contenu de cette histoire n'est pas adapté à tous lecteurs: on y trouve de la dark-romance, du langage grossier, et des scènes à caractère explicite. Je ne cautionne pas le comportement de mes personnages et je ne fais pas l'apologie des rapports non consentis, qui n'apparaîtrons aucunement dans cette histoire.
Lust & Desire fait partie d'une série qui se subdivise en quatre tomes, que vous pouvez lire indépendamment les uns des autres. Pour le moment, seul le premier tome de cette histoire est disponible sur la plateforme Inkitt. Vous l'avez peut-être remarqué, c'est ma première histoire sur ce réseau social. J'espère trouver ici, si ce n'est un lectorat, quelques personnes qui seront intéressées pour échanger avec moi :3
Merci de votre lecture et à la prochaine fois ! Auvouar <3