Voyageur II - La forteresse d'Abysse

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Summary

Après avoir fait face à l'effroyable Béhémoth, Yaena se dirige désormais vers la capitale de l'empire humain, Abysse. Lieu de pouvoir et de conspiration, Abysse se dresse comme l'ultime rempart et est un symbole d'espoir pour les restes de l'humanité. Plus qu'une cité, elle est également un point de passage avec les Profondeurs, un monde souterrain emplit de ressources mais surtout de redoutables dangers.

Status
Ongoing
Chapters
33
Rating
n/a
Age Rating
18+

Abysse, la forteresse du gouffre

Voyageur II

- La forteresse d’Abysse -




Après s'être échappée de la capitale royale Hardi, Yaena et ses compagnons ont fait la découverte d'une nouvelle civilisation faisant usage d'une technologie qui leur était inconnu. Contraints, ils n'ont eu d'autres choix que de suivre les hommes qui les avaient capturés.

Après de multiples péripéties et confrontés aux menaces inconnues de ces terres, Yaena et son groupe se joignirent aux forces de la ville de Lyon. Là-bas, ils combattirent la redoutable invasion de créatures autrefois humaines qui menaçaient de mettre à feu et à sang le reste de la société.

Face aux dangers, bien des hommes succombèrent aux combats. Poussé dans leur dernier retranchement, la résistance parvint à repousser les hordes qui déferlaient sur la ville mené par un formidable Béhémoth au prix de la vie de bon nombre de citoyens.

Mais les hommes ne furent pas les seuls à perdre des êtres chers. Keyn, le bien-aimé de Yaena, tomba lui aussi au combat. La douleur n'en fut que plus intense lorsque, trahie, elle se fit capturer une seconde fois par les hommes qui se présentaient en allié.

A bord d'un train aux allures démoniaques, l'horizon s'éclaircit pour révéler la destination de ce convoi insolite. Abysse, bastion et capitale de l'empire humain.




Chapitre I Abysse, la forteresse du gouffre


Seulement quelques jours s’étaient écoulés depuis le siège de la ville de Lyon. Le convoi ferroviaire sous le commandement de Finn avait quitté les hautes plaines des Valkyries pour s’engouffrer dans une région plus accidentée. Les collines baignaient sous le soleil levant, substituant la monotonie des prairies verdoyantes. L’armature démoniaque du train filait entre les pics rocheux, ne faisant qu’un avec les terres rocailleuses qui s’étendaient à perte de vue. Le roulement régulier des roues des wagons se fit soudainement perturber par le coulissement métallique d’une porte, en plein cœur du convoi.

- Nous venons d’entrer sur le territoire abyssal, s’exclama un grand moustachu en uniforme, posté à l’entrée de l’antre. La capitale impériale, Abysse, n’est plus très loin. Le commandant Finn souhaite que vous profitiez du peu de répit encore à votre disposition pour vous préparer.

Cette injonction tira les deux prisonnières de leur sommeil, laissant apparent des maillons de chaînes sous les amas de couvertures, sur lesquels dansaient de faibles lueurs jaunâtres. Une longue chevelure blonde se révéla à la lumière matinale, suivie d’un visage angélique aux traits fins. L’homme eut un hoquet en croisant le regard de la jeune femme qui lui faisait face. Ces yeux vairons, l’un d’un vert émeraude et l’autre d’un bleu azur, le fixait intensément. Il se perdit un instant dans la profondeur de ces pupilles avant de reprendre ses esprits, interloqué par la seconde présence.

Une mèche de cheveux brune tombait devant les grands yeux verts de la seconde femme. Elle se dressait fièrement de tout son buste, un petit sourire malicieux dessiné sur le visage. Son justaucorps révélait des courbes harmonieuses sous une musculature finement dessinée.

- Pas terrible… commenta-t-elle en s’étirant doucement, surveillant le nouvel hôte du coin de l’œil.

Il eut un mouvement de recul et posa instinctivement sa main sur l’arme à sa ceinture.

- Je ne fais qu’obéir aux ordres, bafouilla-t-il. Notre arrivée est imminente. Soyez prêtes.

Sur ces mots, il rebroussa chemin et manqua de trébucher sur l’interstice entre la porte. Son mouvement s’accompagna d’un juron et il verrouilla le mécanisme depuis l’extérieur. Les deux femmes l’avaient observées tout du long, sans le moindre commentaire. La plus jeune aux cheveux blonds laissa échapper un soupir d’ennui, tandis que la chaîne s’échappait lentement de l’emprise de ses doigts fins. Les maillons se tortillaient tels des serpents jusqu’à l’anneau fixé en plein milieu de la pièce.

- Tu devrais venir voir ça, Yaena, lui conseilla son amie qui s’était installée à l’unique ouverture de leur cellule ambulante. Je crois distinguer la fameuse capitale dont on nous rabâche les oreilles depuis des jours. Je crois avoir beaucoup de mal à comprendre l’engouement de ces humains pour cet amas de roches sombres.

Yaena se redressa habilement en rejetant ses anneaux sur le côté, foulant la plaque métallique qui servait de sol de la plante de ses pieds. Le sol glacé la fit frémir légèrement, tandis qu’elle s’approchait de l’ajour. Ses yeux s’habituèrent rapidement à l’intense éclat du soleil, et son regard se perdit bientôt à l’horizon.

Une immense cité se dressait au cœur des monticules, parsemés de pics hétérogènes. Ses hauts murs d’enceinte étaient d’un noir absolu. Ils l’auraient faite passer inaperçue en pleine nuit s’ils ne créaient pas un tel contraste avec la verticalité grisante de l’environnement. Elle s’apprêtait à acquiescer les dires de son amie, lorsqu’un rayon lumineux orange percuta la base du mur.

Un scintillement d’une intensité rare apparut et des reflets irisés se matérialisèrent, vagabondant à leur grès en enflammant le pan mural. Les braises s’amusaient à jongler d’écho en écho, jusqu’à ce que les rayons solaires recouvrent l’entièreté du rempart. Une explosion de couleur se démarquait de haut en bas, remplaçant la teinte sombre et singulière du mur par l’ardeur du soleil ardent. L’ambiance malsaine qui se dégageait de la cité quelques secondes auparavant avait laissé place à la beauté d’un phénix aux plumes enchanteresses.

Yaena était restée la bouche grande ouverte devant ce spectacle extravagant. Son amie ne put s’empêcher d’éclater de rire en réalisant qu’elle avait parlé trop vite. Abysse était véritablement une ville à part. Ce n’était pas étonnant que cet endroit soit devenu la demeure de l’empereur et un symbole de la fierté de son Empire. Elle était véritablement la lueur d’espoir au cœur d’un paysage terne, qui rappelait sans cesse les dangers qui hantaient ces terres.


L’imposante armature de la locomotive filait en amont, laissant échapper un épais nuage de fumée de sa cheminée. Les portes en acier massives de la cité s’écartèrent lentement vers l’intérieur à son approche. Le train s’engagea entre les majestueuses colonnes soutenant l’audacieux portail abyssal, suspendu fièrement au-dessus de la voie ferrée. Des chaînes métalliques, hérissées de lamelles, se suspendaient depuis la herse. Les ondulations régulières des maillons raisonnaient avec le subtil tintement d’une cloche. Ce balancement régulier dégageait une aura sinistre. Le tunnel qui s’ensuivit était plongé dans l’obscurité, ne laissant apparent que de rares diodes rougeoyantes, tels des yeux fixant leur proie.

A la sortie, un bain de lumière vint bénir la structure du train, octroyant le droit de contempler l’architecture poussée d’Abysse, au milieu de champs qui descendaient doucement depuis la cime de l’enceinte. Les premières maisonnées à faire leur apparition se démarquaient par l’étonnante terminaison de leur toit. Les tuiles bleutées dépassaient largement de chaque côté des toits triangulaires, mais laissaient place à une fine structure en bois de noyer aux devants. Une forme de spirale était sculptée sur le disque vertical, rappelant les vagues de l’océan. Une lanterne pendait en-deçà de la poutre principale, soutenue par un anneau circulaire. Une sphère lévitait en son sein, dont l’éclat se ternissait rapidement face à l’avènement du jour.

Les jeunes citoyens allaient et venaient dans les ruelles adjacentes, ne se retournant que pour observer d’un œil curieux l’arrivée d’un nouveau train. Son apparence démoniaque n’inquiétait pas les passants, habitués à ses fréquents passages. Les plus jeunes d’entre eux se mirent à acclamer sa venue et à scander le nom de son commandant, Finn. Ce phénomène se poursuivit jusqu’à l’arrivée soudaine d’une vaste étendue d’eau, sur laquelle se reflétaient de multiples scintillements dorés. Le fleuve Amira, qui traversait la totalité de la région, transperçait Abysse comme une flèche serpentine. Une arche s’élevait au-dessus de ses eaux, reliant les deux rives.

La locomotive s’engagea et laissa échapper un cri strident à mi-chemin, avant de considérablement perdre en vitesse. Elle n’avançait plus qu’à vitesse réduite, s’apprêtant à entrer dans ce qui s’apparentait à une gare. Un haut plafond de verre s’ouvrait au ciel vaste, soutenu de part et d’autre grâce aux péristyles de marbre. Les machineries s’arrêtèrent au bord des quais, dans un crissement métallique. Les derniers nuages de vapeurs s’échappèrent, plongeant les wagons dans une fine brume fantomatique. Les gardes ferroviaires étaient postés sur les appontements, affichant un visage de marbre. Tous tenaient leur fusil à l’épaule, parfaitement alignés.

Bientôt, les portes des wagons coulissèrent, laissant ses occupants descendre à tour de rôle afin d’effectuer les vérifications nécessaires au bon déroulement du débarquement. Une seule voiture était restée condamnée, sous haute surveillance. Les hommes en charge de sa protection échangèrent quelques mots avant de se poster au-devant de la porte, en attente. Les rares citoyens présents sur les lieux essayaient tant bien que mal de jeter un œil dans les rares ouvertures, sans succès. Les gardes effectuaient un travail merveilleux afin de tenir à distance les petits curieux.

Quelques minutes plus tard, le chef de gare revint accompagné d’un personnage important, le commandant Finn en personne. Il était vêtu de son long manteau brun et de son béret militaire. Une unique mèche de ses cheveux longs tombait sur le côté de son visage. Ils s’apprêtèrent à ouvrir le dernier wagon encore en lice, contenant l’unique raison de leur venue à Abysse. C’est le souffle court que la cohorte assimilée à sa sécurité se dirigea vers les marches menant au wagon.