CHAPITRE 01
Le train ralentit, les paysages familiers défilent de plus en plus lentement jusqu’à ce qu’ils disparaissent pour laisser place aux quais de la gare. C’est étrange, cette sensation de revenir ici. Mon cœur bat plus vite que je ne voudrais l’admettre. Quatre ans se sont écoulés depuis que j’ai quitté cette ville pour mes études, et me voilà enfin de retour. Je sens un mélange d’excitation et d’anxiété, mais surtout un immense besoin de retrouver ceux qui m’ont tant manqué. Ma famille, mes amis… et lui.
J’attrape mes bagages et je descends du train, le souffle court. Autour de moi, des passants s’agitent, certains s’embrassent, d’autres s’engouffrent dans des taxis ou disparaissent vers le parking. Mes yeux balayent la foule, à la recherche d’un visage familier. Et puis, je le vois, mon frère, Léo. Il est là, un sourire éclatant aux lèvres, me faisant signe de la main. Mon cœur se serre de bonheur.
—Hé, Chloé ! crie-t-il, sa voix me traversant comme une vague.
Je laisse échapper un petit rire et me précipite vers lui. Il m’accueille avec une étreinte puissante, me serrant comme s’il ne voulait plus me lâcher.
—Tu m’as tellement manqué, p’tite sœur, murmure-t-il en me relâchant légèrement pour me regarder de plus près. T’as changé… en bien, évidemment !
Je souris, touchée.
—Toi aussi, Léo. Je suis tellement heureuse d’être de retour.
Il hoche la tête, son sourire ne faiblissant pas.
—Bon, allez, on rentre ! T’as dû crever de faim dans ce train, je parie ?
Je ris en le suivant jusqu’à la voiture. En fait, j’ai surtout hâte de voir qui sera là. Léo m’a parlé de quelques amis proches, mais ce qu’il ignore, c’est à quel point je redoute, et en même temps, j’espère la présence de Maxime. Maxime, son meilleur ami, qui a toujours eu un drôle d’effet sur moi, même si je ne l’ai jamais montré. Enfin, jamais de façon évidente.
Le trajet jusqu’à la maison de mes parents est plutôt rapide, rempli de conversations légères et de quelques blagues. Léo veut tout savoir de mes années d’études, des gens que j’ai rencontrés, des lieux que j’ai visités. Je lui réponds de bon cœur, savourant chaque seconde de cette complicité qui ne s’est pas effritée malgré la distance.
Quand nous arrivons, la maison est déjà remplie de rires et de voix familières. Mon cœur bondit de joie à l’idée de retrouver tout le monde. En entrant, je suis immédiatement accueillie par des câlins, des exclamations et des sourires chaleureux. C’est bon de sentir cette chaleur humaine, ce soutien indéfectible que seule ma famille et mes amis peuvent offrir.
Et puis, alors que je me détends et me laisse porter par l’ambiance, il apparaît dans mon champ de vision. Maxime. Il est là, adossé à la porte du salon, une bière à la main, l’air nonchalant. Mes yeux le détaillent malgré moi, notant les changements subtils dans sa posture, dans son regard. Il a l’air… différent. Peut-être un peu plus mature, avec cette barbe de quelques jours qui lui va trop bien.
Je ressens immédiatement un frisson parcourir mon échine, mais je fais de mon mieux pour rester calme et naturelle. C’est ridicule, je le sais, mais mon cœur semble déterminé à me trahir à chaque seconde.
—Hé, Chloé ! dit-il avec un sourire poli, sans quitter sa posture indolente.
Je m’efforce de répondre avec légèreté.
—Salut, Maxime. Ça faisait longtemps.
Il hoche la tête, comme s’il n’avait pas grand-chose à ajouter. Je note cette froideur, ce détachement dans son regard. Je ne sais pas ce que j’espérais, mais certainement pas ça. Peut-être un peu plus d’enthousiasme ? Après tout, je ne suis pas qu’une simple connaissance, je suis la sœur de son meilleur ami.
Léo, sans se rendre compte de la tension, arrive derrière moi et me donne une petite tape dans le dos.
—Allez, fais le tour et dis bonjour à tout le monde ! C’est toi la star de la soirée ce soir !
Je lance un sourire forcé et me force à aller saluer tout le monde, un par un, mais mon esprit reste obsédé par la présence de Maxime, juste là, dans la même pièce. Sa froideur m’a blessée, bien plus que je ne veux l’admettre.
Au cours de la soirée, je tente de l’éviter, mais nos regards se croisent de temps en temps. Chaque fois, il semble impassible, presque indifférent, tandis que je sens mes joues rougir malgré moi. Finalement, alors que la soirée s’avance, je m’installe dans un coin du salon avec une assiette de petits fours, essayant de me distraire en bavardant avec une cousine.
Soudain, Maxime s’approche et prend place sur le canapé, juste à côté de moi, sans un mot. Je ressens immédiatement une tension, un mélange d’attirance et de frustration qui m’énerve. Pourquoi est-ce que je ressens encore ça pour lui après tant de temps ? C’est ridicule. Il ne m’a jamais vue autrement que comme « la petite sœur de Léo », et j’ai presque honte de l’admettre, mais ce rôle m’étouffe.
Il pose son verre sur la table basse, puis tourne légèrement la tête vers moi.
—Alors, tes études, c’était comment ? demande-t-il d’un ton neutre.
Je le fixe, un peu déstabilisée par sa question si anodine.
—C’était bien, merci, je réponds, tentant de garder un ton léger. J’ai beaucoup appris, et j’ai rencontré des gens incroyables.
—J’imagine, dit-il avec une pointe d’ironie. Ça doit être différent de notre petite ville.
Je sens l’irritation monter en moi.
—Peut-être, mais ça ne veut pas dire que j’ai oublié mes racines, je rétorque en le regardant droit dans les yeux.
Il lève un sourcil, comme surpris par ma réponse. Il y a une étincelle dans son regard, quelque chose que je ne parviens pas à déchiffrer.
—T’as grandi, murmure-t-il en détournant les yeux, presque à contrecœur.
Je reste silencieuse un instant, absorbant ses mots. C’est peut-être la première fois qu’il reconnaît que je ne suis plus une gamine, mais il n’y a aucune tendresse dans sa voix. Rien que cette froideur qui me déstabilise et me frustre à la fois.
—Je suis pas sûre que ça te plaise, Maxime, dis-je finalement, un brin provocatrice.
Il se tourne vers moi, son regard dur et indéchiffrable.
—Ce qui me plaît ou non n’a pas vraiment d’importance, répond-il calmement.
Cette réplique me laisse sans voix. Il se lève alors, sans un mot de plus, et s’éloigne pour rejoindre Léo. Je reste seule sur le canapé, un mélange de colère et de tristesse au fond de la gorge. J’ai toujours rêvé de cette rencontre, imaginant des retrouvailles où il aurait peut-être perçu quelque chose de nouveau en moi, où il aurait vu au-delà de l’image de la « petite sœur ». Mais rien de tout cela ne semble possible. Au contraire, il me traite presque avec indifférence, comme si ma présence ne lui faisait ni chaud ni froid.
La soirée continue, mais mon esprit est ailleurs. Maxime, son attitude distante, son regard qui semble m’étudier et me juger à chaque instant. Pourquoi est-ce qu’il agit ainsi ? Est-ce que j’ai changé à ce point, ou est-ce lui qui a perdu tout intérêt pour moi ?
Lorsque vient l’heure de partir, je dis au revoir à tout le monde, mon cœur lourd de cette première rencontre ratée. Léo, qui n’a rien remarqué, me serre dans ses bras et me promet de passer me voir le lendemain. Maxime, quant à lui, m’offre un simple « à bientôt » avant de détourner le regard.
De retour chez moi, je m’effondre sur mon lit, épuisée, troublée. Maxime n’a jamais été facile à cerner, mais ce soir, il m’a semblé plus distant que jamais. Peut-être est-ce la preuve qu’il est vraiment temps pour moi de tourner la page, de cesser d’espérer une attention qui ne viendra jamais.
Mais alors que je ferme les yeux, son image me hante encore.