Prologue
L'impératrice obscure se tenait là, fière et imposante, enveloppée dans une armure qui mêlait élégance et danger. Son corset noir, finement brodé de motifs argentés, semblait scintiller à chaque mouvement. Les lanières en cuir sombre, ajustées avec précision, épousaient sa silhouette avec une précision presque surnaturelle, offrant une liberté de mouvement tout en affirmant son autorité.
Une jupe fendue, fluide mais robuste, dans un rouge sombre, tombait jusqu'à mi-cuisse, dévoilant des jambes gainées de bottes montantes, renforcées pour le combat. Elle était couverte de sang.
Ses longs cheveux noirs flottaient dans son dos tel un rideau soyeux.
Chaque pas qu'elle faisait résonnait comme un avertissement, un murmure d'acier prêt à s'abattre.
Sur son visage, un masque fin d'un noir profond couvrait sa bouche, laissant deviner un regard perçant. Dans son dos, deux éventails acérés comme des lames, repliés mais menaçants, complétaient son allure, des armes mortelles dissimulées sous une forme gracieuse.
Elle dégaina ses éventails d'acier, sous les yeux horrifiés de Lewaan, l'humaine, qui était l'origine de tant de colère. Une tête roula sur le chemin de l'impératrice, elle lui donna un coup de pied et avanca.
Elle incarnait une dualité fascinante : la beauté d'une reine et la puissance d'une guerrière, prête à régner sur le chaos.
- Scorpion, s'écria-t-elle.
Il était là, face à elle. Il déposa délicatement son amante, Leewan, avec une douceur qui ne lui ressemblait pas, sous les yeux incrédules de l'impératrice.
- Tu es à vomir, lâcha-t-elle d'un ton acerbe. Mon honorable guerrier, qu'a donc fait cette humaine de toi.
Le ciel grondait, rouge comme le sang.
- Elle m'a sauvé, répondit-il.
Sa soeur le regarda, horrifié. Ils étaient nés le même jour, au même moment, du même corps. Peut-être pensait-t-elle le connaître mais en réalité, il n'en était rien.
- À vomir, s'écria-t-elle de nouveau.
Lui, en revanche, la connaissait bien, et il savait qu'il valait mieux fuir face à cette lueur dans ses yeux. Elle tenait fermement ses éventails. Les lames acérées, entourées de flammes bleues, brûlaient dans chacune de ses mains. Scorpion et l'Impératrice Obscure, les faux-jumeaux destructeurs, étaient tous deux des immortels : rien ne pouvait les tuer, sauf les flammes bleues. Ironie du sort, ils étaient les seuls capables de les utiliser. Peut-être étaient-ils destinés à s'entretuer.
- Tu l'as tues, ou je la tue, décréta-t-elle simplement.
- Non, répondit-il d'un ton ferme.
C'était la première fois qu'il refusait directement d'obéir à un ordre de sa soeur.
L'impératrice fut rapide, Scorpion eut à peine le temps de s'interposer entre Leewan et elle. Les flammes bleues le transpercèrent, il leva les yeux vers sa sœur, conscient qu'elle était capable de se déshumanisé totalement. Elle le fixait sous ses long cils noir, impassible.
- Petit frère... Tu sais pourtant bien que je n'aime pas que l'on me dise non.
Ce furent les derniers mots qu'il entendit, elle l'évantra de son evantail.
- Et du coup, il est mort ? demanda Maylone en rouvrant les yeux, comme s'il luttait contre le sommeil.
Naomie referma le livre avec un claquement sec, un sourire amusé étirant ses lèvres.
- Bien sûr qu'il est mort, répondit-elle, moqueuse. Tu viens de l'entendre : il s'est fait éventrer par sa propre sœur ! s'exclama-t-elle en passant ses doigts dans les cheveux dorés de Maylone.
- Quelle fin de merde, grogna Maylone.
Naomie éclata de rire et déposa le livre sur la table basse. Maylone jeta un coup d'œil à la couverture : elle était sombre, ornée d'arabesques argentées et d'une silhouette imposante en arrière-plan. Le titre scintillait comme gravé dans une pierre précieuse :
"Ténébris"
- L'empire de l'Impératrice grognasse, murmura-t-il, presque pour lui-même. Cette femme est absolument abominable.
Naomie leva un sourcil, amusée par sa remarque. Elle insistait constamment à ce qu'il lise ce livre, mais Maylone n'était absolument pas enthousiaste à l'idée de lire une romance entre une humaine et un immortel. À vrai dire, c'était le personnage de l'Impératrice qui l'intriguait.
- Ce n'est pas fini, tu sais, dit-elle doucement. Il n'y a qu'un tome pour l'instant. Peut-être que l'autrice en écrira un deuxième. Picolella est vraiment l'une de mes autrices préférées. Elle décrit cet univers si bien qu'on dirait qu'elle y a vécu.
Maylone n'écoutait plus vraiment. Il connaissait ce ton passionné, ce flot de paroles intarissable qui faisait tout le charme de Naomie. Mais son esprit vagabondait ailleurs, accroché à l'image de l'Impératrice.
- L'Impératrice... dit-il, les yeux fixés sur la couverture. Comment s'appelle-t-elle ?
Naomie hésita, comme si elle cherchait la réponse dans sa mémoire.
- Eh bien... on ne le sait pas, finit-elle par répondre. Tout le monde l'appelle l'Impératrice ou "la Sombre". Même ses serviteurs la craignent trop pour prononcer son vrai nom, s'ils le connaissent.
- C'est dommage, lâcha Maylone. Elle manque de profondeur. On la dépeint juste comme une méchante impitoyable. Ça la rend... creuse.
Naomie croisa les bras, piquée par son commentaire.
- Tu rigoles ? Elle a tué son propre frère ! Tu veux quoi de plus ? Elle est fascinante et terrifiante, c'est tout ce qu'on attend d'un antagoniste.
Mais Maylone secoua la tête, songeur. Les antagonistes avaient toujours exercé sur lui une étrange fascination. Il aimait comprendre leurs motivations, leurs fêlures, ce qui les poussait à devenir ce qu'ils étaient. L'Impératrice, avec son masque de froideur et son absence apparente de cœur, ne faisait pas exception.
- Tu ne trouves pas ça frustrant ? demanda-t-il, pensif. On ne sait rien d'elle. Pourquoi est-elle comme ça ? Est-ce qu'elle ressent quelque chose, au fond ? Ou est-elle vraiment un monstre ?
Naomie soupira et haussa les épaules.
- On dirait que tu t'intéresses plus à elle qu'à Lewaan, lança-t-elle avec une pointe de jalousie feinte.
- Lewaan est... sympa, mais prévisible, admit-il en haussant les épaules. L'Impératrice, elle, est un mystère. Ce genre de femme, c'est... fascinant. Mais flippant aussi.
Il laissa échapper un petit rire en repensant à la scène finale.
- Je n'aimerais pas me retrouver face à elle.
Naomie lui donna une tape sur l'épaule, amusée.
- Tu n'en aurais aucune chance, répondit-elle en souriant.