PROLOGUE
Il fait étouffant, très chaud. Une odeur de brûler se propage dans ma chambre. J’ai des difficultés à respirer. Ce n’est pas normal. Je dois aller voir ce qu’il se passe. Je peine à quitter mon lit tant je suis faible.
— Maman ? Papa ? Sam ?
Ah ! La poignée est bouillante. Il y a un bruit sourd dans le plafond. J’attrape un drap afin de réussir à tourner la clenche pour me libérer de ma chambre. Lorsque j’ouvre enfin cette satanée porte, tout s’explique. Il y a le feu, ma maison brûle et je suis effrayé. Je hurle à pleins poumons, de toutes mes forces, j’ai peur, terriblement peur. Je ne sais pas ce que je dois faire, je ne suis qu’un enfant.
— Maman, au secours. Papa viens me chercher. Au secours, aidez-moi !
— Derek, j’arrive… s’époumone mon père.
— Papa, j’ai peur.
Je manque d’air, je suffoque. Ma vision se brouille lentement. Mes jambes sont molles, elles ne me portent plus. Haletant au sol pour tenter de prendre le peu d’oxygène qu’il reste dans ma chambre, je vois mon papa ramper devant moi puis s’effondrer. Mes yeux se ferment.
J’entends des bruits de pas, des cris dans la maison. Je n’arrive pas à ouvrir mes paupières, j’essaie de hurler.
— Pompiers de Chicago, signalez-vous, clame une première voix.
— Pompiers de Chicago, signalez-vous, une seconde.
De l’eau coule au-dessus de moi, je ne sais pas d’où elle vient.
— Pompiers de Chicago, mentionnez-vous, s’époumone la seconde personne que j’ai entendue.
— Ici. ICI. I.C.I, le seul mot qui s’échappe de mes lèvres.
— J’ai trouvé une victime, je la sors, dit la voix. C’est un enfant.
Deux grands bras viennent me soulever, je suis sauvé. Le combattant du feu place un masque sur mon visage, je peux respirer enfin. Les secondes s’écoulent, je vois ma maison en flammes.
— Où sont mes parents ? Mon frère ? Ils sont déjà dehors ?
— Il a inhalé beaucoup de fumée. Jace, je te le confie, lance le pompier en me déposant sur le brancard.
— Où est ma famille ?
— Écoute, je vais devoir te mettre le masque à oxygène, m’explique la dame. Respire calmement et le plus profondément possible. Voilà doucement.
— Où est ma maman ? questionné-je
— Je vais me renseigner, mais je veux que tu gardes le masque, poursuit la gentille secouriste.
Les secondes deviennent des minutes, elles sont interminables. J’ai peur, les larmes roulent sur mes joues tandis que je regarde ma maison partir en fumée. Je ne vois toujours pas ma famille. Mon chien Rex n’est pas là lui non plus. Il est peut-être mort ? Je veux mon chien, il est mon seul ami.
— REX ? REX ? REX ? Viens ici mon grand, crié-je en tirant le masque.
J’entends un aboiement connu, celui de mon meilleur compagnon, mon chien. Il arrive de derrière la maison, couvert de suie, mais vivant. Rex se jette sur moi et me lèche le visage comme s’il ne m’avait plus vu depuis des jours. Lui est là, mais pas ma famille.
Des pompiers sortent de la résidence en portant ma mère. Quelques instants plus tard, c’est mon frère qui jaillit de mon foyer. Pas de trace de mon père.
— Comment vont ma maman et mon grand frère ?
Pas de réponse, j’ai peur.
— DITES-MOI COMMENT ILS VONT !!! hurlé-je, à pleins poumons.
— Comment t’appelles-tu et quel âge as-tu ? me demande la secouriste.
— Derek, Derek Linus et j’ai huit ans.
— Très bien Derek. Nous allons conduire ta famille à l’hôpital. Tu vas aller avec eux…
J’entends alors deux mots, ma vie bascule à cet instant.
— Trois morts et un blessé.
— Trois morts ? Ils sont partis ? Je veux ma maman.
Ce jour-là, le quinze mai deux mille deux, restera gravé dans ma mémoire pour toute mon existence. Je me retrouve seul au monde avec pour unique famille, mon chien Rex.