Chapitre 1 (Partie 1)
Hinata se trouvait devant son ordinateur, relisant le courriel de son éditrice. Depuis la publication de son second roman, deux années étaient passées et elle n’avait pas même l’ombre d’un résumé à lui proposer pour son prochain. Après deux œuvres autofictionnelles inspirées de son mariage pour l’un et de son divorce pour l’autre, maintenant, elle ne savait plus quoi écrire. Elle pouvait déjà oublier l’autofiction, elle n’avait plus rien à raconter sur sa vie. Elle n’avait pas non plus la créativité pour un roman policier ou de la science-fiction. Sa vie amoureuse avait été si désastreuse jusqu’à maintenant, qu’écrire de la romance était encore assez pénible. C’était beau de fantasmer, mais c’était aussi un peu crève-cœur. Sans compter qu’elle n’avait réussi à n'en finir aucun, sur les cinq qu’elle avait commencé ces deux dernières années. L’intrigue était si mauvaise, qu’elle ne savait jamais comment les terminer.
Après son divorce, elle avait utilisé l’écriture comme thérapie pour se remettre de tout ce que Toneri lui avait fait vivre durant leur mariage. Elle avait seulement fait mettre « fiction » sur la couverture de livre pour éviter tout problème avec son ex-mari. Ainsi, avec les noms changés et quelques évènements modifiés, les gens qu’ils avaient connu ne penseraient pas tout de suite à eux. Du moins, elle l’espérait. La seule raison pour laquelle Toneri avait signé les papiers du divorce, c’était pour éviter qu’elle le traine en justice pour violences conjugales, ce qui aurait nui à leurs réputations respectives et à celles de leurs familles. Si elle avait publié son premier roman, c’était avant tout parce que son cousin l’avait encouragé à le faire pour terminer de se libérer de ce mariage. Tout c’était enchaîné à une vitesse folle par la suite.
Les corrections, la tournée de dédicace et à son retour, elle avait repris l’écriture pour poursuivre sa thérapie. Elle s’était donc concentrée sur son divorce et tout c’était ré-enchaîné de la même façon. Ce qui l’emmenait à son troisième roman et aucune idée d’histoire. Écrire sur sa thérapie… Il n’y avait rien d’intéressant à ça. Pendant un an, elle avait recherché l’inspiration, mais rien ne lui venait. Hinata réalisait tranquillement, qu’elle n’était peut-être pas assez créative pour tout inventé de A à Z. Elle était douée pour retranscrire une biographie, mais pour ça, il lui fallait l’histoire de quelqu’un et elle ne connaissait personne qui pourrait lui offrir une telle histoire.
Elle surfait donc sur le net à la recherche d’une idée, lorsqu’une publicité s’ouvrit d’un coup sur son écran, la faisant sursauter. Intriguée, Hinata démarra la vidéo. Un homme, probablement dans la fin cinquantaine, parlait de l’agence qu’il venait d’ouvrir en ville. « Vous vous sentez seul ? Vous avez besoin d’attention ? Animal Lover a ce qu’il vous faut ! Louez ou adoptez l’un de nos petits amis pour vous tenir compagnie et vous accueillir à votre retour du bureau. Grâce à la location par mois, vous pouvez essayer nos services avant d’adopter pour la vie, votre amour d’animal. » Le slogan laissa place à des images qui montraient différents animaux que l’agence hébergeait.
Hinata fut étonnée de voir au-travers des chats et des chiens, un écureuil, une belette et même un renard. Il y avait beaucoup de diversité et même de l’exotisme. Malgré qu’elle n’ait jamais eu d’animal de compagnie, cette publicité interpella l’écrivaine. Un peu comme si elle s’adressait directement à elle. Et si elle en adoptait un pour retrouver l’inspiration ? Elle pourrait l’observer à longueur de journée et l’utilisé comme héros pour une histoire pour enfants. L’intrigue n’avait pas besoin d’être aussi développé, ce qui pourrait l’aider à débloquer son inspiration. Elle avait déjà pensé quelques fois à prendre un chat, mais ce serait compliqué, lorsqu’elle repartirait en tournée de dédicace. L’option « louer » devenait soudainement très intéressante. Ça lui semblait étrange, puisqu’en temps normal, ça ne fonctionnait pas comme ça. C’était un peu comme adopter un animal pour ensuite l’abandonner.
Sur le site internet de l’agence, ils expliquaient que les animaux étaient préparés mentalement pour des adoptions temporaires et qu’ils étaient encadrés par des spécialistes, lorsque leurs contrats se terminaient. Mais il était aussi possible de l’adopter à la fin du mois d’essai. Plus elle y réfléchissait et plus cette idée lui plaisait. Après avoir noté l’adresse de l’agence, Hinata attrapa ses clés et sortit en vitesse de son appartement pour s’y rendre.
Lorsqu’elle arriva devant la bâtisse où se trouvait « Animal Lover », Hinata hésita un instant. Qu’est-ce qui lui avait pris ? Louer un animal pour retrouver l’inspiration ? Il fallait qu’elle soit désespérée pour avoir cette idée. Elle était toujours derrière le volant à peser le pour et contre, lorsque la porte s’ouvrit et que l'homme de la publicité lui fit un signe de la main. Croyant d’abord qu’il devait y avoir quelqu’un d’autre à proximité, elle regarda autour d’elle, mais le stationnement était bel et bien désert en dehors d’elle. Reportant ses yeux sur l’homme, elle le vit lui faire signe de le rejoindre. En se mordant les lèvres, Hinata sortit de la voiture et s’approcha de celui qu’elle imaginait être le propriétaire de l’agence.
-Bonjour, la salua-t-il. Vous semblez perdue. Avez-vous besoin d’un renseignement ?
-Hum… En fait… J’ai vu l’annonce de… l’agence, termina-t-elle en hésitant sur le terme à utiliser.
-Oui, entrez ! s’exclama-t-il avec enthousiasme en libérant la porte. Je m’appelle Jiraiya. Comment puis-je vous aider… Mademoiselle ?
-Hyuuga. Hinata Hyuuga.
En entrant, la jeune femme observa ce qui l’entourait. Tout était chaleureux. L’entrée comportait une réception et divers articles pour animaux, tel que des jouets, coussins et de la nourriture. Même si les deux portes qui encadraient l’accueil étaient fermées, elle percevait les cris de diverses races comme des chiens et des chats, mais aussi d’autres qu’elle ne reconnaissait pas.
-Hum… C’était plus par curiosité, finit-elle par dire. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on nous propose de « louer » un animal.
-Il est vrai que c’est peu commun, mais je peux aussi vous assurer qu’aucun de nos pensionnaires ne souffrent, lorsqu’ils reviennent à la fin de leur « mission ».
-Vous n’avez jamais eu de problèmes avec les associations pour les animaux ?
-Ça arrive, mais ils n’ont jamais réussi à trouver le moindre problème, puisqu’on se fait un devoir d’offrir une belle vie à ces animaux, qui pour certains, on vécut des choses affreuses avant qu’on ne les trouve pour leur donner une seconde chance.
Il la guida vers la porte, d’où provenait tous les cris, et il l’ouvrit en grand pour la laisser passer devant lui. En venant ici, Hinata s’était attendue à des murs couverts de cages où les animaux tourneraient en rond, mais au final, c’était un grand espace ouvert, où ils pouvaient se déplacer librement. Il y avait plusieurs installations permettant aux petits rongeurs de se promener en hauteur dans des modules de plastique transparent. Divers escaliers et arbres à chats s’entrecroisaient avec les modules de façon harmonieuse. Les animaux plus gros n’étaient pas en reste non plus. Des coussins, des jouets et même des tapis roulant pour les chiens qui avaient besoin de se dépenser longeaient les murs.
-Ce n’est pas dangereux de tous les laisser libres ? demanda Hinata.
-Non, ils ont été dressés pour bien s’entendre. Suigetsu ! s’exclama soudainement Jiraiya en se retournant un peu. Lâche Sasuke. Tu vois bien qu’il n’a pas envie de jouer.
En suivant son regard, Hinata découvrit un chat noir qui donnait des coups de pattes à un lapin blanc, qui n’arrêtait pas de sautiller autour de lui.
-Mais quel gamin celui-là, grommela-t-il en secouant la tête.
Cette remarque laissa la jeune femme perplexe. Cet homme parlait aux animaux comme s’ils étaient ses enfants et qu’ils faisaient des bêtises.
-Bon, voyons qui pourrait vous convenir. Que faites-vous dans la vie ?
-Hum… J’écris des livres. Enfin… J’essaie.
-Vous essayez d’être publiée ?
-En fait… J’ai déjà deux best-sellers.
-Mais alors…, commença Jiraiya, perdu.
-En réalité, j’ai écrit mes deux romans comme thérapie après mon divorce, mais depuis, je n’ai plus d’inspiration.
-Si ce n’est pas trop indiscret, pourquoi avez-vous divorcé ?
Hinata resta silencieuse. C’était toujours difficile de parler de son mariage avec Toneri. Elle avait honte d’avoir accepté aussi longtemps ce qu’il lui faisait vivre à la maison, n’osant même pas en parler à sa famille.
-Avez-vous été battue ? demanda Jiraiya, inquiet.
Pour toute réponse, elle détourna le regard, mais ça revenait au même. Si Toneri n’était pas en prison, c’est seulement parce qu’il avait accepté l’injonction d’éloignement qu’elle avait obtenu sans aller en justice. Ainsi, les noms de leurs familles respectives n’avaient pas été mis sous les projecteurs. Ayant changé les noms de ses personnages pour éviter que leur entourage ne fasse le lien avec son histoire personnelle en dehors de sa famille proche, elle n’avait pas fait part de ce projet littéraire à son ex. De toute façon, Toneri et son entourage n’étaient pas du genre à lire, alors il y avait peu de chance qu’ils tombent sur l’un de ses romans. C’était aussi pour ça qu’elle avait fait mettre « roman » au lieu de « autofiction » pour laisser croire que tout avait été inventé.
-Je crois que j’ai le compagnon parfait pour vous, annonça Jiraiya en la sortant de ses sombres pensées. Elle est adorable, mais son ancien maître la maltraitait, alors je suis sûr que…
Une sorte de mélange entre le jappement et le couinement l’arrêta dans sa phrase. En se retournant, Hinata découvrit un renard qui les observait en remuant la queue. Comme ça, il ressemblait vraiment à un chien. Elle crut même reconnaître celui qui se trouvait dans la publicité. Il se laissa flatter la tête, lorsqu’elle s’accroupit à sa hauteur, allant même à pousser contre sa main pour qu’elle continue.
-Qu’est-ce qu’il y a, Naruto ? demanda Jiraiya.
Pour toute réponse, il leva ses pattes avant pour les poser sur les avant-bras d’Hinata.
-Quoi ? Tu veux y aller ?
Le renard fit un bond sur ses pattes arrières en signe d’affirmation.
-Bon, si tu insistes. Qu’en dites-vous mademoiselle Hyuuga ?
Hinata se croyait presque dans Harry Potter, sauf qu’à la place d’une baguette, c’était un animal qui l’avait choisi. Et un particulièrement enthousiaste, se dit-elle en le regardant sauter sur place. Il serait peut-être une mine d’inspiration pour un conte pour enfant. Jiraiya la reconduisit à l’accueil, suivit par Naruto.
-Donc, Naruto n’est pas très difficile à vivre, expliqua Jiraiya en remplissant les papiers administratifs. Il peut manger un peu n’importe quoi. Il aime prendre des marches, il a beaucoup d’énergie à dépenser. Et il adore se faire gratter entre les oreilles tout en regardant la télévision.
Cette précision intrigua Hinata, mais rapidement Jiraiya lui tendit les papiers à signer, puis il lui présenta tous les articles dont elle aurait besoin. Une laisse avec un harnais pour les promenades, des jouets, un lit et bien sûr, les sacs pour les besoins. Le propriétaire des lieux l’aida à tout ramener à sa voiture, puis il lui montra rapidement comment attacher le renard avec son harnais et la ceinture de sécurité. Hinata prit la route vers
son appartement, surveillant Naruto grâce au rétroviseur pour s’assurer que tout allait bien. Il était roulé en boule dans son panier, la tête posée sur le bord et observant ce qui se trouvait devant lui, soit la radio de la voiture. Elle avait décidé de faire un essai d’un mois, comme ça, si c’était trop compliqué pour elle de s’occuper de lui, elle pourrait le ramener à la fin des trente jours sans culpabiliser. Inspiration retrouvée ou pas.
Une fois arrivée chez elle, elle attacha la laisse après le harnais, passa le sac autour de son bras avant de prendre le lit avec sa main libre. C’était un peu encombrant, mais elle réussit tout de même à monter au deuxième étage, Naruto grimpant les marches devant elle. Alors qu’Hinata se battait pour déverrouiller sa porte, la grand-mère qui vivait en face sortit dans le couloir. Se retournant pour la saluer, elle remarqua les sourcils froncés de la vielle dame, alors qu’elle fixait le renard à ses pieds. Il est vrai que ce n’était pas tous les jours qu’on en voyait un en laisse.
-Bonjour madame Chiyo, fit Hinata en la saluant d’un hochement de la tête.
Pour toute réponse, la vielle dame s’éloigna vers l’escalier.
-Je dois lui paraître folle de promener un renard comme un chien, soupira-t-elle en regardant Naruto.
Ce dernier se leva sur ses pattes arrières et posa celles de devant sur sa cuisse, ce qui la fit sourire. Dès qu’elle eut ouvert la porte, Naruto s’éloigna pour visiter l’appartement, sa laisse traînant derrière lui. Hinata prit le temps de verrouiller et de retirer ses souliers avant de rejoindre le salon. Elle posa le panier près du canapé et le sac contenant les jouets et les autres accessoires sur la table base. Naruto revint vers elle, au moment où elle se laissait tomber dans les coussins du canapé. Elle sourit, lorsqu’elle le vit se battre avec la laisse qui s’emmêlait entre ses pattes. Trop mignon.
-Viens-là, que je t’enlève tout ça.
Elle se pencha et le renard vint se placer à ses pieds. Une fois débarrassé du harnais et de la laisse, il sauta sur le canapé et quémanda des caresses en frottant sa tête contre son bras. Pour aujourd’hui, elle allait apprendre à connaître son nouveau compagnon et le lendemain, elle commencerait à faire ses cherches sur les renards pour retrouver l’inspiration.