Thetir: Lueur brisée

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Summary

Dans un monde où la lumière est un don rare et les émotions une arme, Nërilya, hybride Tethir au destin tragique, fuit l’inévitable. Marquée par des glyphes mystérieuses et hantée par l’ombre de sa propre fin, elle refuse de rencontrer Caëlorn, son Êdas — l’âme liée dont le cœur bat à l’unisson du sien. Mais lors d’une nuit de pleine lune, leur rencontre bouleverse tout. Entre amour interdit, secrets anciens et magies oubliées, ils s’engagent sur un chemin périlleux où chaque émotion pourrait être leur dernière lumière…

Genre
Romance
Author
BLOSY
Status
Complete
Chapters
52
Rating
5.0 3 reviews
Age Rating
16+

Chapitre 1

Je me réveille avec une douleur aiguë dans la tête. Tout mon corps me fait mal, comme toujours. La fatigue est accrochée à mes os, chaque mouvement semble peser une tonne. Mes muscles sont tendus, mes articulations raides, comme si la nuit n'avait rien réparé, rien apaisé. J’essaie tant bien que mal de me diriger vers mon bureau pour prendre les herbes préparées tous les matins par ma mère. Mais je trébuche, mon genou cogne violemment le parquet, et je tombe lourdement à terre.

Quelques minutes plus tard, ma mère franchit la porte en courant. Son visage est tendu, ses yeux brillent d’inquiétude. Elle s’agenouille aussitôt à mes côtés, ses bras entourent mes épaules frêles, et elle m’aide à me relever avec une douceur habituelle, presque rituelle. Elle ne dit rien. Elle n’a pas besoin de mots. Ses gestes sont une langue à part entière que je comprends parfaitement. Elle me ramène à mon lit, où je m’affaisse en silence.

Puis elle se déplace vers le bureau et prend la concoction d’herbes. L’odeur âcre me parvient avant même qu’elle ne soit à côté de moi. Pendant que je la bois, son regard me scrute, attentif, méthodique. Ses doigts effleurent mon front, mes tempes, mes poignets. Elle en profite pour m’examiner comme elle le fait depuis toujours. C’est devenu un rituel. Elle cherche les signes. Les marques du temps. Les ombres qui avancent lentement mais sûrement.

Je sais, au fond de moi, que le temps ne s’allonge pas pour moi. Il se rétrécit, probablement. Comme une étoffe qui s’effiloche, lentement. Lorsque je regarde ma main gauche, la glyphe dorée y brille encore. Mais pas autant qu’elle le devrait. Sa lueur est ternie. Comme une lampe à huile presque vide. C’est le signe. Un présage que je connais trop bien.

Ma mère s’approche, m’enlace par derrière. Son étreinte est chaude, mais je sens qu’elle tremble. Malgré la douleur aiguë et persistante, je la laisse faire. Sa présence m’apaise toujours un peu. Elle chuchote, dans un souffle presque imperceptible :

— On va trouver une solution, ma chérie.

Une solution... Elle en a déjà trouvé une, je le sais. Une solution ancienne, oubliée, dangereuse. Un rituel pratiqué autrefois entre Êdas. Un pacte par le marquage d’émotion. Mais ce rituel est interdit, et surtout instable pour les hybrides comme moi. Il pourrait me tuer sur-le-champ. C’est pour cela que je me contente des herbes. Pour l’instant.

Moi, c’est Nerÿla. Une hybride. Mon père était un Tethir, et ma mère humaine. Vous vous demandez comment ils se sont trouvés... Eh bien, ma mère était une guérisseuse dans notre caste. Une humaine, mais respectée pour son savoir et ses dons. Mon père, lui, était un Tethir de lignée noble, descendant direct d’un des premiers porteurs de lumière.

Ma mère était réticente, bien sûr. Qui ne le serait pas face à un tel lien ? Mais le lien des Êdas est trop fort pour être ignoré. Trop profond pour être renié. Si tu le rencontres, tu finis par t’attacher. Tu finis par aimer. Tu finis par appartenir.

Et c’est ainsi que je suis née. Le fruit d’un amour impossible. D’un lien inaltérable. Mes parents savaient le risque. Quand deux Êdas de races différentes s’unissent, deux choses peuvent arriver : un enfant hybride, ou aucun enfant du tout. Ils espéraient la seconde option. Pas par peur. Par protection.

Mais le destin en a décidé autrement. Et moi, j’ai vu le jour.Les anciens du clan ont réagi avec colère. Mon existence était une aberration pour eux. Un affront aux lois sacrées. Une insulte au sang des Tethir. Mon père a été menacé. Ma mère traitée en paria. Alors ils ont fui. Ils ont abandonné les terres sacrées pour se réfugier dans le monde des humains. Un monde gris, sans lueur, sans vibration. Mais un monde plus sûr pour moi.

Mon père est mort il y a quelques années. Je ne me souviens pas de grand-chose, seulement que j’avais froid ce jour-là. Un froid intérieur, que rien n’a pu apaiser. Il est parti sans bruit, comme s’il avait su que son rôle s’arrêtait là. Il m’a laissée avec ma mère. Mon unique pilier. Ma seule lueur stable.

Et maintenant, je vais avoir vingt ans demain.

Chez les Tethir, on rencontre généralement son Êdas à l’âge de dix-huit ans. C’est une règle immuable. Une résonance qui s’éveille à la majorité. Mais moi, je l’ai évitée. Je ne veux pas le rencontrer. Jamais.

Je suis condamnée. Ma mort approche. Je la sens. Je la pressens. Mon corps est un sablier fissuré. Et je ne veux pas que mon Êdas tombe avec moi. Car c’est ce qui arrivera si on se rencontre. Le lien entre deux Êdas est si fort que la perte de l’un entraîne la destruction de l’autre. Surtout si cette perte survient peu de temps après leur union. C’est un poison doux, lent, mais fatal.

Alors je prie. Je remercie les Dieux d’avoir permis à ma mère de résister à son propre lien. D’avoir survécu à la perte de mon père. Je sais qu’elle se bat. Pour moi. Contre les souvenirs. Contre le désespoir. Je resterai avec elle jusqu’à la fin. La mienne ou la sienne.

Je regarde une nouvelle fois ma main. La glyphe d’or vibre faiblement. Un tremblement discret, presque imperceptible. Le symbole de ma naissance. Mon fardeau. Chez les hybrides, il y en a deux. Une pour la vie. Une pour la mort.

La seconde, celle de la fin, est tatouée derrière mon oreille. Noire. Silencieuse. Et elle s’étend peu à peu, comme une ombre qui rampe.

Je n’ai jamais vu celle de mon Êdas. Peut-être qu’elle est déjà en train de se réveiller.

Mais moi, je ne veux pas l’entraîner dans ma chute. Je préfère l’éloigner. Le nier. Même si mes rêves commencent à changer. Même si, parfois, une lumière inconnue danse derrière mes paupières fermées.

Une lumière qui vibre à la même fréquence que la mienne.

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