Chapitre 1
– L’Appel Intérieur
Kayleigh est plongée dans un livre mystérieux…
La pièce est calme, mais une tension palpable y règne. Les voilages frémissent sous un courant d’air tiède, et les planches du parquet se contractent comme un corps sous la caresse du soir.
Kayleigh est seule.
Ou presque.
Elle tient entre ses mains un manuscrit dont elle ignore l’auteur et l’origine. La couverture est nue, le papier dense et légèrement poreux. Lorsqu’elle effleure les marges du bout des doigts, elle ressent une étrange sensation, comme si elle touchait une peau.
Elle s’enfonce dans le fauteuil.
Ou plutôt, dans le lit.
« Il ne parle pas. Il l’observe, de cette manière si rare qu’on se sent vu… profondément, presque mise à nu. Elle ne baisse pas les yeux. Elle a envie qu’il insiste. Qu’il entre. »
Kayleigh déglutit. Son ventre se contracte sans raison logique. Un frisson glisse entre ses omoplates. Il fait chaud, et pourtant…
« Il est debout derrière elle. Assez proche pour que son souffle soulève une mèche. Il ne bouge pas. Pas encore. Elle sent son attention, brûlante, s’attarder sur le creux de sa nuque. »
Une chaleur monte entre ses cuisses, surprenante, indésirable et délicieuse à la fois. Elle change de position lentement, trop lentement.
Quelque chose dans le texte semble la deviner. La précède.
« Elle ne se retourne pas. Elle veut qu’il la touche sans qu’elle ait à demander. Mais il ne fait rien. Il attend. Comme s’il savait qu’elle finirait par le supplier. »
Un battement fort cogne dans sa poitrine. Kayleigh referme le livre, mais sa main reste posée sur la couverture, presque possessive.
Et alors, elle l’entend.
Pas une voix. Pas vraiment.
Un souffle. Une vibration dans l’air. Un murmure glissé entre les fibres du monde. Juste là, à la frontière de l’imaginaire et de sa peau.
Elle reste figée.
Puis, elle rouvre le livre à la page suivante.
« Kayleigh. »
Ce mot — ce nom — le sien. Écrit en italiques, inséré entre deux paragraphes.
Son sexe se serre brusquement, entre peur et plaisir, elle ne sait pas. Le prénom pulse dans sa tête comme une note basse.
Elle se lève, marche, tourne dans la pièce. Mais le livre l’appelle.
Elle y revient.
Pose les doigts sur la page, tremblants.
« Il approche enfin. Ses doigts effleurent l’intérieur de son poignet. Lentement. Comme s’il écoutait ce que sa peau ne savait pas encore avouer. »
Elle ferme les yeux. Le livre chaud entre ses doigts.
« Elle prend le téton entre ses lèvres. »
Kayleigh sentit sa propre bouche se remplir d’un goût salé, comme si elle-même— Elle s’arrêta. Respira. Ce n’était pas possible.
Pourtant, ses lèvres picotaient. Elle tourna la page, plus vite cette fois.
« Et maintenant, demande-moi. »
Sa voix à elle, rauque, surprise dit.
— À quoi... ressembles-tu ?
La page suivante fut lente à se révéler. D’abord une ombre. Puis des épaules larges. Une mâchoire ciselée.
Enfin, l’image entière...
Un homme. Beau. Trop beau. Ses yeux noirs fixaient Kayleigh à travers le papier, avec une intensité qui lui coupa le souffle.
Une arme reposait dans sa main, un couteau ancien, la lame courbée comme une promesse. Mais ce n’était pas l’arme qui fit frémir Kayleigh.
C’était la façon dont il la tenait. Naturelle. Fatalement juste.
Elle voulut fermer le livre. Ses doigts serrèrent plus fort les pages. L’image palpita.
Et l’homme sourit.
Merci de lire!