Chapitre 1 - jeu du chat et de la souris
Point de vue :Ambre
Je suis restée figée dans le salon. Mon père venait de lâcher ça comme on balance une info météo.
Martin — Ambre, je pars en voyage avec Lila.
Je serre les bras contre moi.
— Sérieusement ? Tu repars encore avec une femme ? Ça fait même pas deux ans que maman est partie...
Il soupire, comme s’il s’attendait à ma réaction.
Martin — Ambre, tu sais que j’ai besoin de changement. Lila m’aide à aller de l’avant.
Changer ? Aller de l’avant ? Il a surtout effacé maman comme si elle n’avait jamais existé.
— Comment tu as pu... Comment tu peux la remplacer comme ça ?!
J’ai la gorge serrée. Mes mains tremblent. Je me retiens de pleurer. Pas devant lui.
Et là, le coup de grâce :
Martin — Écoute, c’est pas le moment. Liam va venir te garder pendant mon absence.
Je reste bouche bée.
— Je te déteste, t’entends ?!
Je tourne les talons et monte quatre à quatre les marches, mes talons cognant contre le bois.
Je claque violemment ma porte. Mon cœur bat trop vite. Je me jette sur mon lit.
*Comment il a pu ? Comment il peut faire comme si tout ce qu’on a vécu avec maman s’était envolé ? Et maintenant, il m’engage un baby-sitter ?! À 18 ans ?!*
Plus tard dans la soirée...
La musique vibre dans les murs. Ma meilleure amie Nour et moi avons organisé une soirée à la maison. Sans prévenir mon père, évidemment.
— Non mais sérieux... Le daron m’a pris un baby-sitter. J’vais mourir d’ennui.
Nour éclate de rire.
Nour — T’as qu’à t’en débarrasser.
Je fronce les sourcils.
— Comment ?
Elle me regarde avec un sourire diabolique.
Nour — Drague-le. Fais en sorte qu’il t’embrasse. Prends une photo, envoie-la à ton père... Et bam, traumatisme. Vacances aux Maldives direct.
Je lève les yeux au ciel, mais un petit sourire en coin s’affiche malgré moi.
Nour — Et au fait... tu lui as dit à ton père que t’as abandonné la fac ?
Je me fige.
— Euh... non.
Nour — Tu devrais... il va le savoir bientôt...
— Mêle-toi de tes affaires, Nour...
Nour — Oui mais c’est pour ton bien...
J’entends la sonnette.
Point de vue : Liam
Non mais sérieusement... “J’ai une mission pour toi”, qu’il m’a dit. Je croyais que Martin allait m’envoyer gérer un chantier à Dubaï, ou faire du consulting de crise en Afrique. Pas... du babysitting.
À 42 ans, musclé, sans pitié, avec des années de gestion d’équipes dans les pattes — je me retrouve à garder sa gamine de 18 ans ? Pourquoi elle a besoin d’être gardée ? Elle est majeure, non ?
Putain...
Je soupire, gare ma bagnole devant l’immense baraque. Typique gosse de riche. Façade blanche, grande baie vitrée, jardin taillé au cordeau. Et de la musique à faire trembler le béton.
Déjà, ça commence mal.
Je sors, claque la portière. La musique résonne, des éclats de voix, des rires. Une putain de soirée.
Je m’approche. Je sonne. Et là... elle ouvre le rideau mais ne me laisse pas entrer.
Elle.
Ambre.
Tenue bien trop courte pour une fille de son âge. Regard insolent. Mignonne, faut l’avouer. Trop. Mais je connais le genre.
Ambre — Oh, Liam. J’ai pas besoin de toi, je suis une grande fille. Tiens, même 200$, va boire un verre ailleurs.
Elle me tend les billets avec ce petit sourire arrogant. Je les prends. Et je les balance au sol. Je marche dessus.
— J’ai pas besoin de ton argent. Maintenant, bouge. Laisse-moi entrer.
Ambre — Non.
Elle se plante devant moi, bras croisés, joue la rebelle.
Liam — Ouvre la porte.
Ambre — Sinon quoi ? Tu vas m’attacher ?
Je plisse les yeux. Mauvais jeu.
— Ambre, déconne pas avec moi. Ouvre cette putain de porte. Tout de suite.
Ambre — Allez, bonne nuit. Dehors.
Elle ferme le rideaux me faisant comprendre qu’elle ne me fera pas entrer
Putain... c’est quoi cette peste ?
Si elle pense que je vais repartir gentiment, elle me connaît mal.
— Ambre, ouvre. Je rigole pas. Sinon je défonce la porte.
De l’autre côté, j’entends sa voix.
Ambre (à Nour) — Bah le con, il va finir à l’hôpital avec une fracture.
Nour — Haha, lol.
Très bien. Vous voulez jouer ?
Je recule d’un pas, puis je fonce. Épaule contre bois. La porte vole presque. Je suis largement plus fort qu’elle ne l’imagine.
Elle recule d’un bond, les yeux écarquillés.
Ambre — Quoi ?! Comment t’as fait ?!
Je jette un regard circulaire. Des gens partout. Musique à fond. Un mec torse nu dans la cuisine, et des filles qui ont bu.
Tu fais une fête, hein ? Très bien.
— Tu fais une fête ? J’y crois pas. Vire-les tous.
Ambre — Non ! C’est chez moi, t’as cru quoi ?!
— Sortez tous. Maintenant. Ou j’appelle la police.
Ils hésitent. Mais mon ton ne laisse aucun doute. En moins de deux minutes, les gens disparaissent.
La maison se vide. Ambre est pétrifiée. Plus d’attitude. Juste le regard d’une fille prise au piège.
— Demain, tu vas me faire le plaisir de ranger ce bordel.
Ambre — Non mais—
Je la plaque contre le mur. Une main sur son épaule. Mon corps bloque le sien. Son parfum sucré monte à mes narines, mais je garde le contrôle.
— Ici, c’est moi qui commande. Je suis ton tuteur. Alors tu vas faire ce que je dis. T’es claire ?
Ses yeux brillent, mais elle ne dit rien. Je la relâche.
— Va dans ta chambre. Tout de suite.
Elle grimpe, furieuse. Je la suis. Une fois dans la chambre, elle claque la porte. Je la referme calmement, de l’extérieur. Je sors une petite clé et je verrouille.
— Comme ça, tu sortiras pas sans ma permission.
Tu veux jouer, princesse ? Tu vas voir à quoi ressemble un vrai adulte.