Chapitre 1
Cette saison pluvieuse ne s’annonçait pas du tout agréable pour le docteur Ayla Fayad. D’habitude, les saisons pluvieuses n’étaient ni meilleures ni pires, mais elle s’était habituée à les voir très chargées. Après sept années passées à travailler dans ce climat, les risques d’accidents ne faisaient qu’augmenter. Même la météo semblait dépasser toute prévision. Les orages devenaient de plus en plus fréquents. La semaine précédente, par exemple, l’hôpital du village où elle travaillait, tantôt comme infirmière, tantôt comme aide-soignante pendant les saisons pluvieuses, avait enregistré dix morts. Elle en était profondément bouleversée.
Mais elle ne pouvait pas demander aux habitants d’arrêter leurs activités en attendant la saison sèche. Que mangeraient-ils ? Dans un pays où tout devient si cher, elle comprenait leur détresse. L’hôpital débordait de patients de jour en jour. Jusqu’au point où elle suggéra au Dr Bey d’envoyer une lettre au directeur du ministère de la Santé pour demander des renforts. En effet, cela faisait presque un mois que la lettre avait été envoyée… mais aucune réponse n’était encore arrivée.
Les patients affluaient toujours, et la situation routière était déplorable. Depuis quelques jours, elle enchaînait les nuits blanches pour libérer quelques heures et mieux gérer les urgences. Dans ce désastre ambiant, le Dr Bey finit par tomber malade, et toutes les responsabilités retombèrent sur Ayla. Même les infirmiers de jour devaient travailler de nuit et vice-versa. Sa patience pour obtenir des renforts ne dura pas longtemps, et bientôt elle sombra dans le désespoir.
Un matin, alors que le village était secoué par un orage intense, les habitants débattirent de la saison, entre joie pour les agriculteurs et mécontentement pour les autres. Si la saison pluvieuse arrivait, elle était maudite ; si la saison sèche revenait, la plainte était la même. Ayla se demandait parfois ce qu’elle pouvait souhaiter entre les deux saisons. Personnellement, elle n’avait rien contre l’une ou l’autre… sauf que pendant la saison pluvieuse, le nombre de malades augmentait. Elle compatissait particulièrement aux enfants abandonnés, qui jouaient dans l’eau, sales et exposés sous la pluie toute la journée.
Avec l’arrivée des aides, les choses commencèrent à s’améliorer. Les autorités sensibilisaient la population sur la circulation, les efforts à fournir et les règles à respecter pour fluidifier le trafic. Elles prenaient également en charge les enfants pour réduire les risques sanitaires. L’État s’attaquait aux problèmes d’inondation, un véritable danger de noyade pour la population en cette saison. Le docteur Bennett retrouva enfin son équilibre entre ses nombreuses responsabilités.
De temps à autre, elle pensait qu’il aurait été préférable de rester en ville après ses études de médecine. Mais elle réalisa rapidement la réalité du village : sans sa présence et sans ses interventions, les autorités n’auraient probablement pas agi, et les habitants de Ndiaye auraient continué à souffrir à chaque saison. Cela faisait trois ans qu’elle travaillait dans la seule hôpital du village. La première raison de son retour à Ndiaye fut sa famille, qu’elle ne voulait pas quitter. Mais elle ne s’attendait pas à affronter de telles catastrophes.
Elle constata que l’État prenait des mesures dans d’autres localités, mais le village semblait oublié. Devant l’ampleur des dégâts, elle en était dépassée. Finalement, malgré tout, les choses commencèrent à se stabiliser et sa vie reprit peu à peu son cours normal.
Trois s