L'accident
Une voiture roulait, les fards pleins feux avec des ados qui criaient comme si leur vie en dépendait, comme si c'était leur dernier jour de fête.
En réalité si on ne regardait pas à l'intérieur, on ne pouvait pas deviner que c'était une famille dont les parents étaient assis sur la banquette arrière complètement bourrés. Le grand frère qui conduisait et qui chantait à tue-tête une chanson des Beatles passant de groupes de rock à des chansons tristes à la guitare et la petite dernière...
Une fille mineure coincée entre ses parents, c'était la seule qui n'avait pas pris une seule goutte d'alcool. Elle n'avait ni l'âge de boire ni l'âge de conduire et si seulement ça avait été le cas, peut-être que cette nuit-là aurait été différente.
- Alors les enfants vous vous êtes amusés ? criait le père une bière à la main, la chemise froissée et les yeux mis-clos.
- Oui !!! répondit avec évidence mon frère qui conduisait toujours.
C'était le seul qui était moins saoul et qui arrivait encore à tenir pied. Ma mère me regarda les yeux sortant de leurs orbites comme si elle était folle, elle avait les cheveux en bataille, son rouge à lèvres s'étant barré à cause des bières qu'elle échangeait avec mon père dans la voiture.
- Ça va poupette ?
- Oui ! répondis-je avec moins d'entrain que mon frère. Je suis juste fatiguée, pourquoi ne pas avoir pris l'hôtel ? On serait seulement rester une nuit de plus.
- C'est la fin de la semaine ma chérieeeeeeee, demain c'est notre dernieeeeeeeer jour de repoooooooos... On voulait éviteeeeeeeer de se tapeeeeeeeer tout le trajeeeeeeeet...
- Mouais...
Une bière vola devant moi et je n'eus pas le temps de comprendre ce qui se passait.
- Jean tu peux pas faire attention un peu !!!
- Mais je t'ai dit attrape c'est pas assez clair ?
- ATTENTION !!!
Je ne me souviens plus de ce qui s'est passée ensuite cette nuit-là.
J'ai eu un choc, un gros choc comme si ma mémoire voulait à tout pris effacer ce jour maudit.
Le jour où je pensais mourir avec eux, la nuit de la mort m'a frôlé. Elle a brisé ce qu'il y avait en moi et a changé ma vie.
Ce dont je me souviens c'est de mon réveil.
J'entends un bruit, le vent et un cri : << ATTENTION !!! >>, qui est-ce ?
Un infini mal de crâne, ma vue se stabilise mais il fait noir. Où suis-je ? Je vois enfin clair dans la pénombre de la pièce, une pièce sombre évidemment ce n'est pas le jour ?
Bruit de métal, mes poignets et...des bracelets ? M'as-t-on enfermé pour un quelconque crime que je n'ai pas commis ? C'est une prison ou alors cette pièce y est semblable, des barreaux. Non ! Je suis en prison mais pourquoi ? Je me souviens de tout et de rien. Je me levais mais les chaînes me tirent vers le bas, je tirai et les chaînes se cassèrent. Je m'avançais et du sang coulait, je me tournais et me retournais. Je mis la main à mon visage, je m'étais ouvert la lèvre mais comment ? Je me jettais sur les barreaux et les tambourinait.
- Hé ho !! Vous m'entendez ? Il y a quelqu'un ?! Putain !
La porte s'ouvrit.
- Tu te réveilles enfin. dit une voix féminine.
Leslie recula et une femme apparut accompagnée d'un homme trapu semblable à un nain. Leslie se terra au fond de la pièce et mit ses mains devant son visage, misérable, comme si elle voulait se protéger.
- N'aie pas peur, tout ira bien. Tu as basculé du côté de notre cité, nous t'avons trouvé marchant sur la route, j'ai cru voir un zombie mais tu es humaine alors... Enfin tu es assez perturbée comme ça, Ravalus je te laisse avec elle.
- Bien je te rejoins à la réunion.
- Tu y vas doucement, à plus tard.
- Bien sûr, à plus tard Malava.
- Qui...êtes-vous ? parvins-je à articuler.
- Tu n'es pas aussi timide que ça on dirait, pardonne mon impolitesse ce genre de situation arrive rarement. Disons que je suis un homme qui dirige la cité de Raven's Borg, un politicien nous disons dans ton monde si tu préfères. Notre monde est dans ton monde, c'est une cité cachée de tous. Personne n'est humain ici, nous y ressemblons fortement mais nous je faisons pas parti de ton espèce. L'histoire de notre cité est assez complexe et tu ne pourras jamais avec une vie comme la tienne tout comprendre, cela te prendrait trop de temps. Malheureusement quand quelqu'un rentre dans notre cité, il est impossible d'en sortir. Hélas étant humaine et ne connaissant rien a la vie ici, tu pourrais facilement tomber sur une personne vil et c'est ce dont je crains le plus.
C'était en effet un petit bonhomme semblable à tout autre mais un peu plus enfantin, il avait une particularité qui était sa cicatrice sur la joue passant vers sa lèvre supérieure et s'arrêtant à sa lèvre inférieure. Je me demandais à ce moment-là comment il se l'était faîte mais je ne m'attardais pas sur ça. Dans le noir je n'arrivais pas à distinguer la couleur de ses yeux et de ses cheveux qui étaient à la fois sombres et clairs.
Les mains dans les poches de son manteau comme s'il y cachait quelque chose que je ne devais pas voir et cela m'intriguait inéluctablement. Je me forçais à ne pas poser un nombre incalculable de questions qui me rongeait de l'intérieur puis toute ma colère sortit d'un coup à la surface.
- Vous ne me connaissez pas ! Qu'est-ce que ça peut vous faire si il m'arrivait malheur ?! j'ai perdu mes parents et mon frère dans un accident et je me retrouve ici !! Comment ?! Pourquoi ?! Je n'en sais rien et j'en ai assez de vivre !!!
J'éclatais en sanglots et me recroquevillais, il hésita puis me laissa, la porte ouverte et partit. Seule.
Voulà ce à quoi je suis destinée, seule pour le restant de ma vie et à crever seule sans personne pour pleurer et venir à ma tombe tandis que mon âme se consume dans les flammes de l'enfer. À moins que des ailes me poussent dans le dos et que de l'autre côté de cette porte noire je retrouve la lumière des anges. Je ne voyais plus.
J'étais comme un corps flottant attiré dans le royaume des morts et qui essayait désespérément de s'agripper à un quelconque bout de vie pour rentrer à nouveau dans le royaume des vivants. Morte. Pour moi j'étais morte et rentrais dans cette cité, ce << monde >> inconnu qui était l'enfer. Peut importe si j'avais survécu, au fond de moi mon cœur est mort et enterré. Où serai-je alors ? Je n'en ai que faire, à qui manquerai-je de toute façon ? Pourquoi a-t-il fallu que ce soit moi, le méritais-je ? Je n'avais pas une vie facile mais elle était quand-même correcte, avec mon grand frère on se disputait comme tous les frères et sœurs d'aujourd'hui. Même si parfois l'on se détestait jamais nous n'aurions pensé nous faire du mal l'un l'autre, j'étais une bonne élève avec une vie banale qui n'avait rien d'intéressant à raconter.
Alors...Pourquoi ? La porte est ouverte, est-ce une bonne idée ? Après tout je ne risque rien, je suis morte je n'ai plus rien à perdre.