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Sentiments secret.

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Summary

Depuis qu'elle a emmenager en corse avec ses parents cinq ans et demi se sont écoulés. Cathy s'est épanouie sur cette terre d'acceuil, s'est fait des amis. Mais il y a Anthony Rocca, un jeune policier frère de sa meilleure amie Elyah son rêve et son cauchemar tout à la fois.

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Partie 1: chapitre 1 - dernier été d'insouciance.

Partie 1


Chapitre 1 – Le dernier été d’insouciance.

(POV Cathy – 1992)

Le soleil de juillet frappe si fort qu’il fait vibrer l’air au-dessus des tuiles. De ma fenêtre, je sens l’odeur du maquis chauffé à blanc, ce mélange piquant de romarin et de ciste, et je vois la mer scintiller au loin comme une promesse de fraîcheur, de fuite, de liberté.

Ça fait déjà sept ans qu’on vit ici, dans cette grande maison de pierre héritée par Francesca. Le chaos des débuts , les cartons, les chicanes, les odeurs de peinture fraîche et de linge humide, s’est estompé depuis longtemps. On est devenus une vraie famille. Une famille de rires, de chamailleries, de crêpes ratées et de blagues à table. Une tribu en désordre harmonieux.

À seize ans, je suis coincée entre deux mondes. Celui de l’adolescence, des sorties improvisées, des fous rires avec Elyah, de mes frères qui jouent encore aux cow-boys... Et celui, plus trouble, plus excitant, de l’indépendance, des projets, du désir de partir, de me trouver, peut-être même d’aimer.

D’un côté, il y a Franklin et Nicolas, mes frères cadets de deux ans, de vrais jumeaux dans tous les sens du terme : complices, ingérables, toujours pleins d’idées foireuses. Marco, le petit dernier, a onze ans maintenant. Il grandit trop vite, mais il a encore cette bouille d’enfant et les bras pleins de mystères ramassés dans le jardin. Je reste leur grande sœur. Celle qui conseille, qui râle, qui arbitre. Une sorte de mini-maman par défaut.

Mais en même temps… j’ai envie d’autre chose. De plus. De ce que je ne connais pas encore, mais que je sens approcher comme une vague. D’un monde qui ne tourne pas qu’autour de la maison, de l’école ou de la routine du village.

On est tous sur la terrasse, en train de déjeuner, un de ces midis où la chaleur ne veut pas nous quitter, même sous l’ombre de la pergola. Le chant des cigales couvre presque les voix, mais je distingue les éclats de rire de mes parents.

David et Francesca sont enlacés dans un de ces moments suspendus, leurs visages baignés de soleil. Ils rient ensemble en écoutant Adelina, sept ans, raconté comment la chèvre du voisin l’a attaquée par derrière pour lui voler son morceau de pain. Elle mime la scène avec une intensité dramatique digne d’un opéra corse, en agitant les bras et en prenant une voix de chèvre hystérique. Les jumeaux se bidonnent. Marco éclate de rire, bouche pleine de pastèque. Je souris.

Et pourtant, quelque chose me serre un peu le cœur. Un genre de nostalgie... pour quelque chose que je n’ai même pas encore vécu.

— Cathy !

La voix d’Elyah me sort de ma rêverie comme une gifle douce. Je lève les yeux : elle est là, debout au portail, les cheveux noués à la va-vite, lunettes de soleil sur le nez, short en jean et énergie débordante.

— Tu viens ? On va faire du volley, à la plage avec les autres ! On commence dans une demi-heure ! Grouille ou je te laisse avec la chèvre tueuse !

— Elle n’est pas tueuse, elle est juste... très motivée, répond Adelina en croisant les bras.

Je ris, je me lève, et j’attrape mon sac de plage au passage. Je fais semblant de ne pas remarquer le regard entendu qu’échangent Francesca et Elyah.

— Qui y a ? je demande, faussement désinvolte.

— Les habitués. Manu, Giovanni, Hélène, Serena... et Anthony ! Ajoute-t-elle d’un ton presque neutre.

Mon cœur rate un battement. Je hoche la tête comme si de rien n’était.

— OK. Deux minutes, je me change.

Je grimpe dans ma chambre, referme doucement la porte et m’appuie contre le mur. Anthony sera là. Anthony Rocca.

Et comme à chaque fois que je l’entends, que je le croise, que je pense à lui... mon ventre se noue un peu. Je ne sais pas si c’est de la peur, de l’excitation ou juste ce fichu trouble qui m’habite depuis que je ne le regarde plus “comme le grand frère de ma meilleure amie”.

J’enfile mon short, mon haut à bretelles, et attache mes cheveux en tresse. Je me regarde dans la glace. Et pour la première fois depuis longtemps... j’ai envie de plaire. Pas d’être jolie. De lui plaire.

On descend le sentier qui mène à la plage, Elyah et moi, en marchant vite, nos sandales claquant contre les cailloux. Il est à peine quatorze heures, et le soleil tape avec une arrogance de plein été. L’air est sec, presque électrique, et les pierres du chemin brûlent à travers la semelle.

— Tu te souviens quand on a essayé de camper ici avec les jumeaux ?

— Et qu’on s’est fait réveiller par les sangliers ?

— Et que Marco a juré qu’il avait vu une vache mutante ?

On éclate de rire en même temps. J’adore ces souvenirs-là. Et en même temps, j’ai la sensation étrange qu’ils appartiennent à une époque qui s’éloigne doucement. Comme un livre qu’on a lu cent fois, et qu’on repose une dernière fois, sans trop savoir pourquoi.

La plage est déjà vivante. Des serviettes jetées à la va-vite, des rires d’enfants au loin, des vagues tièdes qui s’écrasent sans conviction sur le sable. Un ballon vole dans les airs. Serena s’étire comme une star de beach-volley. Giovanni et Manu sont en train de monter un filet un peu de travers, attaché à des piquets en bois flotté avec de la corde usée. Rien n’est droit, tout est parfait.

Et puis je le vois. Anthony.

Debout, pieds nus, short noir, t-shirt blanc. Le genre de tenue banale qui, sur lui, semble sortie d’une pub. Il observe le terrain avec un air concentré. Pas sérieux. Juste… concentré. Comme toujours.

Il tourne la tête. Son regard accroche le mien.

Et pendant une seconde, c’est comme si j’étais tombée dans une piscine glacée.

Il ne sourit pas. Il ne fronce pas non plus les sourcils. Il me regarde juste. Intensément. Je détourne les yeux et fais mine de fouiller dans mon sac. Mon cœur a changé de rythme, sans mon autorisation.

— Salut, lance-t-il en s’approchant.

— Salut, je réponds, presque trop bas.

Elyah arrive avec deux bouteilles d’eau qu’elle nous tend comme des trophées.

— Bon, on forme les équipes ou vous comptez vous faire des œillades toute l’après-midi ?

Anthony hausse un sourcil.

— Filles contre garçons ?

— T’es sûr ? demande Elyah. Parce que Cathy a un service qui fait peur.

— C’est pas de la peur, c’est du respect, réplique-t-il.

Je retiens un sourire. Il m’a regardée en disant ça. En plein dans les yeux.

Giovanni lève les bras au ciel.

— Allez, vous réglerez vos comptes sentimentaux sur le terrain. On tire au sort !

Je rougis. Anthony regarde ailleurs. Quelqu’un rigole derrière moi, mais je n’écoute plus.

Quelques minutes plus tard, les équipes sont faites. Je me retrouve en face de lui. Il fait chaud. Le sable colle. La mer est calme.

Mais entre Anthony et moi, ça frémit.

Je sers la balle. Il la rattrape. Il sourit.

Et moi, je sais déjà que cet été ne sera pas comme les autres.

Le match commence dans un mélange de cris, de sable qui vole et de mauvaise foi assumée. Giovanni est incapable de servir droit, Elyah invente ses propres règles au fur et à mesure, et Serena crie “out !” même quand la balle atterrit sur ses pieds. Bref, c’est du sérieux.

Mais moi, je ne vois qu’une chose : Anthony, en face. Concentré. Rapide. Diablement à l’aise.

Et ce qui m’énerve, c’est qu’il ne me regarde même plus. Genre... rien. Pas un sourire. Pas un petit clin d’œil. Même pas une pique. Juste ce regard distant, calme, trop calme. Comme s’il jouait à cache-cache avec mes nerfs.

Alors je décide de le provoquer un peu.

— Tu vises à côté exprès, ou c’est ton grand âge qui te fait perdre la coordination ? je lance après un smash raté de sa part.

— C’est mignon que tu parles de coordination, toi qui fais une pirouette dès que la balle te frôle, réplique-t-il du tac au tac.

Touchée. Coulée. Mais hors de question de lui donner raison.

— Je préfère encore faire des pirouettes que de jouer les statues grecques en short.

— Tu veux dire “gracieusement sculpté”, j’imagine ?

Je roule des yeux. Lui sourit. Enfin.

Et là, pendant une seconde, tout ralentit. La balle vole. Je saute. Il saute aussi. Nos bras se frôlent. Mon souffle se bloque. Je retombe. Pas sur mes pieds. Sur mes genoux. Comme une idiote.

— Ça va ? fait-il, penché au-dessus de moi.

Je le vois à contre-jour. Sa main tendue. Son t-shirt légèrement trempé. Cette mèche de cheveux qui tombe sur son front. Et ses yeux, qui me regardent autrement.

— Super. Par terre, c’est mon élément, je réponds en attrapant sa main.

Il m’aide à me relever, mais ne lâche pas tout de suite ma main. Une demi-seconde de trop. Peut-être deux. Puis il recule comme si de rien n’était.

On continue à jouer, mais quelque chose a changé. Il évite mon regard, maintenant. Moi, je ne pense qu’à cette chaleur dans mes paumes. Et à la tension électrique qui crépite dans l’air comme un orage d’été qui hésite à exploser.

— T’as toujours été aussi compétitive ? me lance-t-il plus tard, entre deux points.

— T’as toujours été aussi... chiantement parfait ?

Il rit. Un vrai rire. Et bon sang, ce rire-là, je le range dans une boîte secrète à l’intérieur de moi, comme un trésor. Parce que j’ai peur de ne plus l’entendre.

Quand le match se termine, tout le monde s’effondre sur les serviettes. Elyah réclame des glaces, Serena veut bronzer, Giovanni cherche une enceinte pour mettre de la musique. L’ambiance est légère.

Mais moi, je suis ailleurs. Assise dans le sable, les bras autour des genoux, je regarde Anthony discuter avec Manu. Il a le visage sérieux. Il rit moins. Son regard glisse parfois vers moi. Mais il ne s’approche pas.

Et je ne sais pas si je veux courir vers lui. Ou lui hurler dessus. Ou... l’embrasser.


Je n’étais pas censée rester tout l’après-midi. Encore moins pour le dîner. Et surtout pas sous la responsabilité d’Anthony Rocca, ce qui, à mes yeux, équivaut plus ou moins à livrer un chaton hyperactif à un pitbull boudeur.

Mais bon, le pitbull a un quad, un permis, et un sourire qui fait flancher les adultes. Donc quand il est remonté au village pour dire à mes parents que

“Cathy reste pique-niquer avec nous, je la raccompagne ce soir”, ils ont répondu oui avec une confiance aveugle.

Et moi, j’ai dit merci en faisant semblant de ne pas couver des flammes intérieures.

L’après-midi s’est étiré comme du caramel fondu. On a couru, crié, lancé un frisbee qui a atterri dans la mer, tenté de faire du volley dans l’eau (échec cuisant), et mangé des abricots, avec du sable entre les dents et du jus sur les doigts.

À présent, le ciel commence enfin à rosir un peu. La plage s’est vidée des touristes et du monde civilisé. On est là, notre bande, assise en cercle autour d’un feu de fortune : quelques bûches volées par Manu, des brindilles trouvées par Elyah, et une vieille caisse de fruits pour faire démarrer les flammes.

Anthony a été chercher des provisions chez lui en allant prévenir mes parents, il est revenu avec une glacière. À l’intérieur, des bières, des sodas, des saucisses et des tranches de pastèque enveloppées dans du film plastique. Séréna pousse un cri de victoire.

— T’es un roi, Rocca !

Et moi, je crois que je viens de tomber un peu plus amoureuse.

Giovanni s’attèle à faire cuire les saucisses avec un sérieux de chef étoilé. Elles sont brûlées d’un côté, crues de l’autre, mais personne n’ose lui dire.

— Tu les veux comment ? demande-t-il à Hélène.

— Mangeables, si possible.

Rires. Odeur de fumée et de thym grillé. Je suis assise entre Elyah et Serena, les genoux contre moi, les cheveux encore humides de la baignade. Mes pieds s’enfoncent dans le sable tiède. Je jette un coup d’œil discret à ma droite. Anthony est là, assis un peu à l’écart, les bras posés sur ses genoux, son regard perdu dans les flammes.

Il ne parle pas. Il n’a jamais été très bavard. Mais il observe tout. Et parfois, je le surprends en train de me regarder. Pas “regarder comme une copine de sa sœur”.

— On devrait chanter, propose Elyah.

— S’il vous plaît non, fait Manu. On est là pour digérer, pas pour souffrir.

Giovanni tend une saucisse brûlée à Serena. Elle la regarde comme si c’était un défi.

— Je suis sûre qu’elle peut mordre.

— C’est une saucisse, pas une murène, grogne-t-il.

Anthony se lève.

— Bougez pas, je vais chercher le pain.

Il revient avec un gros pain dans les bras, comme s’il venait d’aller cambrioler la boulangerie du village. Il me le pose sur les genoux, sans un mot, puis s’assoit à côté de moi. Très. Près. De. Moi.

Je fais mine de trancher une part, sauf que le couteau est... pas là.

— Quelqu’un a vu le couteau ?

— Dans le sac bleu, dit Anthony.

Je me penche pour le chercher. Il se penche aussi. Nos têtes se cognent.

— Aïe !

— T’as un crâne en pierre, ou quoi ?

Il rit doucement. Je rougis comme une tomate oubliée sur une branche.

— Tu pourrais dire merci, je viens de te sauver d’un pain non tranché, dit-il.

— Tu veux une médaille ou une saucisse ?

Il me regarde. Longtemps. Trop longtemps.

— Je veux juste que t’arrêtes de rougir chaque fois que je te parle.

Je me fige.

Il sourit.

Je le pousse du coude. Il perd l’équilibre et s’écrase sur le sable.

— Cathyy !

— Oups. J’ai glissé.

Rires autour du feu. Anthony me fusille du regard en se redressant, les cheveux pleins de sable. Et pourtant, il a ce sourire en coin, celui qui me fait oublier comment on respire.

Et moi, je regarde les flammes qui dansent.

Et je me dis qu’on est peut-être deux à être en train de cramer lentement, chacun de notre côté du feu.

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