La veuve de mon père

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Summary

Ruben Martinez n'a jamais connu son père. Javier Montagne avait tourné le dos à sa mère avant même sa naissance, disparaissant sans un regard en arrière. Alors, lorsque la nouvelle de sa mort lui parvient, Ruben n'éprouve ni peine ni regret - seulement une rancune glacée et intacte. Mais l'homme qu'il a haï toute sa vie lui a laissé un étrange héritage : une épouse. Lina. Une jeune femme éclatante de beauté, aux yeux d'ombre et à la peau dorée, qui semble surgir d'un rêve trouble. Ruben, d'abord révolté à l'idée d'hériter d'une belle-mère, découvre bientôt que cette créature n'a rien d'ordinaire. Elle pourrait être une opportuniste, une séductrice vénale prête à vendre son âme pour des bijoux... ou bien autre chose. Quelque chose de plus obscur, de plus insaisissable. Pris entre désir et méfiance, Ruben élabore une vengeance charnelle. Mais face à Lina, ses certitudes vacillent : ingénue ou manipulatrice ? victime ou prédatrice ? Dans ce jeu de dupes, Ruben pressent que le plus dangereux n'est pas ce qu'elle cache... mais ce qu'elle pourrait réveiller en lui.

Status
Complete
Chapters
47
Rating
4.5 2 reviews
Age Rating
18+

Coup de baguette


RUBEN


A la lecture du mail m'annonçant que mon père est à l'article de la mort, mes yeux étincèlent d'une jubilation vengeresse.

- Cette vieille ordure récolte enfin ce qu'il a semé, je songe amèrement. Qu'il aille griller en enfer. Le diable l'attend certainement à bras ouverts.

Quel étrange réaction de la part d'un fils , mais cela fait trente ans que je n'ai pas vu mon père. Je ferme rageusement ma boîte mail et me dirige vers la fenêtre de mon bureau.

Fidelity Investments est une multinationale spécialisée dans la gestion d'actifs pour compte de tiers et l'un des leaders mondiaux en son domaine. Fidelity possède également de nombreuses filiales : une chaîne d'autobus ; une chaîne d'agences d'intérim ; et autrefois un grand nombre des journaux de Denver. Le printemps approche mais la neige qui couvre les montagnes d'un manteau blanc semble avoir oublié le calendrier . Comme chaque année , les sommets du Colorado ne cèdent au beau temps qu'au terme d'une lutte acharnée.

Ce printemps ne ferait pas exception à la règle . Je tente de chasser de mon esprit la nouvelle inattendue qu'on vient de m'apprendre. Mais en vain. Javier Montagne hante mon esprit. Pourquoi mon père reprend contact avec moi après toutes ces années? Après son rejet et après les terribles souffrances que j'ai endurées, il ne s'attendait tout de même pas que j'accoure à son chevet pour lui donner l'absolution?

Je me détourne de la fenêtre et revient vers mon bureau.



LINA, 24 ans


Comme chaque jour, je passe de table en table dans le bar presque désert, empilant tasses et verres sur mon plateau. J'ai commencé ma journée au Black Swan à l'aube. A la nuit tombée, je suis épuisée et j'ai mal aux pieds. Je jette un coup d'œil aux derniers habitués installés autour des tables .

- Tommy, je lance. Il est temps de rentrer, maintenant. Tu ne veux quand même pas que ta femme vienne te chercher une fois de plus.

Tommy la quarantaine croise mon regard , puis baisse les yeux , penaud. Quatre jours plus tôt, Léah a débarqué au Black Swan et a fait un scandale. Léah dépasse son mari d'une tête et à vingt ans de moins que lui. Un couple atypique. Elle lui a infligé un tel sermon sur les devoirs familiaux et le sens des responsabilités que tous les hommes présents s'étaient discrètement éclipsés , tête basse et les joues rosies par l'alcool consommé. Ils se sont certainement reconnus dans les accusations de Léah.

A cause de la crise de jalousie de Léah, ce soir là, nous avons vu la recette de la soirée disparaître ainsi en fumée à cause des clients qui ont fui, mais la mine effrayée de Tommy en voyant sa femme surgir tel un ouragan en valait la peine. Cela fait des mois qu'elle lui demande qu'il faut accorder plus de temps à sa jeune épouse et moins à ses parties de cartes et de jeux d'argent entre amis au bar.

Réagissant à ma mise en garde, Tommy se lève et enfile son manteau.

- Elle m'a passé un sacré savon, la dernière fois . Je ne voudrais pas que ça recommence , avoue-t-il. Elle a fait fuir tous les clients . Comment ce vieux Javier?

- D'après le médecin , il n'en a plus pour longtemps , je réponds tristement.

Javier Montagne , le compagnon de toujours de ma mère , se meurt dans son lit, à l'étage.

C'est à moi de gérer maintenant , le Black Swan.

- Dès que j'en aurai terminé ici, je monterai le voir, ajoute -t-elle.

- Tu veux que je reste jusqu'à ce que tu aies fermé?

Je lui réponds d'un sourire las. Tom fréquente le Black Swan depuis une vingtaine d'année. Sa sollicitude me touche.

- Inutile , Tom. Rentre vite . A demain.

Tommy hoche la tête et sort dans la nuit fraîche de ce début d'avril. Restée seule , je finis de ranger la salle. En général, j'apprécie le calme qui règne après la fermeture mais ce soir-là, toutes mes pensées sont tournées vers Javier.

L'année précédente, la mort de Sienna, ma mère m'a brisé le cœur. A présent, c'est le tour de Javier.

Ces deux êtres ont toujours fait partie de mon univers . Je ne pouvais pas concevoir ma vie sans leur présence attentive et affectueuse.

A la mort de ma mère, j'ai hérité du Black Swan. J'y passerais sans doute le reste de ma vie dans ce bar. Je suis encore jeune . Je pourrais voyager et profiter comme les jeunes filles de mon âge mais je tiens à ce bar. En dépit de ma curiosité naturelle, j'ai également abandonné l'idée de découvrir le monde et ses merveilles.

J'ai grandi au Black Swan et je n'ai pas envie de quitter cet endroit. Ma mère était ma seule famille. Le Black Swan est un petit bar et il a ses habitués, ce qui fait que je ne suis pas vraiment gagnante. Ce que le bar me rapporte , me permet de payer les factures et de faire le stricte necessaire. Je pourrais le vendre mais il a une grande valeur sentimentale pour moi.

Mon amie Britney vient d'une famille riche et elle est promise à un grand avenir. Elle fréquente déjà l'élite de Boston. Elle est tout le temps entrain de s'acheter des vêtements et des chaussures de grands couturiers connus.

Moi je m'habille dans les magasins bas de gamme et j'ai récupéré plusieurs vêtements de ma mère. Contrairement à moi , ma mère était une femme coquette et toujours sublime. Pour le travail au bar, je suis toujours en jean , un t-shirt et mes vieilles converses usées. Heureusement que je suis douée en comptabilité. J'arrive à arrondir mes fins de mois en proposant mes services à des petites entreprises .

C'est ainsi que je peux payer mes deux employés, un barman et une serveuse.

Quand j'ai terminé de lancer le lave vaisselle et de nettoyer la salle, je vérifie que la porte du bar est bien fermée. Puis j'éteins les lumières et monte à l'étage pour voir Javier.

Ma mère et moi avions toujours vécu dans ce bâtiment qu'elle a acheté à Javier pour lancer son business. Ils ont fini par se mettre en couple quelques mois plus tard et à vivre ensemble. Avant ma mère et Javier ont partagé la plus grande chambre qui donnait sur l'Océan . C'est dans cette même pièce que ma mère est morte dans son sommeil nous laissant un grand vide. Bientôt ce sera au tour de Javier qui refuse de rester à l'hôpital. Il se sent plus proche d'elle en restant dans cette chambre.

Je pénètre doucement dans la chambre où une lumière douce éclaire la pièce.

Javier Montagne est allongé dans le grand lit endormi. L'infirmière Cécile Lee est assise sur le fauteuil à son chevet ainsi que son père, le meilleur ami de Javier, Adriel le navajo .

J'ai toujours trouvé que Cécile avec Ses lunettes, son teint ambré et ses cheveux bouclés noirs ressemblait à une bibliothécaire et qu' Adriel me faisait penser à l'acteur coréen Han Suk Kyu en plus vieux. Je regarde Javier qui a les yeux fermés et le visage pâle. Il est arrivé à Boston en quittant le Colorado , trente ans plus tôt avec Adriel. Ces deux là sont inséparables.

- Comment va-t-il? je demande à voix basse.

Le regard bienveillant de Cécile croise le mien. Elle secoue la tête tristement .

- Mal. Le docteur lui donne deux jours, trois tout au plus.

La lente agonie de Javier me bouleverse beaucoup. Cécile me fait un sourire compatissant. Tandis qu'elle retire ses lunettes, le mourant gémit :

- Si vous continuez à faire ces têtes d'enterrement, je vais partir avant le délai...

Cécile, Adriel et moi sursautons. Je plonge mon regard dans les yeux verts de Javier et secoue la tête. Même la mort imminente ne parvient pas à saper son moral à toute épreuve.

- Nous te croyions endormi, je dis tendrement.

- Eh bien , non. J'ai encore beaucoup de choses à régler avant de rejoindre ta mère.

- Comme quoi par exemple? je demande les mains sur les hanches.

- D'abord. Je dois assurer ton avenir.

Cécile se lève et sourit.

- Je vais vous laisser . Si vous avez besoin, appelez moi. Je vais faire un tour. Je lui ai mis une nouvelle perfusion.

J'acquiesce et Javier reprend lorsqu'elle quitte la chambre. Je suis intriguée. Adriel prend la place où sa fille était assise.

- Adriel . Parle lui de mon plan , ordonne Javier brusquement.

Adriel semble mal à l'aise.

- Javier a décidé de te léguer son patrimoine.

- Quel patrimoine ?

- Celui que ta mère a refusé , intervient Javier. C'était la femme la plus têtue que je connaisse. D'ailleurs tu lui ressembles beaucoup.

Javier se redresse péniblement. Je veux l'aider mais il refuse.

- Je peux y arriver ma petite, assure-t-il. J'en suis capable.

Il s'adosse contre ses oreilles, le souffle court.

Sa souffrance fait de la peine à voir. Six mois plus tôt, les médecins ont diagnostiqué une tumeur au foie qui avait évolué rapidement. Javier n'avait plus rien de commun avec le grand homme séduisant qui avait eu le coup de foudre pour ma mère .

Sa peau café au lait a viré au jaune, la maladie a creusé son visage , il a perdu ses cheveux à cause du traitement. Au cours des dernières semaines, il a tant maigri qu'on a du mal à reconnaître le robuste et sémillant soixantenaire qu'il a été.

Ma consolation est que ma mère est partie avant de le voir dans cet état. Elle ne l'aurait pas supporté.

- J'aurais dû épouser ta mère. C'est l'un des plus grands regrets de ma vie.

- Malgré vos chamailleries incessantes? je taquine en riant.

Il parvient à sourire.

- J'adorais me disputer avec elle. Elle était passionnante . Ces querelles me donnaient l'impression d'être vivant. Je me sentais vivant avec elle.

Il se tait un instant comme s'il se remémorait des souvenirs puis il reprend:

- Elle me manque.

Ses yeux verts empreints de tristesse et de lassitude croisent mes yeux.

- J'ai peur de la mort , avoue-t-il. Je ne pensais pas avoir peur à ce point. Se savoir condamner c'est quelque chose. J'ai fait tant de mal au cours de ma vie que le diable m'attend certainement au coin du feu avec sa fourche...

- Javier ! Comment peux-tu te condamner de cette manière ? Tu as été bon pour Sienna et moi.

- Mais elle a refusé de t'épouser. Elle attendait toujours le retour de ton père.

Trois mois avant ma naissance , mon père, un marine de l'armée américaine nommé Ron Collins a disparu lors d'une mission au large de la Jamaïque.

Sa disparition avait brisé le cœur de ma mère mais au fond, elle gardait l'espoir de le revoir . Certes elle a aimé Javier mais son espoir de voir revenir mon père l'avait empêché de l'épouser.

- Je tenais vraiment à elle et je voulais l'épouser pour éviter les ragots autour de notre relation.

Beaucoup dans le coin ont dit que ma mère profitait de Javier. Une femme noire , mère célibataire qui met la main sur un des plus grands de l'immobilier à Boston.

- Maman s'en fichait de ce que les gens pouvaient raconter sur elle.

- Quoi qu'il en soit. Laisse moi régulariser la situation en ce qui te concerne.

- Javier, tu ne me dois rien.

- Que vas-tu devenir quand je ne serai pas là ?

- Je pourrais m'occuper du Black Swan, je dis en haussant les épaules.

Le vieil homme me sourit.

- C'est tout ce que tu attends de la vie?

- Le problème n'est pas de savoir ce que j'en attends , je déclare. La vie est ainsi , voilà tout.

- Supposons qu'elle puisse t'offrir davantage, que souhaiterais-tu ?

Je réfléchis un instant .

- J'aimerais voyager. Faire du shopping comme mes amies. Aller voir ce qu'il y a de l'autre côté du monde, faire un tour dans les îles tropicales dont mon père parlait souvent à ma mère...

- Suppose que je puisse te l'offrir?

- Et comment ? Ton entreprise a fait faillite, je dis avec un sourire attendri. D'un coup de baguette magique?

- En quelque sorte.

Intriguée, j'incline la tête. Depuis longtemps, je soupçonne Javier d'être plus que le simple agent immobilier qu'il prétend être. Il a la capacité de réciter des vers en latin et d'aborder tous les sujets si aisément. Pourtant , depuis sa plus tendre enfance, jamais je ne l'avais entendu évoquer la vie qu'il menait avant d'arriver à Boston. J'avais posé des questions à ma mère sur le mystérieux passé de Javier Montagne et elle m'a simplement répondu :

- Le passé d'un homme lui appartient tant qu'il n'est pas disposé à le partager.

Je n'ai pas soulevé la question. Mais là ma curiosité prend le dessus .

- Tu es bien silencieuse Lina, reprend Javier , me tirant de mes pensées.

- Tu sais que j'ai toujours eu la certitude que tu étais autre chose qu'un simple agent immobilier.

- C'est vrai. Enfin c'était à une époque , admet-il d'un ton las. Dans mon cœur, tu seras toujours la fille que je n'ai pas eue. Toujours.

Il tend vers moi une main noueuse et tremblante. Je la prends dans la mienne et declare:

- Tu m'es très cher Javier Montagne. Et je n'aurai pas besoin d'un héritage pour m'en souvenir.

- Je sais mais je tiens à faire cela pour toi. J'ai discuté avec mon avocat et Adriel de la possibilité de t'adopter légalement mais cela prendrait trop de temps. Je suis vite arrivé à la conclusion qu'il vaut mieux que tu sois ma veuve.

à suivre....Qu'est-ce que ce premier chapitre vous inspire ? Est-ce que vous voulez la suite? Est-ce que l'histoire pourrait vous plaire ?

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