Chapter 1 : Criminal ? Moi ?
Tu m'as tout pris...
Tout ce que j'avais construit...
Je n'ai plus aucune raison de continuer.
Achève-moi.
— — — — — — — — —
Je m'appelle Casimir.
Comme d'habitude, je me levais à 8h30 la semaine, 10h le week-end. Mon quotidien était simple, réglé comme une horloge : deux verres de jus d'orange et une brioche. Mon passe-temps préféré c'était de me faire un barbecue en été, mais je n'ai jamais pu inviter des gens pour en faire un. Je partais travailler et je revenais le midi pour manger devant un film, juste histoire de passer le temps.
C'était ma routine.
C'était ma stabilité.
J'avais enfin trouvé un équilibre à ma vie.
Alors expliquez-moi pourquoi...
POURQUOI JE ME RETROUVE DANS CET ENDROIT ?!
Je rouvre les yeux, désorienté.
Autour de moi, un bloc entièrement blanc, sans fenêtres, sans portes visibles. Des rangées de sièges s'étendent à perte de vue, comme dans une salle de conférence aseptisée.
Au-dessus, un grand écran diffuse un simple chiffre : "100".
À première vue, c'est le nombre de personnes présentes ici, tout comme moi.
Je me lève lentement, le cœur battant. Les visages autour de moi sont vides, effrayés. Certains se frottent les tempes, d'autres se regardent sans savoir quoi dire. La confusion est générale.
Je tente d'aborder les gens, moi qui d'ordinaire n'aime pas parler aux inconnus.
Mais lĂ , je n'ai pas le choix.
Leurs réponses sont toutes les mêmes :
"Je n'ai pas le moindre souvenir d'être arrivé ici."
Et quand je pousse la conversation, le dernier souvenir de chacun s'arrĂŞte au moment oĂą ils allaient se coucher.
Alors non, ce n'est pas un simple rĂŞve.
Je sens une boule dans mon ventre. Moi, d'habitude si peu sociable, je me surprends à vouloir comprendre, à chercher des repères.
Rester passif serait mourir dans l'ignorance, et je refuse ça.
Le temps passe. Des heures peut-ĂŞtre.
Un bourdonnement soudain déchire le silence.
BZZZZ
L'écran s'allume, aveuglant la salle d'une lumière blanche.
Une voix résonne, froide, métallique, impossible à identifier.
— Bonjour mesdames et messieurs, je suis 404,
le fondateur et l'organisateur de cet endroit.
Et je suis celui qui vous a ramenés ici.
Le son emplit chaque recoin du bloc. Personne n'ose parler.
L'image reste vide, aucune silhouette, aucun visage.
Juste une voix robotisée, neutre et pourtant étrangement... divertie.
Je serre les poings.
Ce ton mécanique, sans émotion, me donne la chair de poule.
— La pièce dans laquelle vous vous situez est le Point A.
Vous allez pouvoir vous déplacer librement dans les différentes zones, prénommées les Territoires, à travers ce bloc.
Une carte sera distribuée à chacun d'entre vous pour indiquer votre emplacement.
Le bloc compte environ quarante Territoires, en comptant celui-ci.
Un silence glacial s'abat.
Personne ne parle.
Mais je sais que, dans toutes les tĂŞtes, une mĂŞme question hurle :
Qu'est-ce qu'on fout ici ?
Je fixe l'écran, incapable de détourner le regard.
Quelque chose dans cette voix me dit que le cauchemar ne fait que commencer.
— Avant d'expliquer à quoi va consister votre mission, je vais vous expliquer pourquoi vous êtes ici.
Enfin, il parle.
Depuis le début, ma tête bourdonne de questions, mais aucune réponse n'arrive.
Je retiens mon souffle.
— Je vous ai choisis personnellement pour participer à mon programme ! Pourquoi vous ? me demanderez-vous ? Tout simplement parce que vous avez tous commis un ou plusieurs crimes durant votre misérable vie.
Un murmure secoue la salle, puis une voix éclate :
— Comment ça, un crime ? Je ne suis pas un criminel !
C'est la première fois que quelqu'un ose parler.
Je tourne la tête vers lui, un homme d'une trentaine d'années, l'air honnête, tremblant.
Et pourtant... il n'a pas tort. Moi non plus, je n'ai rien fait de mal. Du moins, je crois.
Des dizaines de murmures s'élèvent, se croisent, se percutent.
Les gens se lèvent, se questionnent, cherchent du regard un repère.
L'agitation monte comme une fièvre, jusqu'à ce que la voix revienne, plus tranchante :
— Vous n'avez plus aucun souvenir, et c'est totalement normal.
Et d'un coup, le silence retombe.
J'entends mon propre souffle.
Cette phrase me glace le sang.
— Bienvenue dans le Bloc, la prison que j'ai moi-même bâtie... pour me divertir.
Les mots résonnent dans ma tête.
Une prison.
Pour se divertir.
Les protestations explosent d'un coup, brutales, incontrĂ´lables.
— Connard !
— Va crever !
— On va te retrouver, sale enculé !
Des voix hurlent, des poings frappent les sièges, certains renversent les chaises.
La rage devient collective, presque animale.
Et je ne vais pas mentir...
Je ressens la mĂŞme chose qu'eux.
Je me lève à mon tour, la mâchoire serrée, le regard rivé sur cet écran sans visage.
Mon cœur cogne si fort que j'ai l'impression qu'il va me déchirer la poitrine.
— Je comprends votre mécontentement, dit 404, mais cela ne va pas m'empêcher de vous regarder morfler sur mon fauteuil, la clim installée, bande de salopes.
La salle explose.
— Je te jure, tu vas clamser gros con !
— Il nous cherche, là ?!
— Qui il traite de salope ?!
C'est la panique.
Les gens crient, jurent, menacent.
Et pourtant, malgré la fureur ambiante, je reste immobile quelques secondes, paralysé par cette voix.
C'est comme si chaque mot était calculé pour nous briser.
Je ferme les yeux un instant.
Un murmure intérieur me traverse :
Ce n'est pas un simple jeu... c'est une punition.
— En ce qui concerne votre crime, reprend 404 d'un ton presque enjoué, vos souvenirs apparaîtront peu à peu... à condition que vous ne mouriez pas trop vite !
— C'est toi qui va crever !
Et la salle repart dans un chaos sans nom.
Des cris, des insultes, des pleurs.
Je regarde autour de moi : certains reculent, d'autres avancent vers l'écran comme s'ils pouvaient le frapper.
Moi, je reste figé.
Les mots "mourir ici" tournent dans ma tĂŞte comme une cloche qui refuse de s'arrĂŞter.
Puis une voix féminine se détache du tumulte :
— Comment ça, mourir ? On risque de mourir ici ?
Je tourne la tĂŞte.
C'est une fille.
Bras croisés, regard tendu, une écharpe autour du cou.
Elle a mon âge, peut-être un peu moins.
Dans ses yeux, il y a à la fois de la peur et une détermination féroce.
Elle ne supporte pas d'être ici, et ça se voit.
Et un détail me frappe.
Personne ici ne porte de pyjama, ni de tenue de nuit.
MĂŞme moi.
Et pourtant, tous disaient s'être endormis avant de se réveiller ici.
Alors pourquoi... pourquoi sommes-nous habillés autrement ?
Qu'est-ce qu'ils nous ont fait ?
Et surtout... qu'est-ce qu'ils nous ont effacé ?
— C'est vrai ce qu'elle dit !
— On va pas mourir, si ?!
Les voix s'enchaînent, nerveuses, paniquées.
Je serre les dents.
Moi non plus, je ne compte pas crever ici.
— Bien sûr que si, sinon c'est pas marrant !
Et c'est une belle opportunité pour vous expliquer à quoi consiste votre mission.
La voix résonne, déformée, mais étrangement calme.
Ce ton, entre l'amusement et la cruauté, me retourne l'estomac.
— Actuellement, vous êtes cent personnes. Selon votre progression, Vous récolterez des points. Ces points servent à deux choses : les dix premiers du classement auront purgé leurs peines et pourront sortir d'ici. La deuxième chose, c'est que le premier du classement pourra devenir mon successeur : le choix s'offrira à lui.
À travers les quarante Territoires du Bloc, il y a de la vie, des villages, des peuples originaires d'ici. Eux aussi sont bloqués à cause de l'apparition des êtres maléfiques dispersés dans tous les territoires, vous découvrirez des ressources, des outils et des équipements dispersés au hasard.
Ces éléments seront indispensables pour votre survie.
Les mots tombent comme des coups de marteau.
Certains se regardent, d'autres rient nerveusement, croyant Ă une mauvaise blague.
Moi, je garde les yeux fixés sur l'écran.
Ce n'est pas une farce.
Je le sens dans sa voix.
— Vous pourrez trouver des armes : gants, épées, arcs, boucliers, armures, et bien d'autres.
Dans chaque Territoire, à être maléfique surnommé "ennemi" sera là pour vous barrer la route.
Si vous le vainquez, ce Territoire deviendra sans danger et alors l'accès aux territoires voisins seront accessibles.
Vous pourrez alors y accomplir des quêtes, fonder un clan, si vous avez les conditions nécessaires.
Mais surtout... sauvez les habitants de ce nouveau monde, et prouvez votre rédemption.
Je déglutis difficilement.
Son ton n'a aucune hésitation, aucune pitié.
Il parle de notre survie comme on énumère des règles dans un jeu vidéo.
Et pourtant, dans cette pièce, tout le monde comprend la vérité :
ce n'est pas un jeu.
C'est une exécution progressive. Une arène géante.
— Concernant les quêtes, poursuit 404, elles seront distribuées selon la progression du Territoire.
Chaque zone a obligatoirement des quêtes, avant ou après avoir vaincu son ennemi.
Il peut y en avoir une... comme il peut y en avoir vingt.
Certaines révéleront des informations cruciales : des indices, des secrets, peut-être même des nouvelles fonctionnalités.
Mais j'en dis pas plus... vous découvrirez ça sur place.
Son rire digital, déformé, s'infiltre dans chaque oreille.
Je sens la peur monter en moi, mais aussi une autre chose , un refus viscéral d'obéir à ce monstre.
Je commence à comprendre un peu le système :
il y a quarante Territoires, et celui où nous sommes, le Point A, compte déjà comme l'un d'entre eux.
Il en reste probablement trente-neuf Ă traverser.
Chacun gardé par un "ennemi".
Chacun avec ses pièges.
Et nous... cent âmes perdues, lâchées dans ce labyrinthe géant.
Je ferme les yeux quelques secondes, les poings serrés.
Je n'ai pas demandé à jouer.
Je veux juste rentrer chez moi.
Mais la voix reprend, comme pour briser ce court moment d'espoir :
— Avant de nous quitter, j'ai une dernière chose à vous dire.
Bien évidemment... vous allez être séparés dans les différents Territoires du Bloc.
Je vous souhaite bonne chance.
Je reste figé.
Séparés ?
Cela signifie qu'on sera seuls.
Seuls dans un environnement inconnu.
Sans armes, sans repères, sans aucune garantie que quelqu'un ne vienne pas nous égorger dès la première minute.
Mais quelque chose ne colle pas.
S'il y a cent personnes et quarante Territoires, alors...
On sera plusieurs par zone, non ?
Ou bien... il a d'autres plans ?
Aucune réponse.
Seulement un bruit sourd venu du plafond, puis une épaisse fumée blanche se déverse dans la salle.
— Qu'est-ce que... ?
Je tousse, recule, mais la fumée s'épaissit à vue d'œil.
Les cris des autres s'étouffent les uns après les autres.
Certains tentent de courir, d'autres tombent Ă genoux.
Je sens ma tête tourner, mes jambes céder.
Un vertige me submerge.
Je tends la main vers un siège, mais tout devient flou.
Le dernier son que j'entends avant de sombrer, c'est le rire métallique de 404.
Puis, le noir complet.
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Acte 1
Plus tard...
— Ahh... le mal de crâne... ça craint.
Je rouvre lentement les yeux.
Le monde autour de moi a changé.
Cette fois, ce n'est plus le blanc étouffant du Bloc.
C'est... vert.
De la verdure Ă perte de vue.
Des arbres, de la mousse, un sol humide.
L'air sent la terre, la forĂŞt.
Je suis allongé, encore engourdi, mais vivant.
— Je vois une autre couleur que le blanc...
C'est mauvais signe, ça.
Je me redresse, essuyant la sueur sur mon front.
Chaque muscle me lance.
Où suis-je ? Combien de temps s'est écoulé ?
— Où sommes-nous, là ? Je ne reconnais pas cet endroit.
Je sursaute.
Cette voix... féminine. Je l'ai déjà entendue.
Je tourne la tĂŞte.
Nos regards se croisent.
C'est elle.
La fille à l'écharpe.
Celle qui avait posé la question tout à l'heure, la seule à avoir gardé son calme.
Elle aussi semble désorientée, mais son regard brille d'une lueur dure, lucide.
Nous sommes deux.
Seuls, dans un endroit inconnu.
Et quelque part, au-dessus de nous,
404 doit ĂŞtre en train probablement de nous observer.
Criminal Territory