Sous le ciel de Petra

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Summary

Emmy, photographe, suite à une demande de sa cousine archéologue Lisa, remplace le photographe du chantier sur lequel cette dernière travaille. Cette amatrice de paysages va se laisser séduire par ceux de la ville antique de Pétra et de la Jordanie, et surtout par le charme du guide mystérieux, Jabir.

Genre
Romance
Author
Cristeld
Status
Complete
Chapters
35
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Al-Khaznet

Je suis à la fois heureuse, émue et ébahie face à ce qui se trouve devant moi.

Depuis le temps que j’en rêvais ! J’ai vu tant de photos, de reportages sur ce lieu. D’autant plus qu’à cette heure-là, les rayons du soleil paraissent effleurer la façade et la baignent dans cette lumière matinale qui en accentue sa couleur. Cela a un côté à la fois mystérieux et enchanteur. Et c’est enfin devenu réel. Je n’ai qu’à tendre la main pour parvenir à toucher cette pierre si caractéristique, ce grès à la nuance rose orangé si typique.

La porte du Trésor est vraiment immense et majestueuse, creusée à même la pierre. Grâce à son emplacement assez protégé, le temps qui passe, les effets du climat et de la pluie, qui peuvent parfois être ravageurs, sont ici peu visibles, même si les aigles sculptés dans la pierre situés tout en haut de l’édifice sont érodés. Néanmoins, cela n’ôte rien à la magie de cet endroit. Cette architecture est à la fois typique et intrigante. Je distingue cette urne qui a véhiculé tellement de légendes et qui a donné ce surnom à ce site.

Nous avons emprunté le Siq et même si un kilomètre à pied, cela peut être long, l’enthousiasme est également un bon vecteur de motivation. Guettant le moment où celle-ci apparaîtrait au bout de ce raidillon surmonté de parois vertigineuses où il est toujours possible de déceler des traces de l’antique système hydraulique, je retenais mon souffle et, en ce moment, je n’en reviens pas. Je profite du spectacle avant de poursuivre mon activité. Je ne peux que de nouveau remercier Lisa de sa proposition.

Comme le photographe qui travaillait avec les archéologues avait fait une mauvaise chute et se retrouvait bloqué pour une certaine période, il avait fallu dénicher un remplaçant très rapidement avant que l’été, saison trop chaude en ce pays, n’arrive, et même si je n’avais jamais eu l’occasion de faire cela, Lisa m’avait appelée. Je n’avais pas tergiversé longtemps pour prendre une décision. La préparation de mon exposition sur de vieilles pierres de mon département était suffisamment lointaine pour que je puisse avoir du temps afin de m’en occuper à mon retour. Il y avait aussi les travaux dans ma maison à avancer, toutefois dans l’immédiat cela pouvait attendre. Sans compter que cela serait une rentrée d’argent assez intéressante qui me permettrait l’acquisition de matériaux divers. De surcroît, une aubaine pareille, cela ne se refuse pas ! Le plus difficile a été de trouver un vol. Par chance, j’avais fait faire un passeport il y a deux ans, même si le voyage au Maroc avait été annulé au dernier moment, et j’étais donc en mesure de partir sur-le-champ. Une fois en Jordanie, on est venu me chercher à l’aéroport, mais étant donné que je suis arrivée assez tard, j’ai passé une nuit à l’hôtel, sans avoir eu la possibilité de voir quoi que ce soit de la capitale, puis, très tôt, nous nous sommes rendus dans le campement où pour un mois je serai logée et nourrie. Lors de son appel, Lisa m’avait prévenue des conditions de vie, sachant que nous étions au plus près du site archéologique pour que le travail avance vite. Nous sommes au pied des montagnes, protégés des vents, mais pas de la chaleur. Cependant, je ne boude pas mon plaisir !

Et pour l’instant, devant cette splendeur, l’émotion me gagne. Honnêtement, s’il n’y avait pas du monde autour de moi, j’en pleurerais ! Je me prends un instant pour Harrison Ford dans La dernière croisade !

Malgré la chaleur, la vie sous la tente souvent assez spartiate, le sable, les longues journées, je me réjouis d’être ici. J’ai eu de la chance, et j’en suis consciente. Et puis, je suis tombée sous le charme de ce lieu.

Je saisis mon appareil pour photographier sous différents angles ce chef-d’œuvre humain de près de deux mille ans. Je remplis deux pellicules, avec déjà en tête le fait que choisir les bons clichés sera compliqué, car face aux paysages si enchanteurs, si dépaysants, si pittoresques que j’ai pu observer jusqu’à maintenant, un projet d’une exposition sur ce sujet a germé dans mon esprit, voire un recueil. Je serais surtout dans l’obligation de trier les photographies qui montrent quelque chose de particulier et de me documenter dessus. Mais pour cela, il serait nécessaire que je dispose de plus de temps. Je pourrais également y ajouter des représentations sous forme d’aquarelles, un de mes hobbys. J’ai tout ce qu’il faut avec moi.

Grâce à mon objectif, j’observe l’ouvrage précis des Nabatéens sur cette fabuleuse façade assez hellénistique d’inspiration, et j’adapte mon regard à celui-ci, appréhendant le moindre détail, la besogne qui a été effectuée, et la manière dont cela a été fait.

Prévoyante, j’ai apporté des tenues confortables et estivales, avec une veste et un pull à cause des nuits fraîches en plein désert, mon équipement, suffisamment de pellicules pour mes photographies personnelles, parce que je travaille principalement avec de l’argentique pour mes clichés artistiques, mon appareil numérique et mon ordinateur qui me permettent d’être plus réactive lors des prises de vues du travail des archéologues et des découvertes. Tout le reste m’a été fourni sur place. Cependant, je suis plus à l’aise avec mon matériel que je connais par cœur.

Ce matin, il a fallu se lever tôt pour profiter de ce site, mais au bout d’une semaine en Jordanie, je piaffais d’impatience, plus particulièrement en séjournant à proximité ! Nous sommes arrivés juste avant le lever du soleil pour ne pas être gênés par les touristes qui ne tarderont pas à se présenter. Nous avons le temps d’y pénétrer et, en cette occasion, il m’est possible de remarquer que l’intérieur se résume à une salle carrée sans décoration avec une petite pièce à l’arrière. Néanmoins, le moment que je préfère, c’est lorsque je sors et que, juchée sur les marches du Trésor, je suis en mesure d’observer tout ce qui se passe devant moi. En examinant l’expression des touristes qui arrivent, je me dis que j’ai probablement eu la même expression ravie, voire stupéfaite. Il est aussi intéressant d’apercevoir les premières carrioles à cheval, typiques de cet endroit que je m’empresse de saisir dans l’objectif.

C’est quand même avec regret que je suis obligée de revenir sur le chantier, où j’enchaîne directement sur le travail. J’espère seulement avoir la possibilité d’en découvrir davantage avant de rentrer chez moi, car je suis un tantinet frustrée de ne pas avoir assez de temps pour me rendre au théâtre ou au tombeau de l’Urne. En effet, depuis mon arrivée, j’ai pris l’habitude de faire suivre mon matériel partout. J’ai juste à attraper le bon appareil, le régler, et je suis prête. Pourtant, s’il y a une grande part d’improvisation, je m’aperçois que j’adore ça ! De plus, je retrouve le fourmillement familier de ce lieu où malgré la chaleur, il y a un rythme soutenu. En outre, suite à l’absence du photographe, je suis contrainte de mettre les bouchées doubles pour récupérer le retard accumulé, et je n’ai pas vu le temps s’écouler, avec des journées souvent très longues.

Pour moi, venir travailler sur ce site a été une découverte. Certes, j’avais vu des reportages sur ce sujet, mais là, être au mitan des événements, c’est vraiment intéressant à vivre, et même enrichissant comme expérience. Constater de visu la minutie avec laquelle les archéologues travaillent, et notamment les positions souvent plus qu’inconfortables dans lesquelles ils effectuent leur besogne sans rechigner est très instructif sur le côté passionné de ce métier. Afin de mieux comprendre, j’ai eu l’occasion d’essayer, et j’ai trouvé cela plus que significatif. En revanche, il faut que je sois présente toute la journée à dessein d’être prête pour pouvoir photographier toute découverte, toute nouveauté : poterie, tessons de mosaïque, traces humaines quelconques ou même de bâtisse… C’est réellement très diversifié. J’ai l’impression de participer à une chasse au trésor continuelle, néanmoins avec une grande organisation.

Lorsque l’heure du repas de midi vient, je préfère prendre un sandwich au poulet et de la salade que je déguste derrière un rocher, à l’ombre. J’éprouve le besoin d’avoir un moment de solitude où je peux me remémorer ce que j’ai vu ce matin.

J’aime assez la vie dans le campement. Les archéologues passent les nuits dans une maison à Ma’an où ils peuvent entreposer les découvertes pour travailler dessus, avant qu’elles ne soient amenées dans le musée de la Capitale. Mais nous, nous vivons sur le bivouac dans le but de toujours être prêts. Et si la vie sous la tente est agréable durant la nuit, grâce à la fraîcheur ambiante nocturne, la journée, c’est un peu plus pénible, la chaleur étant la plupart du temps étouffante, même si les générateurs et le photovoltaïque permettent un certain confort. Par chance, la nourriture est excellente : le cuisinier alterne entre repas traditionnel et occidental. C’est varié et la gourmande que je suis apprécie.

La suite de la journée, je la passe à trier des photographies sur l’ordinateur, à les classer pour les transmettre aux archéologues afin que ceux-ci puissent avoir une idée de la zone de fouille à poursuivre. Puis, après un repas en commun hâtivement avalé, la fatigue me tombe dessus brutalement. Dans ma tente, je ne tarde pas à me mettre au lit. Malgré la couche spartiate, avec un lit pliant et la chaleur encore présente, je suis certaine que je vais rondement m’assoupir, attendu que ma nuit va probablement être vite envahie des superbes images de cet endroit enchanteur. Je dois poursuivre la mission encore trois semaines que je désire aussi enrichissantes, et être en mesure de contempler encore plus de beautés qu’elles soient naturelles ou archéologiques, et surtout en apercevoir un peu plus de cette cité troglodytique.