Under the darkness

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Summary

Aucun d'eux ne sait vivre. Ensemble, ils vont apprendre à mourir. Elio est un jeune criminel recherché dans tout le pays. Nyx vient de perdre sa mère et songe à la mort. Rien ne poussait ces âmes brisées l'une vers l'autre. Pourtant, par une belle nuit d'hiver, leurs univers se rencontrent, se percutent, se bouleversent. Mais n'est-il pas trop tard pour apprendre à aimer ?

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Elio

Il ne vit qu'une fois le soleil couché. C'est un enfant de la nuit, une silhouette qui vole et leur tombe dessus sans même qu'ils ne s'en rendent compte, leur ôtant la vie dans un souffle. Ils le savent très bien, la preuve dans le surnom qu'ils lui ont donné. Le garçon de l'ombre.

Tête basse, Élio marche, les mains enfoncées dans les poches de son long manteau sombre. Il garde un rythme régulier, cale ses pas sur sa respiration. Il est déjà tard, près de minuit. Les rues sont désertes, silencieuses. Il apprécie ce calme qui, dans Ildya, capitale aux quelques milliers d'habitants, est plutôt rare.

La lune brille et sa lumière perce tant bien que mal les fins nuages. Il neige. Au bord de la route sont amassés des tas de neige brunie.

Il caresse distraitement sa lame dans sa poche. C'est une belle nuit pour mourir.

Ses yeux sombres s'attardent quelques secondes que l'affiche placardée au mur. On y voit le dessin d'un jeune homme, accompagné d'une somme assez conséquente. Ses lèvres fines s'étirent en un léger sourire. Son portrait n'est pas du tout ressemblant. Entre ceux qui pensent l'avoir vu et les témoignages des victimes à la mémoire embrouillée, le portrait-robot de la police est à l'opposé de la réalité. Si, en vrai, il a une mâchoire sculptée et de jolies mèches blondes, sur l'image c'est un garçon squelettique, au crâne rasé et aux yeux creux qui lui fait face. Le seul détail véridique, c'est la cicatrice de sa pommette, douloureux rappel de sa première mission en solitaire.

Il se reconcentre brusquement sur la route sous ses pieds. Il doit se dépêcher. Ebbane veut que ce soit rapide et propre.

Arrivé à quelques rues de sa destination, il rabat sa capuche sur son front, plongeant tout son visage dans l'ombre.

La maison de ses victimes du soir est petite. Doucement, il pousse le portail et frappe à la porte en bois de chêne. Au bout d'un instant, celle-ci s'entrouvre. Une femme, bougie à la main, se tient dans l'encadrement. À la vue du garçon masqué, elle écarquille les yeux et amorce un mouvement vers l'arrière. Elle n'a cependant pas le temps de reculer. Élio a dégainé sa dague et la femme s'écroule sans un bruit. La vie l'a quittée sans qu'elle ne s'en rende compte.

Il contourne soigneusement la flaque de sang à ses pieds. Il monte silencieusement les marches et rentre dans la première chambre. Un homme est assis sur le lit et se redresse d'un coup en l'apercevant :

— Qui êtes-vous ? Où est ma femme ?

Il ne répond pas. Il n'a pas le droit de parler aux victimes. Même si certains de ses collègues prennent plaisir à enfreindre cette règle, lui tente de s'y tenir à la lettre. On ne joue pas avec la nourriture.

Le regard de l’homme tombe sur la lame ensanglantée.

— Vous… Vous l’avez tuée ?

Il bégaie et recule vers un meuble qu’Élio n’avait pas remarqué. Un landau.

Il y a un bébé.

Le jeune homme grimace.

Termine le travail, vite, pense-t-il.

Il approche de l’homme, menaçant.

— Pas le bébé, je vous en prie, gémit le père en se jetant contre le landau. Vous ne prendriez pas la vie d’un bébé… s’il vous plaît, laissez-le tranquille…

Ses suppliques se perdent dans un gargouillement quand il enfonce profondément sa lame dans la carotide de sa victime. Les yeux exorbités, il s’écroule.

Le sang sort de son corps en glougloutant. Il est mort. À cause d’Élio. Et celui-ci ne sait même pas pourquoi il a dû le tuer. Une histoire d’argent, ou quelque chose du genre. À dire vrai, il ne se renseigne jamais sur ses victimes. Il a compris trop vite qu’il risquait de les prendre en pitié. Et ça, c’est impossible. Mieux vaut les considérer comme des animaux.

Un cri de bébé le tire de sa contemplation. Il se crispe. Les pleurs des bébés sont ce qu'il déteste le plus. Ils lui rappellent l’orphelinat, les nuits sans sommeil, les coups, les insultes, partout, tout le temps, sans moyen d’y échapper.

Tais-toi…

Tais-toi.

— Tais-toi ! hurle-t-il soudain.

Il plonge sa dague dans le cœur du nourrisson. Le silence revient.

Essoufflé, il tente de se calmer. Il a vraiment paniqué comme ça à cause d’un gamin de six mois ?Nerveusement, il se met à rire.

Lorsqu’il se tourne cependant, il perd son sourire. Il y a une enfant. Elle doit avoir six ans et contemple le massacre de ses yeux clairs. Puis, elle les lève vers la silhouette noire qui la toise de toute sa hauteur. Et elle part en courant.

Élio soupire, hésite un instant à la laisser partir. Mais Ebbane a été claire : pas de survivants, pas de témoins. Alors il se lance à sa poursuite.

Elle s’est éloignée et est sortie de la maison. Elle est immobile devant le cadavre de sa mère, incapable de bouger.

— C’est à cause de vous qu’elle dort ?

Le jeune homme pèse le pour et le contre, puis répond à voix basse :

— Non. Elle était déjà comme ça.

— Vous mentez.

C’est lui qu’elle fixe désormais. Et, même s’il est plus fort qu’elle, même s’il est armé, même si c’est lui qui va lui ôter la vie ce soir, il a l’impression qu’elle le transperce de ses yeux d’enfants.

— Vous allez me tuer maintenant ?

Il se rapproche doucement et elle recule jusqu’à la clôture.

— Non, je ne vais pas te tuer.

— Vous me le promettez ?

— Je te le promets, oui.

Elle se rue vers lui et l’enlace avec force. Il met quelques secondes à réagir, puis se baisse à sa hauteur et la sert délicatement contre lui.

Il déteste devoir faire ça.

— Comment t’appelles-tu, petite ?

Il déteste mentir.

— Cia.

Il déteste ce qu’il est devenu.

— Je suis désolé, Cia.

Élio plante sa dague dans le dos de la gamine. Elle ne bouge pas, ne crie pas. Elle s’immobilise tout contre lui et meurt en silence.

Il ôte sa lame et allonge le corps, puis il se redresse. Ses yeux parcourent l’obscurité devant la maison, puis se figent. Il y a quelqu’un.