Je n'ai pas peur d'être

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Summary

Tsibia une jeune fille innocente l'est beaucoup moins, une fois adulte...

Genre
Drama/Romance
Author
Firat
Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1: Ce que je sais de moi

Il était une nuit... Parce que ce genre d'évènement n'arrive pas qu'une fois. Et non, ce n'est pas une nuit orageuse, une nuit comme on dirait, comme les autres, nuit spacieuse dont lune pose le visage. Nuit d'été. Un homme vêtu d'un pantalon sport Adidas, des baskets Nike, d'une casquette et d'une doudoune, sonne à la porte d'une maison, d'apparence calme, dans laquelle une mère et sa fille vivent depuis quelques années seules. Nous n'avions pas de familles. Nous étions immigrés, en France, dans une ville proche de Paris. Cette mère est la mienne et, sa fille Tsibia, moi 11 ans et toujours apeurée à cette époque. Ironique, Tsibia signifie avoir « l'espoir » et « celle qui possède la force ». Ce nom m'était -il prédestinée ?

« A l'intérieur, Cyrille, ma mère est ivre de sommeil, en raison de la veille. La drogue et l'alcool ont eu raison d'elle comme toutes les semaines. Elle a 42 ans qui, pour oublier sa vie se drogue et s'alcoolise depuis des années. Elle a débuté la prostitution, dont elle rend des comptes à un réseau de trafiquant de drogues.

Lorsque j'avais 4 ans, mon père avait quitté la maison et abandonné son foyer sans vraiment payer le reste du crédit de la maison. La voilà, à défaut de trouver les moyens de vivre, de nous faire vivre, utilisant les plaisirs de son corps. Au début, certainement pour ne pas se souvenir des traces de chaque passage d'hommes et de femmes sur son corps, elle avait commencé à boire, puis à prendre de la drogue. Le corps de Cyrille se souviendrait surement encore l'odeur des mains et du sexe de son premier client. Elle avait la trentaine, elle se sentait comme une enfant, se sentant obligée de laisser son corps sur ce lit afin que cet homme la pénètre, assouvisse ses fantasmes sexuels et se sentant gratifier, et qui donne beaucoup moins en argent que le temps passé à jouir. Comment pourrions-nous oublier notre première fois, voyons ? Ces mots me disent toujours ma colère, contre ma vie passée, mon moi passée... Sinon pourquoi ne l'appellerais je pas maman ? »

Toujours allongée, défoncée comme pas deux, comme à son habitude, on entend que la porte s'ouvre avec un gros bruit. Mais comme si ce bruit sourd avait suffi a scotché son corps à la déconnecté de l'instant présent, lui laissant sidérée, elle n'en prend pas compte immédiatement.

« Elle aurait surement voulu être léger et libre comme ce doux vent dehors. Devant rendre des comptes ni à terre, ni à ciel, encore moins à des humains. N'ayant pas une nécessité d'argent afin de vivre et faire vivre une partie d'elle, son enfant, moi. L'argent n'est -il pas qu'une création de l'homme ? Ne vient-il pas du papier issu des arbres de la nature ? Pourquoi devra-t-on donné une importance vitale ? Comme toute création, c'est un objet addictif et rempli de sens et de valeur par les hommes. Mais la vraie n'est -elle pas humaine ? Sommes-nous si ingrats pour réfuter notre propre valeur, alors même que nous sommes des créations du divin ?

A une époque, ma mère aurait pu se poser ce genre de réflexion et se projeter mais depuis trop longtemps maintenant, elle pense plus à cet objet humain qu'est l'argent qu'à elle-même. L'argent était devenu un moyen de survie, qui passe par un autre objet : son propre corps. Elle ne se considérait plus que marchandise pour humain. Marchandise de plaisir. Marchandise pour humains. Marchandise pour pulsions. Serait-ce ma conclusion aujourd'hui ? Parce qu'elle n'était que réception de pulsions masculines et féminines ?

Elle avait eu une enfance assez stable avec des parents aimants. Du moins jusqu'à leurs décès par un accident de motos. Elle n'avait que 12 ans et était fille unique. Elle a été placée de famille d'accueil en famille d'accueil avec lesquelles elle ressentait toujours un manque, de l'amour parental, de cet amour reçu lorsqu'elle était toute bébé et qu'elle ressentait comme une réelle blessure intérieure qui ne cicatrisait pas. C'est seulement quelques mois après le décès de mes grands-parents qu'elle s'est mise à la cigarette, l'alcool, à sortir tard avec des connaissances d'internet et d'adultes qu'elle ne savait que d'Adam, sans oublier les relations sexuelles répétées. Avec des garçons, des hommes de plus de 30 ans, des filles de son âge. Il n'y avait pas de limites, seulement une source d'excitation interne qui ne se faiblissait jamais mais qui se déplaçait de désir en désir, d'objets en objets, et de chair en chair. Comme une insatiable envie de combler sa réelle souffrance interne, dont l'origine est l'amour. Elle avait finalement compris que son enveloppe corporelle jouait ce rôle, mais après avoir succombé à une addiction qu'est la cocaïne. C'est ce qu'elle m'a racontée... Ou ce que j'ai découvert par moi-même... »

La porte s'ouvrant, l'homme, avec sa grosse doudoune, hurle : « Salope !!!, je suis dehors depuis 5 minutes ». Ma mère, vapote quelque chose, mais inaudible, lui demande d'arrêter de crier, les larmes aux yeux.

« Au bout des escaliers, montant dans la chambre, il y a une petite ombre. Je me tiens debout, avec ma peluche lapinou, qui ne m'a pas quitté pendant toute mon enfance. La porte, les voix de ma mère, et les bruits de cet homme m'avait réveillé. Mais j'étais habituée. Habituée aussi à être témoins de violences physiques sur ma mère, de disputes, d'insultes et de cris. Je me concentre pour écouter, avec une peur au ventre. Une peur que quelque chose de mal arrive.

A cette époque j'avais vaguement la notion du bien et du mal. Mal signifiait tous ces bruits sonores, désagréables, les pleurs de ma mère et que quelqu'un lui fasse du mal, un homme. Et le bien c'était tout ce qui n'était pas le mal. J'avais une perception bien plus simple, et surement basé sur mes peurs d'enfant. Une peur qui ne me quittera pas, toute mon enfance. Malgré ses absences répétées et ses addictions, j'ai toujours voulu garder ma mère auprès de moi, penser à elle dans les moments difficiles, lorsque je n'arrivais pas à préparer à manger seule, ou lorsque je n'étais pas capable de trouver la route de mon école, lorsque je réclamais un petit peu d'attention de sa part et même lorsque d'autres enfants de mon âge se moquaient de moi, parce que j'avais des vêtements sales et des cheveux qui sentaient mauvais par manque de toilette. »